Comment parvenir à adopter de bonnes habitudes au travail?

Publié le 27/07/2017 à 06:06, mis à jour le 27/07/2017 à 06:17

Comment parvenir à adopter de bonnes habitudes au travail?

Publié le 27/07/2017 à 06:06, mis à jour le 27/07/2017 à 06:17

Adopter une bonne habitude, ça change la vie... Photo: DR

Il y a ceux qui ne peuvent pas s'empêcher de consulter leurs courriels toutes les cinq minutes, ceux qui acceptent toutes les réunions même s'ils savent que nombre d'entre elles leur sont inutiles, ceux qui repoussent toujours à plus tard les tâches les plus importantes... Soyons francs, nous avons tous de mauvaises habitudes au travail. Des mauvaises habitudes qui nous nuisent à nous-mêmes, et parfois même à ceux qui nous entourent.


Comment se débarrasser des mauvaises habitudes? Ou plutôt, comment les remplacer par des bonnes? Pas facile à savoir, me direz-vous...


Eh bien, imaginez-vous que j'ai une bonne nouvelle pour vous aujourd'hui. C'est que je crois bien avoir déniché un bon truc pour cela. Si, si... Une astuce issue d'une étude intitulée Can financial incentives help people trying to establish new habits? Experimental evidence with new gym members et signée par quatre professeurs d'économie : Mariana Carrera, de l'École de management Weatherhead à Cleveland (États-Unis); Heather Royer, de l'Université de Californie à Santa Barbara (États-Unis); Mark Stehr, de la Faculté d'affaires LeBow à Philadelphie (États-Unis); et Justin Sydnor, de l'École de commerce du Wisconsin à Madison (États-Unis). Regardons ça ensemble...


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Les quatre chercheurs ont noté qu'il était fréquent de voir les nouveaux inscrits à un gym – autrement dit, des personnes qui ont pris la ferme résolution d'améliorer leur santé – lâchaient souvent prise après seulement un mois ou deux. Et qu'il arrivait même des cas où le membre du gym continuait à payer son abonnement des mois durant en dépit du fait qu'il n'y mettait plus les pieds – ce qui est économiquement absurde.


D'où leur envie de comprendre comment il se faisait que des personnes ayant pris une saine résolution, et ayant même déboursé de l'argent pour mener à bien leur projet, finissaient par tout laisser tomber. Qu'est-ce qui pouvait bien saper leur motivation en aussi peu de temps? se sont-ils demandé.


Pour s'en faire une idée, ils ont demandé à 836 nouveaux membres d'un gym privé de bien vouloir se prêter à une petite expérience. Il s'agissait de leur offrir une récompense pour leur assiduité au gym, à ceci près que tout le monde n'avait pas été logé à la même enseigne :


> Une prime de 30 dollars. Certains se sont vus offrir une prime de 30 dollars s'ils se rendaient au gym au moins neuf fois durant les six semaines suivantes;


> Une prime de 60 dollars. D'autres se sont vus offrir une prime de 60 dollars, à la même condition;


> Une prime équivalente à 30 dollars. Les derniers se sont vus offrir un objet qui leur plaisait, d'une valeur de 30 dollars, toujours à la même condition.


Résultat? Tenez-vous bien :


> Un effet nul. Aucune des récompenses proposées n'a eu d'impact sur l'assiduité des participants. Ce n'est pas, par exemple, parce qu'on leur avait promis 60 dollars qu'ils étaient allés s'entraîner au gym plus qu'ils ne l'auraient fait sans cela. Bref, aucune récompense financière n'a eu d'incidence sur la motivation des gens à adopter la saine habitude d'aller régulièrement au gym.


Comment expliquer un tel phénomène? Les quatre professeurs d'économie ont plongé dans leurs données, et ainsi découvert que la principale explication était... l'überoptimisme. Le quoi? Oui, vous avez bien lu, l'überoptimisme. C'est-à-dire l'excès d'optimisme.


«Les nouveaux membres d'un gym sont en général mille fois trop optimistes quant à leur capacité réelle à se rendre au gym sur une base régulière. En vérité, il suffit d'une poignée de semaines pour les voir décrocher à la vitesse V. Nos données montrent d'ailleurs qu'au tout début ils sont 95% à affirmer qu'ils se rendront au gym une fois par semaine, et que ce pourcentage tombe à 63% au bout d'un mois, puis à 34% au bout de trois mois», indiquent-ils dans leur étude.


Ce n'est pas tout. Un autre facteur a joué en défaveur de la récompense financière : c'est que lorsqu'on offre une prime à quelqu'un qui vient de prendre une saine résolution, on rate nécessairement la cible. Pourquoi? Parce que la saine résolution correspond à une motivation intrinsèque (qui vient de nous-mêmes) tandis que la prime financière, elle, correspond à une motivation extrinsèque (qui ne vient pas de nous-mêmes); or, le pont entre ces deux types de motivation est on ne peut plus mince, voire carrément inexistant, selon les quatre chercheurs...


La question saute dès lors aux yeux : «Comment peut-on remédier à ce fléau?» Et par suite, pour qui se pique de management : «Comment venir en aide à quelqu'un qui entend non seulement adopter de saines habitudes, mais aussi les faire vraiment siennes à moyen et long termes dans le cadre du travail?» Ce à quoi les auteurs de l'étude répondent en invitant à explorer deux voies :


1. Une récompense sur-mesure. L'idéal serait de faire se rencontrer la personne qui entend adopter une saine habitude (l'employé, si vous voulez) et une autre, celle qui entend l'appuyer en ce sens (son manager, si vous préférez), pour déterminer, ensemble, ce qui la motiverait à fond pour y parvenir. Le but de cette rencontre serait d'identifier une motivation intrinsèque, et donc, de prendre soin d'écarter toute forme de motivation extrinsèque. Les deux passeraient alors une sorte de contrat entre eux, lequel déterminerait les conditions à remplir pour mériter la récompense.


2. Un dégonflement de l'überoptimisme. L'idéal serait également que ces deux-mêmes personnes – l'employé et le manager – prennent conscience du péril représenté par l'überoptimisme, puis qu'elles établissent, ensemble, des objectifs à la fois quantifiables et réalistes à celle qui entend adopter de saines habitudes. À noter que ces objectifs doivent être étalés dans le temps; et même être réactualisés de temps à autres, le cas échéant. Ce qui devrait permettre d'éviter une chute aussi subite qu'irréversible de la motivation de l'employé.


Intéressant, n'est-ce pas?


Maintenant, que retenir de tout ça? Ceci, à mon avis :


> Qui entend adopter de bonnes habitudes au travail se doit de combattre son überoptimisme. Il lui faut prendre conscience du naturel excès de confiance qu'il ressent dès lors qu'il a le projet d'adopter une saine et nouvelle habitude. Pour ce faire, il doit rencontrer son manager (ou, à défaut, un collègue en qui il a une entière confiance), lui parler de son projet et convenir avec lui d'une récompense réellement motivante à ses yeux ainsi que des étapes à franchir pour la mériter. Et ce, en préférant toujours la régularité à la performance (ex.: au lieu de se dire que tel résultat ambitieux doit être atteint dans les 15 jours à venir, mieux vaut se dire que chaque jour qui passe doit voir l'atteinte d'un résultat modeste). Et le tour sera joué!


En passant, l'écrivain roumain Ion Luca Caragiale a dit dans Une Nuit orageuse : «Il n'est d'habitude dont on ne se déshabitue».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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