Gare à la face cachée de la gratitude!

Publié le 17/07/2017 à 06:06, mis à jour le 17/07/2017 à 06:21

Gare à la face cachée de la gratitude!

Publié le 17/07/2017 à 06:06, mis à jour le 17/07/2017 à 06:21

Un coup de main est toujours apprécié, mais a parfois un prix insoupçonné... Photo: DR

La gratitude. Oui, l’expression de notre reconnaissance envers autrui parce qu’il nous a donné un coup de main quand on en avait vraiment besoin, ou encore parce qu’il a su trouver les mots justes au moment où il fallait absolument nous sentir soutenu. Il s’agit là d’une vertu prisée aujourd’hui en milieu de travail, ne serait-ce qu’en raison du fait qu’elle permet de souder comme jamais les liens unissant une équipe de travail. Bref, de nos jours, pas de vrai leadership sans gratitude; nombre d’études en attestent pour ceux qui en douteraient encore.


Exprimer sa gratitude à tout bout de champ est-il pour autant la solution miracle à toutes les difficultés rencontrées par une équipe en manque de cohésion? Ou même, au leader au leadership défaillant? Non, car la gratitude présente une face cachée qui vient d’être mise au kjour dans une étude fascinante, intitulée The proximal experience of gratitude et signée par : Kristin Layous, professeure de psychologie à l’Université d’État de Californie à Hayward (États-Unis); Sonja Lyubormirsky et Kate Sweeny, toutes deux professeures de psychologie à l’Université de Californie à Riverside (États-Unis), assistées de leur étudiante Christina Armenta; et Incheol Choi, professeur de psychologie sociale à l’Université nationale de Séoul (Corée du Sud), assisté de son étudiante Soojung Na. Regardons ça ensemble…


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Les six chercheurs ont noté que les études abondaient, ces dernières années, sur la gratitude et ses différents bienfaits, mais que l’on ne sait toujours pas ce que ressentaient vraiment ceux qui en font preuve au moment-même où ils expriment leur reconnaissance envers autrui. Vous comme moi, on imagine que la personne concernée se sent alors mieux, soulagée d’avoir eu le cran de faire un pas important vers l’autre et d’avoir ainsi renforcé le lien qui les unit. Car un «merci» fait toujours autant de bien à celui qui le reçoit qu’à celui qui l’exprime. Mais est-ce là tout? Avouons que nous ne le savons pas…


Pour s’en faire une idée précise, les six chercheurs ont procédé à trois expériences complémentaires dans lesquelles quelque 150 volontaires étaient amenés à exprimer de la gratitude et à aussitôt dévoiler les émotions qui les envahissaient.


Simple, n’est-ce pas? Mais sacrément efficace, comme le montrent les fascinants résultats qu’ils ont obtenus :


> Un flux d’émotions positives. En général, lorsqu’un participant exprimait de la gratitude, il ressentait immédiatement différentes émotions positives; il se sentait :


- Mieux. Parce que celui qui fait preuve de gratitude se sent mieux du simple fait qu’il adresse un message bienveillant à autrui, un message qui traduit l’attachement, voire l’amour, qu’il a envers lui. Il reconnaît ainsi le geste effectué par l’autre et exprime toute la valeur que celui-ci a à ses yeux.


- Touché. Parce que celui qui fait preuve de gratitude se sent touché par le geste de l’autre, touché en plein coeur. Ce qui peut même le bouleverser.


- Béni. Parce que celui qui fait preuve de gratitude se sent béni, car il sent qu’il a une grande chance d’avoir bénéficié du geste de l’autre.


- Connecté. Parce que celui qui fait preuve de gratitude renforce, par le fait-même, le lien qu’il a avec l’autre.


> Une poignée d’émotions négatives. Il est souvent arrivé que le participant ressente également une ou plusieurs émotions négatives; il se sentait :


- Redevable. Parce qu’il considérait que la simple expression de sa gratitude ne suffisait pas, et qu’il lui faudrait, tôt ou tard, rendre la pareille, voire renvoie l’ascenseur, à l’autre. Ce qui le plaçait en situation inconfortable, parfois au point de créer un malaise durable.


- Coupable. Parce qu’il estimait que s’il en avait été réduit à devoir exprimer de la gratitude envers l’autre, c’était à cause d’une erreur ou d’une faute qu’il avait commise. D’où un désagréable sentiment de culpabilité, lequel se convertissait parfois en sentiment d’infériorité par rapport à l’autre. À noter, toutefois, que cela ne va pas jusqu’à l’embarras ou la honte.


On le voit bien, la gratitude est riche en émotions, mais des émotions aussi bien positives que négatives. Qu’est-ce que ça signifie, au juste? Eh bien qu’il convient de manier la gratitude avec précaution. Car elle risque, dans certains cas de figure, de se traduire par un mal-être grandissant de celui qui en fait preuve, voire par une détérioration durable du lien entre les deux personnes concernées.


C’est que la gratitude a une face cachée. Et il importe d’en avoir conscience, sans quoi on risque de souffrir d’avoir exprimé sa reconnaissance envers autrui. Faut-il en déduire que l’idéal est de s’abstenir à tout jamais de faire preuve de gratitude? Non, mille fois non! Il convient plutôt, à mon avis, d’agir de la sorte :


> Qui entend faire preuve de gratitude se doit de laisser filer un peu de temps avant de le faire. Il lui faut analyser avec soin les émotions qui le traversent, par exemple en rédigeant à la main la reconnaissance qu’il envisage d’exprimer ultérieurement de manière orale; si jamais il se sent alors redevable envers l’autre, mieux vaut pour lui ne rien exprimer du tout, si ce n’est un sobre «merci», bien entendu. Pourquoi? Parce qu’il se sentira mal à l’avenir en présence de cette personne-là. Mais qu’il ait confiance : surviendra bien, tôt ou tard, une occasion où il pourra tendre la main à cette même personne, sans rien attendre en retour; et tout sera réglé pour le mieux.


En passant, le dramaturge grec Ménandre disait : «Le fruit le plus agréable et le plus utile au monde est la reconnaissance».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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