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Si vous comprenez ce que j’ai dit, vous n’avez rien compris !

Paul Dontigny Jr . 18-03-2010

Tags : Dividende, Dontigny, Emploi, Rendez-vous financiers

chapeau

Vous souvenez-vous de cette glorieuse réponse de Alan Greenspan à un sénateur junior durant une de ses comparutions semi-annuelles devant le Congrès ?


 Greenspan était reconnu pour la densité de ses paroles. Pour le dire ainsi.  J’ai déjà expliqué pourquoi il tentait intentionnellement de créer la confusion.  Il ne faut jamais oublier que les marchés financiers sont liquides parce que les opinions sur les titres sont diverses. 


Bien que la taille d’un marché soit un des facteurs de liquidité, ce n’est pas le seul, et ce n’est pas le plus important en période de crise.  Le plus grand marché de tous les temps est certainement celui des 600$ billions (600 000$ milliards) de produits dérivés et la liquidité de ce marché s’est volatilisée en 2008.


Puisque Greenspan était devenu tellement écouté lorsqu’il parlait des marchés boursiers et obligataires, c’était devenu un risque pour les marchés qu’il exprime ses opinions.  En effet, si il émettait une opinion négative et que tous le croyaient, il était possible qu’il n’y ait pratiquement pas d’acheteurs assez longtemps pour créer un Krach (quelques heures).


Ainsi, c’est la diversité des opinions qui est le facteur nécessaire à la liquidité et l’équilibre des marchés.  C’est pourquoi Greenspan s’arrangeait pour que ses discours soient si denses, nébuleux et semés de contradictions, que toutes les interprétations étaient possibles.  Idéalement, après ses discours, il aurait encouragé 50% des gens à acheter et 50% des gens à vendre au prix actuel.


C’est ainsi qu’après une allocution de Greenspan, un sénateur junior posa une question avec le préambule suivant :  « Chairman Greenspan, I understand what you just said, but … ».  Greenspan interrompit le politicien avec la réplique historique : «  Son, if you understand what I just said, then you don’t understand ». 


Effectivement, pour avoir réécouté son discours, il n’y avait rien à comprendre à part une certitude de confusion…


Et c’est un peu ce qui se passe aujourd’hui.  Sauf que ce n’est pas Greenspan qui parle.  C’est l’ensemble de l’Establishment politique, règlementaire, financier et corporatif qui tente de créer assez de confusion pour que nous ne comprenions pas du tout l’étendue et la persévérance de la crise financière et économique, qui est encore dans la première moitié de sa vie d’après moi.


Ainsi, plusieurs économistes, analystes, gestionnaires et éditeurs de lettres financières sont devenus, par la force des choses, des inspecteurs de données gouvernementales et privées.  La fraude d’information et médiatique est absolument généralisée.


Le plus facile est l’interprétation positive de toute nouvelle.


Ainsi d’après certains médias, une tempête de neige a causé une baisse de nouvelles demandes de chômage parce que les gens n’avaient pas pu se rendre au bureau de chômage, alors qu’une autre tempête de neige a fait bondir ces demandes parce qu’ils n’ont pas pu se rendre au travail.  C’est possible … mais étrange.


Et ainsi, cette semaine, on annonce que l’inflation des prix payés par les manufacturiers est négative, plus basse que les attentes et c’est présenté comme « encore une autre preuve que la reprise économique est forte ».  Euh ???  Le mois dernier, ce même indicateur de prix avait surpris à la hausse et on avait annoncé que cette hausse de prix confirmait que « la reprise économique est forte ».


Je crois que la population en général et les investisseurs en particuliers ne réalisent pas l’étendue de la fraude au niveau de l’information financière te économique.  Je crois aussi que cette ignorance est intentionnelle.  En effet, la vérité est beaucoup trop dure à accepter.  Elle est très négative et personne n’aime ça.


Lorsque la Grèce a admis avoir utilisé des manipulations avec produits dérivés pour cacher les déficits et la dette. Les gens ont manifesté :  pour que le gouvernement augmente ses dépenses et l’aide !!!  Si rien ne change, viendra un jour où les manifestations seront beaucoup plus violentes et où la population sera déterminée à renverser le gouvernement, et le système. 


Je m’ennuie presque de Greenspan !!!


Ha oui … en passant : Même si Greenspan n’a rien fait sur le plan règlementaire pour freiner la crise, il a constamment mis en garde les investisseurs et les institutions financières que leur comportement spéculatif était inapproprié et dangereux.  Il a envoyé des lettres aux institutions financières, notamment aux prêteurs hypothécaires dès le début de la décennie pour les inciter à contrôler le risque.


Imaginez si en 2005, les traders de la Caisse avait écouté Greenspan lorsqu’il a affirmé publiquement (repris par bibi en chronique ici-même) que Fannie Mae et Freddie Mac représentaient un risque systémique pour le système financier américain.


Alors aujourd’hui, quelles sont les mises en gardes que nos médias, économistes, institutions financières, corporations, organismes de règlementation, politiciens et divers conseillers ne veulent pas nous montrer car ils ne veulent pas que nous paniquions ?


Je passe mon temps à vous les présenter.


Et je répète donc ma recommandation de fin 2007 début 2008 dont le but était la réduction du risque du portefeuille ( et non une prédiction sur les fluctuation des prix à court terme)  : Ne paniquez pas !!!  Vendez vos actions et autres titres risqués.


Paul Dontigny Jr, M.Sc., CFA

14 commentaires

Albi le 19-03-2010

M. Dontigny, croyez bien que je ne crois pas que ce que fait la FED est viable sur le très long terme. L'effet de levier à tous les niveaux donne des amplitudes de volatilité sur les marchés financiers et aussi créée un risque systémique en tout temps imminent, qui peut survenir rapidement. La FED perd le contrôle momentanément, lors de 2001 et lors de 2007-2008. Cependant, elle a bcp plus de poids économique et politique relatif qu'en 1929-1930. Ce qui en fait un chef d'orchestre absolu. En ce moment, la politique d'injection de liquidités réussit à "lubrifier" les marchés financiers (libor à zéro ou presque, marché en forte hausse, etc) et à commencer à combler les pertes. Ce que je crois, et c'est une humble opinion, c'est que ce n'est pas le 2T-3T $ que la FED injecte en programmes de relance de toute sorte qui comble les pertes de tout le monde financier, c'est l'effet de levier que celle-ci applique à cette liquidité qui crée une REFLATION et qui va à terme effacer les pertes dans le bilan des institutions financieres! L'important dans ce genre de situation, c'est de créer plus de liquidité "virtuelle" (par effet de levier) qu'il ne s'en détruit pour éviter que cet effet ne tue le système. Pour l'instant, la FED semble avoir repris le controle! À la prochaine baisse dans 3-4 ou 10 ans, il est probable que l'effet de levier sur les instruments financiers soit trop important et que la FED n'ait pas les outils pour stopper la chute à temps. A ce moment, on assistera sans doute à l'arrêt cardiaque du système qui n'a pas eu lieu cette fois, comme cela s'est produit en 2003. Rendez-vous au prochain krach, lorsque le DOW sera à 20000 et qu'il plongera à 2000-3000 dans un excès de volatilité causé par les raisons que je donne plus haut. Ceci dit, malgré ma divergence d'opinion, vos chroniques vidéos sont une référence pour moi. Considérez-moi, dans mon intervention, comme l'avocat du Diable, au bénéfice de tous, j'espère! Albi.

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