Aveuglé par le sacro-saint dividende

Publié le 02/12/2017 à 12:59, mis à jour le 02/12/2017 à 13:04

Aveuglé par le sacro-saint dividende

Publié le 02/12/2017 à 12:59, mis à jour le 02/12/2017 à 13:04

Photo: 123rf.com

BLOGUE. J'ai de plus en plus de difficulté à comprendre cette obsession qu'ont de nombreux investisseurs avec les dividendes. Bien sûr, je comprends le contexte: les taux d'intérêt sont tellement bas depuis de nombreuses années que les investisseurs en quête de revenus n'ont d'autres choix que de considérer les titres offrant un généreux dividende.


Cette fascination des investisseurs pour les titres à dividendes se répercute depuis belle lurette dans les agissements de nombreuses entreprises en Bourse. Comment les blâmer d'offrir aux investisseurs ce que ces derniers désirent?


Je lisais justement un article cette semaine sur la société Enbridge, un titre que je suis de loin. La société est un service public canadien surtout impliquée dans le transport d'hydrocarbures par pipelines. Le titre de l'article du Globe & Mail m'a fait sursauter: «Enbridge augmente son dividende de 10% alors qu’elle émet des actions et vend des actifs».



« Quoi? Comment une société peut-elle justifier la vente de nouvelles actions ainsi que la vente d'actifs tout en augmentant son dividende? »


N'est-ce pas une contradiction évidente? Normalement, lorsqu’une entreprise désire lever des fonds, elle commence par couper son dividende, surtout si celui-ci est substantiel. C’est précisément ce qu’a fait GE récemment en coupant son dividende de moitié. Ensuite, si c'est nécessaire, elle peut considérer la vente d'actifs jugés non essentiels et, en dernier recours, la vente d'actions. Car, faut-il le dire, les nouvelles actions sont généralement une forme onéreuse de capital. Surtout lorsque chaque nouvelle action vient avec l'obligation tacite de verser un dividende qui, dans le cas d'Enbridge, représente 5,5% du cours de son titre.


Pourtant, j'estime que les investisseurs ont eu d'innombrables exemples qui démontrent clairement le risque associé aux généreux dividendes. Je pense entre autres à Pages Jaunes, à Colabor, à Aimia et à des dizaines d'autres titres de sociétés qui se sont forcées à verser en dividendes plus que ce qui était sécuritaire.


Or, j'ai un truc des plus simples pour éviter les écueils parmi les titres à forts dividendes. Assurez-vous que la société verse en dividendes sensiblement moins que ses profits. Dans le cas d'Enbridge, je constate que les analystes prévoient des bénéfices par action de 1,92$ cette année et de 2,36$ l'an prochain. Pourtant, son dividende, avec la majoration récente, sera de 2,68$ par action en 2018... Est-ce vraiment soutenable?


Difficilement, à moins de s'endetter davantage, de vendre des actifs ou d'émettre de nouvelles actions. Pour revenir à GE, la société versait jusqu’à tout récemment un dividende annuel par action de 0,96$, ce qui représentait la quasi-totalité de ses bénéfices par action prévus de près de 1,00$ en 2018.


Un autre truc. Évitez d'évaluer un titre en fonction de son rendement en dividende. Il est faux et dangereux de dire que le titre d'Enbridge n'est pas cher parce qu'il offre un rendement en dividende de 5,5%. Il est plus sécuritaire d'évaluer le titre sur la base de ses bénéfices. Or, le titre d'Enbridge se vend à un multiple de près de 21,0 fois les bénéfices prévus de 2018.


Tant que les investisseurs seront obnubilés par les généreux rendements en dividende, les entreprises continueront d'en tirer profit, quitte à commettre des actions irrationnelles comme vient de le faire Enbridge.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA


À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuille. Il est également éditeur de la Lettre financière par COTE 100, publiée mensuellement depuis 1988.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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