Au-delà de vos titres perdants

Publié le 16/03/2018 à 12:18

Au-delà de vos titres perdants

Publié le 16/03/2018 à 12:18

Photo:123rf

BLOGUE INVITÉ. Votre enfant de 6e vous présente le bulletin scolaire qui suit à la fin de son année:


Français: 89%


Mathématiques: 92%


Histoire: 82%


Éthique et religion: 90%


Géographie: 62%


Éducation physique: 84%


Si vous êtes comme moi, la première réaction que vous aurez en regardant ce bulletin est: «Que s’est-il passé en géographie?». Cette tache noire semble nous faire oublier que le bulletin général de notre enfant est plus que satisfaisant.


La même chose semble se produire lorsqu’un investisseur reçoit son relevé de placements mensuel lui présentant les titres de son portefeuille et les gains ou pertes non réalisées par chaque titre du portefeuille: il remarquera immédiatement les quelques titres qui ont engendré des pertes, et plus particulièrement celles qui sont importantes. Que se passe-t-il avec le titre XYZ? Comment mon gestionnaire a-t-il pu m’acheter ce titre à un tel prix?


Entre-temps, il oublie l’ensemble du portefeuille, sa performance globale. Même si cette dernière est satisfaisante, les pertes subies par une minorité de titres captent toute son attention et influencent son jugement sur la performance de la totalité de son portefeuille.


Petite anecdote: les gestionnaires de portefeuille sont très conscients de cette tendance qu’ont les investisseurs à ne remarquer que les titres de leur portefeuille qui ont sous-performé. C’est pourquoi la pratique du «window dressing» est si répandue dans le domaine de la gestion de portefeuille. En fin de trimestre, les gestionnaires vendent les titres de leur portefeuille qui ont moins bien fait. C’est une méthode facile (mais souvent irrationnelle) de s’assurer de ne pas se faire poser de questions…


Ce qui m’amène à un autre biais psychologique qu’on voit tellement souvent chez les investisseurs, ce que les psychologues appellent l’«ancrage psychologique». Ce biais décrit la tendance que l’on a à trop se fier à la première information reçue dans notre prise de décision. En investissement, cette première information est souvent le prix payé pour un titre, ou son coût. Vous avez payé initialement un titre 90$ l’action et il en vaut 60$. De toute évidence, vous avez payé trop cher, à tout le moins à court terme. Mais la question qui importe n’est pas de savoir si vous devriez garder, racheter ou vendre ce titre parce qu’il a perdu sensiblement de valeur par rapport à son coût initial. Il faut plutôt se demander si le titre est attrayant ou non à 60$. Mises à part les questions fiscales, le coût d’un titre est une information inutile qui ne devrait pas influencer nos décisions d’investissement.


Comme dans bien des facettes de la vie, il est utile de prendre du recul et d’évaluer son portefeuille de placement dans son ensemble. Je sais pertinemment que sur un portefeuille de plusieurs titres, il y en aura toujours quelques-uns qui tireront de la patte. C’est normal : si un investisseur avait la capacité de ne choisir que des titres gagnants, il en achèterait un seul et non pas 25 ou 50. Pourquoi se casser la tête et suivre de nombreux titres quand on peut obtenir le même résultat avec un seul? Évidemment, on sait tous que la Bourse ne fonctionne pas de cette manière. Elle est un jeu de probabilités où la certitude n’existe pas. On achète plusieurs titres parce qu’on sait que sur le lot, certains d’entre eux connaîtront des problèmes, d’autres ne feront rien et quelques-uns nous procureront des rendements élevés. L’important est l’ensemble de l’œuvre, la moyenne au bâton.


Or, comme lorsque votre enfant vous présente son bulletin scolaire avec une note de 62% en géographie, mais une moyenne générale de 83%, évaluez la performance de votre portefeuille dans son ensemble plutôt qu’en vous concentrant sur les quelques mauvaises notes du bulletin. Vous vous sentirez mieux et votre prise de décision sera plus rationnelle.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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