Deux façons quasi certaines d'être un investisseur perdant

Publié le 22/04/2016 à 14:12

Deux façons quasi certaines d'être un investisseur perdant

Publié le 22/04/2016 à 14:12

Les taux d'intérêt sur les obligations 10 ans du Canada sont présentement de 1,47%. Sachant que le taux d'inflation avoisine historiquement les 2%, l’investissement dans ces obligations du Canada n'est-il pas une manière quasi assurée de perdre graduellement son pouvoir d’achat et de s'appauvrir à long terme?


Investir (ou devrais-je dire spéculer?) principalement dans des titres hyper risqués – ceux de sociétés en démarrage, ou de sociétés qui développent de nouvelles molécules pharmaceutiques qui seront peut-être commercialisées dans cinq ans, ceux qui s'échangent à 40 fois les profits ou ceux de sociétés qui tentent de développer et de mettre en marché de nouveaux concepts révolutionnaires – représente une autre bonne manière d'échouer à long terme.


À part peut-être quelques exceptions, à ma connaissance, les grands investisseurs, ceux qui se sont réellement enrichis en Bourse, ont tous pris des risques mesurés, calculés pour réussir à très long terme. Croyez-vous que Buffett achèterait des obligations 30 ans du gouvernement américain, qui offrent un maigre 2,68% présentement? Voici ce qu'il avait écrit au sujet des placements à revenu fixe tels que les obligations, fonds de marché monétaire et dépôts à terme dans le rapport annuel de Berkshire Hathaway de 2011: «La plupart d’entre eux sont perçus comme étant «sécuritaires». La vérité est qu’ils font partie des actifs les plus dangereux. Leur coefficient bêta (une mesure de leur volatilité) est peut-être de zéro, mais leur degré de risque est énorme… Bien sûr, des taux d’intérêt élevés peuvent compenser les investisseurs pour les risques d’inflation de tels investissements – c’est précisément ce qu’ils ont fait au début des années 1980. Par contre, les taux actuels sont loin de compenser pour les risques liés à l’inflation. Présentement, les obligations devraient venir avec une mise en garde.»


Les investisseurs qui ont connu beaucoup de succès n'ont pas tous adopté la même stratégie d'investissement, mais la majorité d'entre eux ont su prendre des risques calculés de façon répétée pour ainsi réussir, avec les décennies, à bâtir de véritables fortunes. Ces investisseurs ont pris une décision à la fois, en pesant le potentiel d'appréciation d'un titre par rapport à son risque. Pour eux, le processus d'investissement, le raisonnement qui sous-tend chacune de leurs décisions, revêt davantage d'importance que le résultat final de ces décisions. Ils comprennent que, si chacune de leurs décisions est réfléchie, fondée sur une estimation rigoureuse de la valeur d'une entreprise et appuyée sur une importante marge de sécurité, leur ensemble mènera inévitablement au succès à long terme et ce, même si chacune d’entre elles n’est pas couronnée de succès.


N'est-ce pas la seule vraie façon de gagner à long terme en Bourse? Lorsque l'on calcule que le risque de baisse est petit et que le potentiel d'appréciation est substantiel, ne faut-il pas assumer ce risque de manière importante? Comme de nombreux joueurs de casino, nombre d’investisseurs sont obnubilés par le potentiel d’appréciation d’un titre au point d’en oublier les risques.


Le même phénomène s'applique au monde des affaires. Les meilleurs dirigeants d'entreprise sont ceux qui savent déceler le potentiel élevé de leur projet tout en sachant limiter le plus possible le risque auquel ils s’exposent en cas d'échec. À moins d’y être forcé, un bon dirigeant d’entreprise ne mettra jamais sa société en péril en misant sur un projet. Le sort d’une société ne devrait pas se jouer sur un coup de dés. Par contre, lorsqu’il identifie un projet attrayant dont les risques sont calculés, il n’hésitera pas à plonger.


Il y a donc deux façons quasi certaines de devenir un investisseur perdant à long terme : soit en ne prenant aucun risque, soit en prenant des risques trop élevés et non mesurés. Le succès se trouve entre ces deux extrêmes.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA


À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuilles. Il est également éditeur de la Lettre financière COTE 100, publiée depuis 1988.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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