Une femme dans une équipe de gars, ça change tout. Oui, tout!

Publié le 04/04/2018 à 06:09

Une femme dans une équipe de gars, ça change tout. Oui, tout!

Publié le 04/04/2018 à 06:09

Une équipe devient plus performante dès lors qu'elle se féminise... Photo: DR

La construction, le camionnage, les Forces armées... La liste est encore longue, de nos jours, des secteurs d'activité où les femmes sont sous-représentées. Et ce, disons-le clairement, en grande partie en raison d'un machisme digne du pire des mononcles : «les femmes ne sont pas aussi capables que les hommes», «les femmes, ça met le bazar dans une équipe de gars» et autres niaiseries du genre «les femmes n'ont rien à faire là, leur place, c'est à la maison». Est-ce que je me trompe?


La question saute aux yeux : y a-t-il, malgré tout, un fond de vérité dans ces allégations? Ou bien, ces dernières ne sont-elles que pures faussetés destinées à préserver la prédominance des hommes dans certains territoires du marché du travail?


Difficile à dire, pensez-vous sûrement. Eh bien, détrompez-vous. Car j'ai mis la main sur une étude fabuleuse à ce sujet, intitulée Does integration change gender attitudes? The effect of randomely assigning women to traditionally male teams et signée par trois professeurs d'économie : Gordon Dahl, de l'Université de Californie à San Diego (États-Unis); Andreas Kotsadam, de l'Université d'Oslo (Norvège); et Dan-Olof Rooth, de l'Université de Stockholm (Suède). Regardons ça ensemble...


Les trois chercheurs se sont demandé ce qui se passait vraiment lorsqu'on intégrait une femme dans une équipe autrement 100% masculine. La nouvelle équipe courait-elle alors droit à la catastrophe, ou pas? Mieux, cela changeait-il la mentalité des gars? Se braquaient-ils dès lors davantage à l'égard des femmes, ou au contraire gagnaient-ils en tolérance et en ouverture d'esprit?


Pour s'en faire une idée, ils se sont intéressés aux Forces armées norvégiennes. Il faut savoir que depuis 2010 tous les Norvégiens de 17 ans sont obligés de s'enregistrer en ligne sur le site de l'Armée et d'indiquer si une carrière militaire les tente, ou pas. Cela permet aux Forces d'identifier chaque année quelque 10.000 individus potentiellement intéressants pour elles, et d'inviter ceux-ci à un camp d'entraînement de huit semaines. Bon an mal an, 14% des participants à ces camps sont des femmes (au Canada, la proportion de femmes au sein des Forces armées est de 15,3% en 2018).


Les trois chercheurs se sont ainsi penchés sur 153 escouades – une escouade est une équipe de six participants au camp d'entraînement – qu'ils ont pu, pour les bienfaits de leur expérience, composer à leur guise : certaines escouades étaient 100% masculines, d'autres ont été dotées d'une, deux ou même trois femmes. Comme chaque escouade vivait jour et nuit ensemble (elle occupait la même chambrée) pendant les huit semaines, il était aisé de voir si une présence féminime changeait quoi que ce soit dans la dynamique de l'équipe.


Résultats? Tenez-vous bien :


> Reconnaissance d'une véritable égalité des sexes. Les hommes qui ont été dans une escouade féminisée ont eu nettement plus tendance que les autres à considérer à la fin du camp d'entraînement qu'une équipe dotée de femmes est «tout aussi», voire «plus», performante qu'une équipe composée exclusivement de gars. Ils ont été 79% à le dire, soit 14 points de pourcentage de plus que ceux qui ont évolué dans une escouade totalement masculine.


> Pour un partage équitable des tâches ménagères. 75% des hommes qui ont été dans une escouade féminisée ont dit à l'issue du camp d'entraînement que les tâches ménagères devaient être équitablement partagées entre les hommes et les femmes. Ce qui est 8 points de pourcentage de plus que les autres.


> Aveu de leur propre dimension féminine. 79% des hommes qui ont été dans une escouade féminisée ont reconnu à la fin du camp qu'il y avait en eux une dimension "féminine" (ex.: élans de tendresse, pleurs, etc.). Ce qui est 14 points de pourcentage de plus que les autres.


> Absence d'impact négatif sur l'esprit de corps. De manière générale, les hommes qui ont été dans une escouade féminisée n'ont subi aucun impact négatif dû à la présence d'une ou plusieurs femmes dans leur équipe : leur performance individuelle n'a pas été inférieure à celle des autres, et en aucun cas leur motivation à réussir à été moindre. Un signe ne trompe pas : la proportion de ceux qui ont déclaré à la fin du camp d'entraînement qu'ils souhaitaient vraiment faire carrière au sein des Forces armées a été la même, qu'ils aient été dans une escouade féminisée ou dans une escouade 100% masculine.


Voilà. Auriez-vous crû ça avant de découvrir les résultats de cette étude? Hum, pas sûr...


On le voit bien, doter une équipe traditionnellement masculine d'une ou plusieurs femmes change tout. Oui, tout. Ça change radicalement la mentalité machiste des gars : fini les idées saugrenues comme quoi les femmes sapent le moral, sèment le trouble, ou encore nuisent à la performance globale; place à l'ouverture d'esprit, à l'innovation, voire à de nouveaux horizons, personnels comme collectifs. Plus fort encore, ça ouvre grand la porte de la réussite puisque ceux qui ont évolué dans une équipe féminisée ont été majoritaire à reconnaître que ce simple changement leur avait permis d'afficher une meilleure performance.


Renversant, n'est-ce pas? Il suffit de deux mois de travail ensemble pour assister à une petite révolution des mentalités. Il y a là, je pense, de quoi donner l'envie de tenter l'expérience : féminisez davantage vos équipes de travail, et vous verrez que tout le monde y gagnera! C'est aussi simple que ça.


Que retenir maintenant de tout cela? Ceci, à mon avis :


> Qui entend faire progresser d'un seul coup son équipe de travail se doit de davantage la féminiser. Il lui faut accroître, même de manière infime, la proportion de femmes là où elle est particulièrement faible (voire totalement absente). Pourquoi? Tout bonnement parce que cela favorisera un changement de mentalités conséquent, et par suite permettra à la nouvelle équipe féminisée d'afficher une meilleure performance qu'à l'habitude. Et ce, sans parler des bienfaits individuels comme collectifs liés à l'ouverture des esprits à la différence et à l'innovation, surtout en cette période de changements économiques accélérés et radicaux.


En passant, le philosophe britannique Francis Bacon disait : «Il est plus sage de changer beaucoup de choses qu'une seule».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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