Les RH ne comprennent rien à la révolution de l'IA!

Publié le 18/04/2018 à 06:06

Les RH ne comprennent rien à la révolution de l'IA!

Publié le 18/04/2018 à 06:06

Les périls sont innombrables, mais personne ne s'y prépare vraiment... Photo: DR

Intelligence artificielle (IA), robots intelligents, deep learning... Tous ces termes ne sont plus aujourd'hui de la science-fiction, mais bel et bien une réalité qui, nous nous en rendons mieux compte jour après jour, représente une véritable révolution technologique. Oui, une révolution technologique comme l'humanité n'en a peut-être encore jamais connue, tant elle s'annonce puissante et rapide, pour ne pas dire brutale.


Le hic? C'est que les services des ressources humaines (RH) des entreprises canadiennes n'ont rien compris de la révolution qui s'amorce sous nos yeux ébahis. Rien du tout. Comme en atteste un sondage mené à l'échelle mondiale par Willis Towers Watson, un cabinet-conseil en gestion des capitaux humains et financiers. Explication.


Pour commencer, j'ai envie de vous poser une petite question : « À votre avis, quelle est la proportion du travail qui est aujourd'hui effectuée par des robots intelligents, à l'échelle de la planète?» (Note: par "robot intelligent" j'entends toute machine dotée d'un programme informatique pour effectuer les tâches qui lui sont demandées; ce qui englobe les automates, les androïdes et autres algorithmes.)


Alors, quelle proportion? Voici la réponse : 12%. Il y a de cela trois ans, ce pourcentage était de seulement 7%. Et les prévisions de Willis Towers Watson avancent qu'il sera – tenez-vous bien – de 22% d'ici 2020. Autrement dit, il nous reste tout juste trois années avant de voir que près de 1 tâche sur 4 sera effectuée par un robot intelligent!


C'est clair, la révolution progresse à pas de géant. Et les bouleversements à venir promettent d'être considérables:


> Mises à pied. 1 employeur sur 2 (49%) estime qu'il aura bientôt besoin de moins d'employés en raison des robots intelligents. Et 1 employeur sur 4 (27%) avoue qu'il a d'ores et déjà un plan en ce sens.


> Supplantations. Le quart des employeurs (26%) disent avoir l'intention de s'équiper en robots intelligents à court terme dans l'optique de leur confier des tâches habituellement effectuées par des êtres humains. La même proportion (24%), dans le but de réduire leurs coûts. Et 15%, dans l'espoir d'éviter les erreurs commises par les êtres humains.


> Précarisation. 1 employeur sur 2 considère que l'arrivée des robots intelligents va lui permettre de recourir davantage aux employés non salariés (employés contractuels, pigistes,...) d'ici les trois prochaines années. Et 19% affirment avoir amorcé le virage.


> «Recyclage professionnel». Les employés qui survivront à l'arrivée des robots intelligents devront acquérir de toutes nouvelles compétences s'ils entendent conserver leur emploi. Aux yeux des employeurs, il leur faudra procéder à un «recyclage professionnel» (sic), c'est-à-dire à l'abandon des talents accaparés par les robots intelligents au profit de talents encore hors de portée de ceux-ci.


Impressionnant, n'est-ce pas? D'autant plus que tout cela doit se produire demain. Oui, demain.


Alors, comment les entreprises s'y préparent-elles, au juste? Et en particulier, les RH? C'est là tout le problème: seulement 5% des employeurs considèrent que les RH de leur entreprise sont prêts à faire face aux bourrasques qui se profilent à l'horizon. Vous avez bien lu: 5%.


C'est qu'il y a du pain sur la planche pour les RH. Il va leur falloir, d'après les employeurs:


– Mieux contribuer au rendement de chaque employé (selon 69% des employeurs);


– Développer le leadership des gestionnaires (67%), notamment en les aidant à évoluer dans un milieu de travail robotisé;


– Revoir en profondeur la structure organisationnelle (65%);


– Acquérir de nouveaux talents (60%);


– Mieux gérer les carrières (60%);


– Mettre au point de nouveaux programmes de rémunération (52%);


– Revoir les programmes d'avantages sociaux (42%)


– Etc.


À cela s'ajoute un point crucial : 55% des employeurs affirment que les RH vont devoir... repenser leur propre rôle au sein de l'organisation. Il va en effet leur falloir identifier et apprendre à manier de tout nouveaux leviers pour favoriser «le rendement, la productivité et les résultats». Ni plus ni moins.


On le voit bien, la marche est haute. Et elle semble d'autant plus haute qu'elle est sous notre nez.


«Les incidences de l'avènement des robots intelligents sur les RH sont, en vérité, immédiates. Il leur faut dès à présent songer à relever de nouveaux défis – par exemple, la gestion de travailleurs autonomes, de consultants, d'employés contractuels –; et pourtant, seulement une poignée d'organisations canadiennes en sont aujourd'hui capables. Il leur faut même commencer à repenser carrément le travail, notamment la manière dont on va unir les habitudes de travail et les nouveaux talents», dit Tracey Malcolm, chef mondial, avenir du travail, de Willis Towers Watson.


«Il est clair que le leadership des dirigeants et des gestionnaires va être un élément clé du succès des organisations de demain. Dans le contexte de mutation technologique rapide que nous connaissons, les employeurs vont devoir valoriser ceux qui parviendront à évoluer harmonieusement dans un écosystème de travail fondamentalement différent de tout ce que nous avons connu jusqu'à présent. Ceux qui parviendront à susciter l'engagement et le fidélité», ajoute France Dufresne, chef canadienne et directrice, avenir du travail, de Willis Towers Watson.


Voilà. Demain est déjà là. Et il déboule sur nous à toute vitesse, avec un lot de défis aussi inédits que périlleux. Saurons-nous passer à travers? Voire en tirer profit, en surfant habilement sur la vague? Hum, ça reste à voir... Car les RH semblent très loin d'avoir réalisé l'ampleur de la révolution, et encore plus loin de s'y préparer comme il se doit.


Faut-il, par conséquent, baisser les bras? Non, mille fois non.


Nous voilà informés, mieux, avertis. À nous de réagir sans tarder, et même sans ciller. À nous d'évaluer ensemble – pourquoi pas sous la houlette des RH ? – le changement de paradigme que nous allons devoir vivre, et de nous y adapter pour le plus grand bien commun. Car c'est comme cela, et pas autrement, que nous pourrons sortir grandis de cette nouvelle aventure. Est-ce que je me trompe?


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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