Inquiétante, la hausse des taux?

Publié le 27/01/2018 à 06:00

Inquiétante, la hausse des taux?

Publié le 27/01/2018 à 06:00

Photo:123rf

BLOGUE INVITÉ. Sans faire trop de vagues, les taux d’intérêt ont semble-t-il entamé un cycle haussier au Canada et aux États-Unis. La Banque du Canada a augmenté son taux d’intérêt directeur de 0,25% la semaine dernière, ce qui représente une troisième hausse consécutive depuis juillet 2017 et porte ce taux à 1,25%. Aux États-Unis, la Réserve fédérale suit la même tendance: son taux directeur a été augmenté à trois reprises en 2017 pour s’établir dans une fourchette de 1,25% à 1,50%.


Quelles sont ou devraient-elles être les conséquences de ces hausses des taux d’intérêt sur les marchés boursiers et sur les évaluations de vos titres? Comment un investisseur devrait-il tenir compte du niveau des taux d’intérêt?


En premier lieu, ce sont les taux d’intérêt à plus long terme qui importent le plus. Il peut y avoir une démarcation sensible entre l’évolution des taux à court terme et celle des taux à plus long terme. Puisque l’évaluation d’un titre boursier repose sur l’actualisation des profits qu’une entreprise dégagera au cours des nombreuses années futures, il est logique d’utiliser les taux à long terme dans ses évaluations. Dans nos propres évaluations, nous prenons le taux des obligations 10 ans du gouvernement (canadien ou américain) comme référence.


Or, le taux des obligations 10 ans du gouvernement canadien s’établit maintenant à près de 2,25%. Il se situait autour de 1,06% au milieu de 2016. Aux États-Unis, il s’établit présentement à près de 2,65%, son plus haut niveau depuis 2014. Par contre, sur une base historique, on constate que les taux demeurent relativement bas, tel qu'en fait foi ce graphique du taux 10 ans du gouvernement américain depuis 1962 :



 


En somme, même si les taux d’intérêt à court terme ont augmenté sensiblement depuis un an, la hausse des taux à plus long terme a été plus modérée.


Une bonne manière de comparer les taux d’intérêt avec l’évaluation des titres boursiers est de calculer leur rendement des bénéfices, ce que les Américains appellent «earnings yield». Il est l’inverse du ratio cours-bénéfices et se calcule ainsi: bénéfices prévus / cours du titre. Ainsi, selon Standard & Poors, les profits prévus des sociétés de cet indice sont de 139,67$ en 2018. C’est donc dire que le rendement des bénéfices du marché, dont l'indice est à 2 844 au moment d'écrire ces lignes, est de 4,9% (139,67$ / 2 844).


C’est la même chose pour un titre. Prenons le titre de Canadien National. Il s’échange présentement à près de 98,00$. Ses bénéfices par action prévus pour 2018 sont de 5,43$: le rendement de ses bénéfices est donc de 5,5%. Ou Groupe CGI: ses profits prévus sont de 4,04$ pour 2018 alors que son titre s’échange à près de 68,30$, pour un rendement des bénéfices de 5,9%.


Il est normal que le rendement des bénéfices du marché boursier ou d’un titre spécifique soit généralement plus élevé que le rendement d’une obligation 10 ans du gouvernement. En effet, une telle obligation comporte peu de risque relativement à une action; les investisseurs exigent donc un rendement plus élevé pour l’action que pour l’obligation. C’est ce qu’on appelle la prime de risque. Elle fluctue dans le temps en fonction des perspectives économiques et du niveau de risque perçus par les investisseurs. Un investisseur doit toujours se demander si la prime de risque qu’il obtient en achetant le titre d’une société le compense adéquatement.


Normalement, lorsque les taux d’intérêt montent, les cours boursiers devraient diminuer afin de conserver une prime de risque à peu près constante. C’est pourquoi il importe pour l’investisseur d’en tenir compte dans l’évaluation de ses titres.


Les taux d’intérêt n’ont peut-être pas encore assez augmenté pour que l’impact soit important sur les marchés boursiers, mais des hausses soutenues auraient sans doute l’effet d’un frein sur l’évolution du marché boursier et de vos titres. Ce sera définitivement un facteur à suivre de près au cours des trimestres à venir.


 


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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