Achat de Jean Coutu par Metro: les bonnes questions à se poser

Publié le 01/10/2017 à 10:44

Achat de Jean Coutu par Metro: les bonnes questions à se poser

Publié le 01/10/2017 à 10:44

Photo: Charles Desgroseilliers

Il y a belle lurette que les analystes spéculaient sur l’achat de Groupe Jean Coutu(Tor., PJC.A) par Metro(Tor., MRU) et voilà que la transaction est sur le point d’être confirmée, Metro étant en discussion avec Jean Coutu pour acheter ses actions à 24,50$, ce qui correspond à une valeur de près de 4,5G$. La transaction serait réglée à 75% en espèces et 25% en actions de Metro.


Or, on sait tous que les acquisitions comportent leur lot de risques, particulièrement celles d’envergure. Quelles sont donc les questions qu’un investisseur devrait se poser lorsqu’une des sociétés qu'il détient en portefeuille effectue une telle acquisition? Quel devrait être son «checklist», celui qui permettra d’évaluer son attrait et ses risques?


Voici, selon moi, les questions les plus importantes. Comme nous sommes actionnaires de Metro dans plusieurs de nos comptes sous gestion, l'acquisition proposée de Jean Coutu se prête bien à cet exercice:


1-S’agit-il d’une trop grosse bouchée pour l’entreprise?


Comme dans la fable, on a souvent vu la grenouille tenter d'avaler le bœuf… avec de gros problèmes d'indigestion.


Dans le cas qui nous intéresse, la capitalisation boursière de Metro est présentement autour de 9,8G$ comparativement à une offre de près de 4,5G$ pour Jean Coutu. Les revenus de Metro se chiffrent à environ 12,9G$ comparativement à près de 3,0G$ pour Jean Coutu.


En outre, ses bénéfices d’exploitation (BAIIA) des 12 derniers mois surpassent les 950M$ alors que ceux de Jean Coutu devraient avoisiner les 300M$ en 2018 (l’exercice de Jean Coutu prend fin en février). À première vue, il s’agit d’une acquisition de taille pour Metro, mais elle me paraît plutôt digeste.


2-Le prix payé est-t-il raisonnable?


Metro payerait environ 21 fois les bénéfices prévus de Jean Coutu en 2019. Si on ajoute les synergies anticipées de l’ordre de 100M$, le prix payé serait de près de 16 fois les bénéfices.


Sur la base des profits d’exploitation (BAIIA), le prix payé représenterait environ 13 fois les bénéfices prévus en 2019 ou 10,0 fois si l’on tient compte des synergies potentielles. Une autre perspective sur le prix payé est que les analystes prévoient que la transaction ajoutera immédiatement au bénéfice par action de Metro. En somme, à première vue, le prix payé semble donc raisonnable.


3-La dette qui résultera de l'acquisition sera-t-elle trop élevée?


Dans le cas de Metro, quelques calculs me permettent de constater que la dette pourrait atteindre environ 3,5 fois les profits d'exploitation des entreprises combinées. Toutefois, si l'on tient compte des actions d'Alimentation Couche-Tard que Metro possède et pourrait facilement vendre, ce ratio baisserait aux alentours de 2,5. Cela me paraît raisonnable, d'autant plus pour une société qui dégage des flux de trésorerie libres aussi élevés que Metro.


4-L’acquisition est-elle logique sur le plan stratégique? Les prévisions de synergies sont-elles trop élevées?


Metro achèterait une entreprise qu’elle connaît, qui évolue dans le marché où elle est elle-même présente et dont les activités complètent très bien les siennes (elle exploite la chaîne de pharmacies Brunet depuis de nombreuses années).


Il me semble évident que des synergies existent entre les deux sociétés, entre autres du point de vue des marchandises que chaque société pourra offrir à ses clients, des économies d’échelle liées à un plus grand pouvoir d’achat et à des économies liées à la distribution et à la logistique. À la lumière des synergies de près de 300M$ que Loblaw aurait tirées de son acquisition de Shoppers Drug Mart, des économies de près de 100M$ prévues dans le cadre de l’intégration de Jean Coutu ne me semblent pas irréalistes.


5-Y a-t-il d’autres risques à considérer dans cette acquisition?


À mon avis, un des facteurs clés à considérer est la feuille de route sans faille de l'équipe de direction de Metro au cours des nombreuses dernières années.


Je souligne notamment son acquisition d’A&P en 2005 pour la somme de 1,7G$, qui lui a permis de s’établir avec succès en Ontario. Un autre facteur non négligeable est que les actionnaires de Jean Coutu, dont la famille Coutu et les dirigeants de l'entreprise, obtiendront des actions de Metro dans la transaction, ce qui indique leur niveau de confiance et leur engagement dans son succès.


Je ne voudrais pas minimiser les risques inhérents à toute acquisition d'envergure. Par contre, certains facteurs peuvent les réduire et augmenter les chances de succès. Je crois que c'est le cas de l'acquisition proposée de Jean Coutu par Metro.


Philippe Leblanc, CFA, MBA


COTE 100 possède des actions de Metro et de Couche-Tard dans certains de ses comptes sous gestion. 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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