Il faut croire qu'on n'apprend pas si facilement du passé...

Publié le 22/12/2017 à 12:06

Il faut croire qu'on n'apprend pas si facilement du passé...

Publié le 22/12/2017 à 12:06

vec Bitcoin, les investisseurs ont à mon avis la chance d’assister à une spectaculaire bulle spéculative en direct. Il est une chose d’étudier les bulles du passé: la bulle des bulbes de tulipes hollandaise au 17e siècle, celle entourant la société britannique South Sea Company, au 18e siècle, celle qui a eu lieu dans l’économie en général et sur le marché boursier à la fin des 1920 («les années folles») ou, plus récemment, la bulle techno de la fin des années 1990 et celle du marché immobilier américain qui a pris fin avec la crise financière de 2008-2009. On peut en apprendre long sur le caractère humain en étudiant ces bulles et leur éclatement subséquent. Mais il est rare de pouvoir assister à une véritable bulle spéculative en direct – c’est à mon avis ce à quoi nous avons droit depuis plusieurs mois avec bitcoin et ses dérivés.


Et pourtant… il faut croire qu’on n’apprend pas si facilement du passé. Ou peut-être la seule façon de véritablement apprendre est-elle de vivre soi-même une bulle et son inévitable éclatement?


Voici quelques éléments de la bulle entourant bitcoin qui ont été associés bulles spéculatives du passé:


- «Cette fois-ci, c’est différent.» Chaque bulle passée laissait présager une nouvelle ère révolutionnaire. La plus évidente à ce chapitre a été la bulle techno avec les perspectives révolutionnaires qu’amenait la création de l’Internet. Dans les années 1920, après une Guerre mondiale traumatisante, les gens avaient, semble-t-il, un sentiment de renouveau et une grande confiance en la modernité et en la technologie.


- Une évaluation déconnectée de la réalité économique. Prenez le bitcoin. Combien comprennent vraiment la technologie derrière la cryptomonnaie? (Pas moi, en tout cas.) Peut-on l’évaluer objectivement et sur quelle base? Je me souviens que pendant la bulle techno, certains analystes évaluaient les titres de sociétés Internet en fonction de leurs dépenses en R et D. Quelle créativité!


- Un sujet de conversation omniprésent. Je soupçonne que le bitcoin sera un sujet de prédilection lors des «party» de Noël et du jour de l’An. Si un chauffeur de taxi ou un parfait étranger assis à côté de vous dans un avion vous parle de son achat récent de bitcoins, il faut commencer à se poser des questions.


- Les médias en font leur chou gras. Regardez les journaux et les sites Web dédiés à la finance. Bitcoin et ses dérivés sont partout!


- Les financiers se ruent pour créer des produits et services qui profiteront de l’engouement. On peut maintenant transiger des produits dérivés de bitcoin à la Bourse de Chicago. Il y a et y aura sans doute des lettres financières spécialisées dans les cryptomonnaies, des fonds ETF investissant dans les cryptomonnaies, une pléthore d’autres monnaies virtuelles, des caisses de retraite qui investissent dans bitcoin et même des sociétés qui se financent en vendant des cryptomonnaies.


Le hic avec les bulles est qu’il est assez facile de les identifier, mais qu’il est impossible de prédire le moment où elles éclateront. Pour ce faire, il faudrait être capable de soupeser et de prédire l’évolution de l’état psychologique des investisseurs dans leur ensemble. Tant que les gens auront le sentiment que d’autres spéculateurs seront là pour acheter bitcoin ou un bulbe de tulipe à un prix plus élevé plus tard, le prix continuera de grimper.


Bitcoin s'est négocié à près de 19000 $ US pièce. Il valait près de 1000 $ US au début de 2017. Il y a deux ans, il valait près de 430 $ US. On parle d’un rendement de 4300% en deux ans! Comment un tel rendement ne pourrait-il pas déclencher une frénésie spéculative?


Mais il y a un monde entre l’investissement et la spéculation. L’investisseur achète un titre parce qu’il croit que sa valeur intrinsèque est sensiblement plus élevée que son cours boursier. Le spéculateur achète un titre (un bulbe de tulipe, un condo ou une cryptomonnaie) parce qu’il croit qu’il pourra le revendre à un prix plus élevé. C’est ce qu’on appelle la théorie du plus idiot ou «Greater Fool Theory».


Pour ma part, il y a longtemps que j’ai choisi mon camp. Cela ne m’empêche pas d’être fasciné par les bulles spéculatives, surtout une que l’on peut suivre en direct. C’est autrement plus divertissant et éducatif que les innombrables téléréalités qu’on nous réchauffe à la télévision.


Je profite de l’occasion pour vous souhaiter de très Joyeuses fêtes et une Bonne Année 2018!


 


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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