Investir: savoir quand passer son tour

Publié le 28/10/2017 à 11:08

Investir: savoir quand passer son tour

Publié le 28/10/2017 à 11:08

Photo:123rf

Un investisseur doit connaître ses limites. Un exemple fumant pour illustrer le propos: la légalisation du cannabis.


Je suis en train de lire le livre de Ray Dalio, Principles. M. Dalio est le fondateur (1975), président du conseil et investisseur en chef de Bridgewater Capital, un des plus importants fonds alternatifs («hedge fund») au monde avec près de 150 G$ US sous gestion.


Je compte revenir sur ce livre, qui m'a fait réfléchir sur nombre de sujets, dans un futur blogue. Pour le moment, une citation du livre m'a inspiré ce blogue. La voici: «Savoir quand ne pas parier est aussi important que savoir quels sont les bons paris à prendre».


Cette citation rejoint selon moi l'avis de Warren Buffett selon lequel un investisseur doit connaître précisément les limites de son cercle de compétence et se tenir confortablement à l'intérieur de ce cercle.


«You gotta know when to hold 'em, know when to fold 'em, know when to walk away, know when to run.» Ce refrain d’une chanson bien connue de Kenny Rogers résume bien mon opinion: il faut savoir identifier les paris les plus intéressants et qui sont à l’intérieur de notre propre cercle de compétence. Dans ces cas-là, il ne faut pas hésiter à investir des sommes importantes et un pourcentage relativement élevé de son portefeuille. Dans les nombreux autres cas, il faut avoir la discipline et l’humilité de se retirer.


Connaissez-vous bien les limites de votre propre cercle de compétence? Vous arrive-t-il de vous aventurer hors de ce cercle?


Pour ma part, je crois avoir largement identifié les paris que je ne suis pas prêt à prendre. En voici quelques-uns:


- Des sociétés très endettées. Les titres de ces sociétés peuvent très bien faire, mais elles sont susceptibles de connaître de sérieuses difficultés à la moindre secousse;


- Des sociétés qui ne font pas encore de profits. Il est extrêmement difficile de commercialiser une bonne idée avec succès. Il est aussi difficile pour la plupart des investisseurs (nous inclus) d'identifier les concepts et les idées qui deviendront un succès boursier. Je crois que trop d’investisseurs surestiment leur capacité d’identifier la prochaine société qui réussira à développer une technologie révolutionnaire.


- Des secteurs qui changent très rapidement et qui sont difficiles à évaluer. Pour nous, c'est généralement la haute technologie, la biotechnologie et les secteurs très cycliques des ressources naturelles. Selon moi, le test est assez simple, il suffit d’être à l’aise avec la réponse à cette question: «Ai-je une bonne idée d’où sera cette entreprise dans 5 ou 10 ans?» Cette simple question élimine d’emblée une grande partie des sociétés que nous analysons.


- Des titres dont l'évaluation est très élevée. La marge de sécurité est mince lorsqu'on paye 30 ou 40 fois, voire plus, les profits d'une société. Il faut dans ces cas être bien certain des perspectives de croissance de l'entreprise. Mais à quel point peut-on réellement l'être?


Vous voulez un exemple? En voici un: Canopy Growth («WEED», 12,95$). Voilà une société qui évolue dans un secteur que je ne connais pas: la production et la commercialisation de cannabis! Il reste que la société affiche présentement une valeur boursière de plus de 2,0 G$, alors que ses revenus au cours de son plus récent exercice (terminé le 31 mars 2017) se sont chiffrés à près de 40 M$ et ses pertes à 16,7 M$. Il est vrai que les analystes prévoient une explosion des revenus au cours des prochaines années grâce à la légalisation du cannabis au Canada (une moyenne de 93 M$ pour 2018 et de 278 M$ pour 2019), mais une telle évaluation est-elle raisonnable compte tenu de toutes les incertitudes qui entourent cette entreprise et son secteur? Pour ma part, je préfère laisser passer le joint…


La Bourse et l'investissement ne sont pas comme l'école ou le patinage artistique où l'on obtient davantage de points en tentant des manoeuvres plus difficiles. Il est au contraire plus payant de s'en tenir aux quelques placements où l'on est à l'aise et où l'on a toutes les chances de réussir. 


À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuille. Il est également éditeur de la Lettre financière par COTE 100, publiée mensuellement depuis 1988. 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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