Dispro inc. : le syndrome de l'entreprise familiale

Publié le 06/01/2015 à 10:15

Dispro inc. : le syndrome de l'entreprise familiale

Publié le 06/01/2015 à 10:15

BLOGUE. Être au service d’une entreprise familiale peut avoir ses bons et ses mauvais côtés.


L’affaire G.F. c. Dispro inc. est un bon exemple d’une expérience de travail qui a tourné au fiasco, tant pour l’employée que pour l’employeur.


Dispro est une PME d’environ 80 employés qui compte parmi ses propriétaires, administrateurs et personnel cadre, un père, une mère, leur deux filles ainsi que leur beau-fils.


La plaignante a été embauchée, au mois d’octobre 2009, à titre de responsable des comptes clients.


L’expérience a rapidement tourné au cauchemar.


En effet, la plaignante avait comme superviseure l’une des deux filles des propriétaires.


Or, cette dernière, en plus d’avoir des relations difficiles avec les autres membres de sa famille, s’est révélée être une gestionnaire colérique, hyper contrôlante et plus qu’irrespectueuse.


Dans le contexte d’une plainte pour harcèlement psychologique déposée après la rupture du lien d’emploi entre la plaignante et Dispro, la Commission des relations du travail (CRT), tenant compte de tout le contexte, a jugé que la fille des propriétaires avait fait preuve d’une conduite vexatoire envers la plaignante :



  • en censurant le contenu des conversations qu’elle pouvait avoir avec les autres employés;

  • en lui interdisant de fréquenter les autres employés lors de son heure de repas;

  • en lui reprochant, à tort ou à raison et de façon fréquente, publique et dénigrante, des erreurs dans l’exécution de ses tâches;

  • en validant son travail de façon excessive et injustifiée;

  • en refusant de s’excuser après l’avoir blâmée injustement et de manière méprisante;

  • en refusant d’écouter ses explications relativement à un malentendu;

  • en réorganisant complètement son poste de travail sans la consulter au préalable; et

  • en la poussant et en la tirant par le bras, devant ses collègues, pour écourter une pause qu’elle jugeait trop longue.


Outre tout cela, la superviseure exigeait que la plaignante écoute les récriminations constantes qu’elle formulait à l’égard des membres de sa famille.


Bref, la plaignante faisait à la fois office d’oreille attentive et de souffre-douleur.


Toutefois, là où le bât blesse encore plus est la réaction que les membres de la famille et de la direction des ressources humaines auraient eue lorsque la plaignante, visiblement en détresse, leur a exposé le calvaire qu’elle vivait quotidiennement. Selon la plaignante :



  • Le beau-frère n’aurait fait aucune enquête et n’aurait demandé aucune explication à la superviseure, se contentant de faire des suggestions à la plaignante pour mieux gérer la situation.

  • La sœur, tout en reconnaissant le caractère répréhensible du comportement de la superviseure, aurait affirmé ne pouvoir rien faire, compte tenu du lien familial qui les unissait.

  • La mère, tout en reconnaissant que la superviseure ne devrait pas gérer de personnel, aurait demandé à la plaignante d’être indulgente envers elle en raison du traumatisme crânien qu’elle aurait subi étant enfant.

  • Tous, enfin, lui auraient demandé d’attendre et auraient promis que des changements seraient apportés sous peu, une promesse qui s’est matérialisée de manière inattendue, soit par le congédiement de la plaignante.


Jugeant que la version des faits relatée par la plaignante était crédible, la CRT a décidé que l’employeur avait omis de respecter ses obligations aux termes de l’article 81.19 de la Loi sur les normes du travail, soit de prendre les moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement psychologique et, lorsqu’une telle conduite est portée à sa connaissance, pour la faire cesser.


Pour ajouter à l’opprobre, la CRT a écarté le témoignage du beau-frère, qui soutenait que la supervision accrue dont était l’objet la plaignante était justifiée par des carences de rendement. Selon la CRT, le beau-frère, tout en étant un homme honnête, a dû présenter un portrait inexact de la situation, vraisemblablement pour défendre les intérêts de l’employeur.


Ainsi, en plus d’avoir subi du harcèlement psychologique et de n’avoir obtenu aucun soutien de la part de la direction de l’employeur, la plaignante a ultérieurement eu à défendre la qualité de son travail devant le tribunal.


Bref, cette affaire est un bel exemple d’un environnement de travail miné par le climat familial, le tout, au grand désavantage tant de l’entreprise que du personnel.


On vous offre un poste dans une entreprise familiale? Attendez-vous certainement à des défis particuliers, pour le meilleur ou pour le pire.

À propos de ce blogue

La Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ) analyse, organise, enrichit et diffuse le droit au Québec. Ce faisant, elle accompagne les professionnels dans leurs recherches de solutions, ainsi que l'ensemble de la population dans sa compréhension du droit.

Philippe Buist

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