Teahupo'o, ou l'art de surmonter n'importe quel obstacle

Publié le 13/06/2017 à 06:16

Teahupo'o, ou l'art de surmonter n'importe quel obstacle

Publié le 13/06/2017 à 06:16

Michel Bourez au coeur de la mâchoire de Teahupo'o... Photo: DR

Tahiti est un son. Un son de basse lancinant, assourdissant, harponnant. Le son des vagues. C'est le grondement qui enfle à mesure qu'on s'avance vers le rivage, à force de rebondir sur les coraux, de rouler sur les galets, de fouetter les racines suspendues des banians.


Ça, je l'ai réalisé lorsque je me suis rendu à Teahupo'o, un minuscule village de quelques centaines d'âmes situé à une heure de route de Papeete, la capitale. Je me suis assis au bord de l'eau et j'ai admiré un phénomène naturel rarissime : la «mâchoire de Teahupo'o», le fantasme des surfeurs du monde entier.


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Imaginez un peu : une vague – non, un monstre – d'une hauteur de 15 mètres, qui semble jaillir de nulle part et qui renverse tout sur son passage avec la force d'un tsunami. Même les meilleurs surfeurs du monde en tremblent de peur; car c'est là vraisemblablement la vague la plus haute du monde, celle qui ne pardonne jamais la moindre erreur : le fond corallien n'est qu'à quelques dizaines de centimètres de la surface, si bien que la vague écrase littéralement les malchanceux contre autant de pointes acérées (les morts se comptent à la pelle...).


Chaque année a lieu ici-même le Billabong Pro Tahiti, l'une des étapes les plus spectaculaires du circuit professionnel de surf. Cette compétition est passée à la légende en 2000, lorsque Laird Hamilton est parvenu à ressortir d'un tube grand comme un hangar. Du jour au lendemain, tous les plus grands ont tenu à réussir la même performance, à leurs risques et périls...


Il y a à peine quelques semaines, Michel Bourez a pris un énorme bouillon à Teahupo'o. Blessé au dos et à une main, le champion tahitien a failli y rester. «J'avais une trop petite planche, a-t-il confié au quotidien français L'Équipe. Au départ, j'avais des vagues adaptées à cette planche, tout se passait bien. Et puis, une grosse est arrivée. J'ai planté le nose. La vague m'a pris et m'a plaqué directement sur le récif.»


Et d'ajouter : «J'ai eu le réflexe de protéger ma tête, mais la vague était tellement énorme et violente que je n'avais plus le contrôle de mon corps. Mes bras sont partis d'un côté, mon corps de l'autre... Ma main a tapé sur le corail, mon dos a bouffé, un bout de vertèbre s'est cassé.»


Il a malgré tout réussi à remonter à la surface, mais une deuxième vague, plus grosse encore, lui est tombée dessus. Il a eu le temps de saisir sa planche, mais celle-ci, sous le choc, s'est brisée entre ses mains. «J'ai bouffé une nouvelle fois», a-t-il dit.


Une troisième vague est ensuite arrivée. Et une quatrième, qui, elle, l'a enfin rejeté dans le lagon. Main cassée, dos brisé, mais vivant. «Sur le coup, je n'ai pas eu peur. Je suis même resté assez serein. C'est que j'ai l'habitude de me retrouver dans ce genre de situation. Et je sais ce qu'il faut faire. J'ai passé toute ma vie à bouffer à Teahupo'o, donc ça me fait moins peur qu'à d'autres. L'important, c'était de ne pas atterrir sur le récif la tête première.»


Impressionnant, n'est-ce pas? Les pieds caressés par les vagues, j'imaginais la scène, terrifiante, et surtout, le calme olympien du champion alors que le fil de sa vie s'effilochait à vue d'oeil. Et je me suis souvenu d'une de mes lectures du moment, Tools of Titans, le dernier bestseller de l'entrepreneur américain Tim Ferriss. Il y présente en effet le fruit de sa rencontre avec le surfeur Laird Hamilton, celui-là même qui a fait entrer dans la légende la mâchoire de Teahupo'o...


«Face au danger, et donc à la peur, la clé, c'est l'humilité, lui a confié le champion, en substance. C'est de se dire qu'on a des forces, mais aussi des faiblesses, et qu'il faut accepter tout cela pour être en mesure d'affronter le péril en toute sérénité. Sans surestimer ses forces. Sans sous-estimer ses faiblesses. En toute lucidité.»


«L'humilité est, de surcroît, le meilleur moyen de progresser, a-t-il ajouté. Elle permet, par exemple, à quelqu'un qui fait du yoga de se dire qu'il ferait bien, par ailleurs, de soulever un peu de fonte sur une base régulière, ou encore à un gars bodybuildé de se dire qu'il ferait bien d'effectuer des exercices d'assouplissement sur une base régulière.»


Comment, par conséquent, gagner en humilité? Réponse : en se frottant aux autres! Laird Hamilton cite en exemple un certain Don Wildman, un athlète... de 84 ans. Il y a deux ans, celui-ci a fait du snowboard durant un mois en Alaska, au rythme d'une quinzaine de descentes par jour, sur des pistes sauvages au sommet desquelles il se faisait déposer en hélicoptère. D'où tirait-il une telle vitalité? Des autres...


«Don est un très bon snowboarder, mais certainement pas le meilleur, a-t-il dit, toujours en substance. Le secret de sa motivation et de son énergie, qui semblent inépuisables, réside dans son envie folle de tutoyer ses limites, de viser l'extraordinaire sans accentuer ses forces, ni minimiser ses faiblesses. Mais surtout, toujours en compagnie des autres : en snowboard, il ne descend jamais seul, mais avec des champions. Pourquoi? Parce qu'à ses yeux il n'y a rien de plus désolant qu'un lieu désert. On ne peut être bon qu'à plusieurs, jamais seul.»


Voilà. L'humilité fait des miracles, comme celui de pouvoir échapper à la mâchoire de Teahupo'o. Oui, l'humilité peut réellement nous aider, vous comme moi, à surmonter n'importe quel obstacle, que ce soit sur une frêle planche de mousse polyuréthane ou que ce soit lors d'une réunion de travail vitale pour notre avenir professionnel. À chacun de nous de finir par le réaliser, puis d'en faire une vertu quotidienne aussi tenace que les déferlantes du Pacifique...


(Ce carnet de route a été rendu possible grâce à l'invitation du Tahiti Congrès Management & Ressources humaines 2017.)


 


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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