Comment faire face à un stress extrême?

Publié le 30/10/2018 à 06:06

Comment faire face à un stress extrême?

Publié le 30/10/2018 à 06:06

Les situations hyper stressantes sont récurrentes au travail... Photo: DR

Un boss qui ne tient pas sa promesse et se met à tourner les coins ronds, un collègue qui ne respecte pas le deadline que vous aviez convenu ensemble, ou encore un partenaire d’affaires qui vous vient à l'impromptu avec de toutes nouvelles exigences… Vous est-il déjà arrivé d’être déstabilisé au travail? Et ce, au point de ressentir d’un coup d’un seul un stress extrême? J’imagine que oui.


Maintenant, quelle a été alors votre réaction? Car telle est la question vraiment intéressante à ce sujet.


Avez-vous figé, sous le choc? Avez-vous tout fait par la suite pour vous extirper de la situation dans laquelle vous vous êtes retrouvé, par exemple en refilant le dossier en question à quelqu’un d’autre – et en regrettant depuis d’avoir, au fond, fui vos responsabilités? Ou avez-vous pété votre coche, en disant carrément à l’autre le fond de votre pensée – et en le regrettant amèrement aussitôt après? Convenons-en, rares sont ceux qui savent gérer au mieux ce type de situation.


Alors, comment faire face à un stress extrême? Eh bien, il se trouve que j’ai découvert un bon moyen d’y parvenir, grâce à la conférence donnée par le coach Mario Côté lors du Congrès RH 2018 qui s’est tenu la semaine dernière à Montréal. Regardons ça ensemble…


M. Côté a œuvré des années durant dans des centres de réadaptation, ce qui l’a tout naturellement amené à étudier et analyser les situations de stress extrême : «Imaginez une seconde avoir un accident de voiture et perdre ainsi l’usage de vos deux jambes, a-t-il dit. Imaginez ça une seule seconde, le stress que ça devient de devoir apprendre à vivre autrement, à faire face quotidiennement à des situations complexes qui, auparavant, vous semblaient on ne peut plus simples. Eh bien sachez que tout le monde peut y parvenir, que ça s’apprend de gérer un stress extrême, quel qu’il soit.»


Pour commencer, il convient de prendre conscience de vos «boutons sensibles», à savoir des boutons en vous qu’il suffit d’appuyer pour déclencher une vive réaction de fuite ou d’attaque. «Moi, c’est la mauvaise foi, a-t-il dit. Il suffit que me sorte de faux arguments pour justifier sa décision – et le fasse de manière délibérée – pour que mon bouton sensible s’enfonce de lui-même et vire au rouge, comme le bouton que détiennent les présidents qui peuvent déclencher une guerre atomique. Ça me fait automatiquement sortir de mes gonds.»


Comment identifier ceux-ci? Tout bonnement en vous remémorant les dernières fois où, au travail, vous vous êtes senti déstabilisé, totalement déstabilisé. Pour M. Côté, le principal bouton sensible se nomme «mauvaise foi». Peut-être est-ce aussi votre cas. Peut-être en avez-vous d’autres. À vous de prendre le temps de bien les répertorier.


Ensuite, deux tâches vous attendent :


– La liste. Dressez l’inventaire des situations propices au déclenchement de vos boutons sensibles. Ce qui vous permettra d’établir la liste complète des contextes fragilisants pour vous.


– Les bulles. Rédigez sur la même feuille, à côté de chaque bouton sensible identifié, les moyens pratiques que vous pourriez mettre en œuvre pour réagir un peu moins vivement chaque fois que celui-ci se déclenche. Par exemple, ça peut consister à vous extirper un instant du lieu où votre bouton sensible vient d’être enclenché (les toilettes sont souvent un lieu adéquat à ce sujet), puis à revenir, calmé. Autre exemple : vous enfermer aussitôt dans une «bulle de protection», laquelle peut consister à virtuellement fermer les yeux et fermer vos oreilles, en vous plongeant dans une pensée du genre «OK, je vis un sale moment, mais ce n’est pas grave, je vais tout de suite trouver un côté positif à ce moment-là et focuser sur celui-ci». Bref, trouvez des moyens concrets de penser, au moment présent, à ce qui vous irrite pour penser, à la place, à quelque chose qui vous apaise.


Bon. Facile à dire, de créer une bulle de protection. Mais comment en bâtir une efficace, le moment venu? M. Côté a une suggestion intéressante pour ça : «Il faut se dire que l’important, c’est de se distancier mentalement de la situation présente, aussi pénible soit-elle. Ce qui peut être fait en recadrant la situation en question.»


Recadrer la situation? Prenons un exemple, vécu par le coach alors qu’il était en voyage en Croatie… Sa blonde adore les vieilles pierres, ce qui n’est pas franchement son cas. Et il est arrivé un jour où, du haut d’une colline, ils ont aperçu un petit village charmant comme tout. «Chéri, regarde la belle église, en bas! On va la visiter, hein?», a-t-elle aussitôt lancé. S’il n’avait tenu qu’à lui, il aurait spontanément dit «non», car il n’avait aucun fun à s’enfermer dans une église par cette belle journée d’été; et c’est peut-être bien ce qu’il aurait fait, s’il n’avait pris une grande respiration avant de répondre, et fait l’exercice de recadrer la situation. Au lieu de ne plus voir que le clocher de l’église, il a regardé ce qu’il y avait aux alentours et il a aperçu une petite plage paradisiaque. Résultat? Il lui a répondu «Oui, bien sûr, je sais que ça te fera plaisir. Mais après, promets-moi d’aller tous les deux sur la plage là-bas, d’accord?» Et le tour était joué, son bouton sensible n’a pas été déclenché, ce qui a sûrement évité une pénible chicane!


D’où ses deux conseils pratiques, alors qu’on vit un moment pénible :


– Accueillez plutôt que de bloquer. Il faut faire l’effort d’accepter l’information dérangeante qui vient de nous parvenir, et d’identifier les éventuels aspects positifs qu’elle comporte.


– Recadrez plutôt que de contre-attaquer. Il faut faire l’effort mental d’élargir les données dont on dispose, et donc arrêter de nous concentrer sur les seuls aspects négatifs qui nous sautent aux yeux. Et ensuite, faire une proposition satisfaisante pour toutes les parties, à même d’éviter que la «guerre atomique» ne soit malencontreusement enclenchée.


Une stratégie intéressante, n’est-ce pas? Elle peut, certes, paraître un peu complexe à mettre en œuvre, mais je pense que ce n’est là qu’une question d’habitude. Une fois la méthode bien intégrée et même expérimentée à quelques occasions, elle deviendra un réflexe salvateur d’une redoutable efficacité. Et ce, même si elle n’est pas à toute épreuve : «Je dois vous confier que, même si j’en connais un rayon sur le stress extrême et sur la façon d’y faire face, la mauvaise foi demeure hyper sensible en moi, elle me fait encore et toujours péter ma coche», a humblement reconnu Mario Côté.


Pour terminer, un dernier point : il peut être fort utile de faire, de temps à autres, un post mortem. De s’offrir un moment de réflexion visant à revenir sur notre réaction passée face à une situation hyper stressante et sur la réaction qui aurait été plus appropriée, histoire de sans cesse s’améliorer. Qui sait? Cela pourrait vous permettre de faire preuve, à l’avenir, d’un calme olympien…


En passant, le prédicateur britannique John Donne a dit dans ses Sermons : «La mer est aussi profonde dans le calme que dans la tempête».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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