Comment ne plus jamais choker au pire moment?

Publié le 13/08/2018 à 06:00

Comment ne plus jamais choker au pire moment?

Publié le 13/08/2018 à 06:00

Parfois, nos erreurs sont impardonnables... Photo: DR

Vous comme moi, ça nous est tous arrivé au moins une fois. Et nous nous en souvenons encore… Je veux parler de ce malheureux moment où, contre toutes attentes, nous avons raté l’inratable, où nous avons échoué lamentablement, bref, où nous avons choké.


Je me souviens de ce jour où, gamin, je participais à un tournoi d’échecs et affrontais le champion en titre. Je lui en ai fait voir de toutes les couleurs, à tel point qu’il en est devenu tout rouge, estomaqué par ce qui lui arrivait. Tous les adultes se sont rués sur notre table, éberlués de voir le champion ainsi déstabilisé. Et est arrivé cet instant où il a fait une gaffe monumentale, laissant sa tour en prise : la victoire était à ma portée, je sentais tout le monde qui retenait son souffle et – allez savoir pourquoi – je n’ai pas pris cette fichue tour. J’ai choké, sans aucune explication logique. Et j’ai fini par perdre, au temps.


Inévitablement, des situations similaires se sont reproduites plus tard. En particulier au travail. Et ce, avec toujours cette même incompréhension totale : comment se faisait-il que je chokais comme ça, pile au pire moment ? Une interrogation qui, vous aussi sûrement, vous taraude régulièrement, n’est-ce pas ?


Eh bien, la bonne nouvelle du jour, c’est que je crois avoir – enfin – trouvé le moyen de ne plus jamais choker. Si, si… Grâce à la lecture de plusieurs études sur le sujet. Regardons ça ensemble…


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Ken Harb-Wu et Alex Krumer sont deux économistes qui ont œuvré ensemble le temps d’une étude menée sous la houlette de l’Université de Saint-Gall, en Suisse. Leur idée : regarder ce qui faisait que certains craquaient sous une pression extrême, à l’image des athlètes de biathlon lorsqu’ils participent à une compétition prestigieuse, comme un championnat du monde ou des Jeux olympiques.


Plus précisément, ils se sont attardés au comportement des favoris locaux de ces compétitions-là, c’est-à-dire les champions qui évoluent alors devant leur propre public (ex. : les champions norvégiens lorsque la compétition internationale a lieu en Norvège). Pourquoi eux ? Parce que ceux-ci sont dès lors sous haute pression puisqu’ils se doivent de briller plus que jamais aux yeux de leurs compatriotes.


Résultat ? Sous une telle pression, les champions skient moins vite et tirent moins bien que d’habitude, au point de souvent rater le podium de justesse ; d’ailleurs, le tir qui leur est fatal est, la plupart du temps, le tout dernier, celui sur lequel se joue les médailles. Autrement dit, ils craquent bel et bien au pire moment. Ce qui m’est arrivé, et ce qui vous est arrivé à vous aussi, est un phénomène scientifiquement prouvé.


Poursuivons, avec Florian Lindner, un économiste qui œuvre au sein de l’Université d’Innsbruck, en Autriche. Celui-ci s’est également intéressé aux champions du biathlon, et a mis au jour dans une étude non seulement la même chose que MM. Harb-Wu et Krumer, à savoir que les champions ont tendance à craquer aux tout derniers instants de la compétition, mais aussi deux points intéressants :


– Une fausse bonne idée. Certains champions, probablement conscients que la pression est en train de leur jouer des tours, décident de prendre un tout petit peu plus de temps que normal pour effectuer leurs derniers tirs. Or, il se trouve que cette stratégie… aggrave la situation ! Ils tirent alors avec encore moins de précision qu’auparavant.


– Une bévue salvatrice. Il arrive que, dans leurs derniers tirs, les champions commettent d’emblée une bévue monumentale, du genre qui risque de leur faire rater une médaille. Que se passe-t-il alors ? Eh bien, la plupart du temps, cela les fouette et ils redoublent de concentration. Du coup, ils se mettent à tirer juste après ça avec une précision inégalée, ce qui leur assure le podium.


Mine de rien, ces deux études permettent d’identifier ce qui fait que nous chokons. Et mieux, quelques trucs pratiques pour y remédier. Je m’explique…


On le voit bien à travers le cas des champions de biathlon, nous nous mettons à choker lorsque quelque chose nous perturbe, ou plutôt lorsque quelque chose nous amène à cogiter. Nous nous attardons alors à des détails auxquels nous ne pensons pas d’habitude. Et par suite, notre cerveau n’est plus tout à fait à ce qu’il devrait faire, ce qui se traduit par la bourde du siècle.


Dan Ariely, de l’Université Duke, Uri Gneezy, de l’École de management Rady, George Loewenstein, de l’Université Carnegie Mellon, et Nina Mazar, de l’École de management Rotman, ont mis en évidence ce phénomène dans une étude publiée en 2008. L’une de leurs expériences consistait à demander à des étudiants du MIT d’effectuer différentes tâches sous une très forte pression psychologique. Par exemple, il leur était demandé de taper avec deux doigts sur les deux mêmes touches d’un clavier à la vitesse de l’éclair pendant un certain laps de temps, les participants touchant dans un premier temps 30$ pour ce faire, puis carrément 300$ dans un second temps. Autre exemple : il s’agissait d’effectuer mentalement le plus de calculs possible en un temps imparti, la récompense en cas de réussite passant, là encore, de 30$ à 300$ aux cours de l’exercice.


Résultats ? Ils tiennent en deux points lumineux :


– L’avantage de la tâche manuelle. En ce qui concerne la tâche manuelle, le taux de réussite a bondi d’un coup de 40 à 80% lorsqu’il a été question de gagner non plus 30, mais 300$. Autrement dit, les participants ont redoublé d’efforts et de concentration, et ont nettement amélioré leur performance en dépit de la pression.


– Le désavantage de la tâche cognitive. En ce qui concerne la tâche cognitive, le taux de réussite a chuté d’un coup, passant de 65 à 40% à partir du moment où 300$ ont été mis en jeu. Autrement dit, nombre de participants ont tout bonnement choké sous la pression grandissante.


En conséquence, plus nous nous mettons à solliciter notre cerveau lorsque la pression monte, plus notre performance se met à dégringoler ; parfois même, jusqu’à commettre l’impensable erreur. Inversement, plus nous nous concentrons sur des automatismes, plus nous sommes à même de booster notre performance, même si la pression va grandissante.


Mike Trott est un coach du réseau néo-zélandais de cours collectifs de fitness LesMills, qui compte plus de 6 millions d’adeptes un peu partout sur la planète. Un beau jour, il a réalisé qu’il arrivait à chacun de nous de choker, et il s’est penché sur le phénomène. Cela lui a permis d’identifier plusieurs signes annonciateurs du phénomène, soit :


– Les pensées négatives à notre sujet. Elles surviennent lorsque nous nous mettons à ruminer des idées négatives à notre sujet. Nous pensons, par exemple, à ce qui arriverait si on échouait. Nous nous mettons à douter de notre capacité à aller jusqu’au bout. Nous nous attardons à de menus détails sur les gestes qu’il nous reste à accomplir avant d’en finir. Bref, nous embarquons sur une pente aussi glissante que dangereuse.


– Les pensées négatives à l’égard des autres. Elles surviennent lorsque nous nous mettons à ruminer de sales idées à propos des autres. Au sujet, par exemple, de notre adversaire ou de nos rivaux les plus dangereux. Ou encore, du public (ou des collègues), voire de l’arbitre (pour ne pas dire notre boss…). Bref, ce faisant, nous nous déconcentrons à la vitesse V, et nous nous retrouvons en terrain savonneux.


– Les gestes auto-protecteurs inconscients. Ça peut être la façon dont nous plaçons nos mains sans y penser, comme autant de protections de notre corps (ex. : les doigts croisés, en prière ; les bras croisés et les mains serrées autour des biceps ; etc.) ; un signe qui révèle qu’en vérité nous nous sentons en danger. Ça peut aussi être la façon dont nous «lavons» notre visage de nos mains, toujours sans y penser ; ou encore, celle dont nos mains essuyent inconsciemment des «larmes imaginaires» de nos yeux ; un signe qui exprime, en vérité, le fait qu’on en a assez de la situation que nous vivons au moment présent. Ça peut enfin être la façon dont nous écartons le col de notre vêtement, comme si notre corps avait subitement besoin d’air frais ; un signe qui indique, bien entendu, combien nous sommes inconfortables.


Donc, dès lors que nous réalisons que nous avons de mauvaises pensées nous concernant ou concernant autrui et que nous avons de petits gestes auto-protecteurs, un voyant rouge devrait se mettre à clignoter dans notre cerveau. Il nous faudrait aussitôt saisir que quelque chose ne tourne pas rond, qu’il nous faut réagir au plus vite pour corriger le tir : la pression est en train de nous submerger, et il nous faut l’évacuer au plus vite.


Comment faire, au juste ? Voici ce que préconise Mike Trott, en lien – vous le noterez au passage – avec ce que nous avons vu grâce aux études précédentes :


– Décrochez d’un coup d’un seul de la réalité. L’un des trucs revient à tout arrêter, le temps de prendre une vraie grande respiration. De décrocher complètement du moment présent, pour nous replonger en nous-mêmes, en notre corps, en nous concentrant sur notre seule respiration. Oui, d’effacer la réalité de notre environnement pour ne plus voir que notre propre monde intérieur.


Vous me direz que c’est justement là la fausse bonne idée des champions de biathlon. Erreur. Ceux-ci ne font que ralentir la cadence de leurs tirs, ce qui ne suffit pas pour apaiser les battements de leur cœur et ralentir leur respiration, et encore moins pour effacer leurs pensées parasites, leur soudaine attention aux menus détails de leur technique de tir. Non, ce qu’il faut, c’est vraiment prendre le temps nécessaire pour s’extraire de la réalité, sans pour autant que cela prenne une éternité. Une étude a été menée à propos de joueurs professionnels de soccer qui doivent tirer un pénalty : ceux qui prennent moins d’une minute pour shooter affichent un taux de réussite de 56% alors que ceux qui prennent plus d’une minute marquent, eux, dans 80% des cas. L’explication est simple : ils ont pris le temps d’entrer en eux-mêmes et de laisser le champ libre à leurs automatismes.


– Franchissez le pas d’une porte. Un dernier truc consiste carrément à… s’en aller ! Et ce faisant – c’est là un point crucial –, à franchir le pas d’une porte. Explication.


Vous est-il déjà arrivé de vous trouver au beau milieu d’une pièce et de réaliser que vous avez perdu en chemin l’idée qui vous a fait venir là ? Et de vous dire : «Ben ça, j’étais venu chercher un truc ici, mais je en sais plus quoi ! Cette idée, je l’ai eue dans la pièce d’à côté, bon, je vais y retourner, je vais peut-être la retrouver là-bas». Et comme de fait, une fois revenu sur vos pas, cette fameuse idée vous est revenue…


Magie ? Non, pas vraiment. Il faut savoir que notre mémoire fonctionne, si on veut, comme une story Instagram, ces séries de photos ou ces vidéos qui durent une poignée de secondes et qui disparaissent au bout d’un certain temps. Les informations que nous retenons comportent des séquences d’histoires qui agissent comme autant d’accrochent pour dérouler, au besoin, toutes les données qui leur sont liées (ex. : mesdames, vous vous souvenez de ce jour ensoleillé où vous portiez votre petite robe bleue, il y a trois étés de cela ? Parfait, je suis sûr que vous vous souvenez alors, comme par magie, de tout ce qui vous est arrivé ce jour-là, dans les moindres détails…). Or, il suffit que les accroches en question nous manquent pour que tous nos souvenirs s’effacent ! Car il nous est alors impossible de retrouver le «petit tiroir» dans lequel tout est soigneusement enfermé dans notre cerveau. Pas vrai ?


Bon. Revenons au pas de la porte. Il se trouve qu’une étude a mis au jour le fait que le simple fait de franchir le pas d’une porte avait une influence sur notre cerveau : nous tournons alors mentalement une page de notre mémoire. Oui, vous avez bien lu : nous rangeons toutes nos dernières pensées dans un petit tiroir et en ouvrons un tout nouveau, vide.


D’où l’intérêt, lorsque la pression se met à nous écraser, de franchir physiquement le pas d’une porte. Nous passons aussitôt à autre chose, et mettons de côté les idées noires qui commençaient à nous assaillir. C’est aussi bête que ça.


– Concentrez-vous sur vos automatismes, pas sur votre performance. Lorsqu’on fait l’effort mental de plonger en nous-mêmes, ce n’est sutout pas pour brasser davantage les idées noires qui nous assaillent, mais plutôt pour ne plus voir que les automatismes requis pour en finir avec ce que nous avons commencé. Il convient de se dire que ce que nous devons faire, nous l’avons déjà fait mille fois auparavant. Que ces gestes sont devenus pour nous des automatismes, et qu’il nous faut y recourir une fois de plus. C’est tout.


Une dernière étude pour appuyer ce point : il a été demandé à des étudiants de Cambridge de trouver en peu de temps la sortie d‘un labyrinthe complexe ; chacun était rémunéré en fonction de sa performance, mais certains ne pouvaient gagner que 10 cents alors que pour d’autres c’était 10$ ; eh bien, ceux qui ont le mieux réussi ont été ceux qui ne pouvaient gagner que 10 cents, «tout bonnement parce qu’ils étaient moins préoccupés que les autres par la récompense», selon les chercheurs.


Voilà. Vous disposez à présent de trois trucs pratiques et éprouvés pour faire face à la pression, voire pour éviter de choker lorsque vous percevez des signes avant-coureurs en ce sens. À vous d’en faire bon usage à l’avenir.


En passant, l’écrivain français Bernard Weber a dit dans L’Empire des anges : «Parfois, on se trompe dans l’analyse d’un événement parce qu’on resté figé dans le seul point de vue qui nous semble évident».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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