La signalisation routière québécoise, un vrai casse-tête

Publié le 22/04/2014 à 14:01

La signalisation routière québécoise, un vrai casse-tête

Publié le 22/04/2014 à 14:01

Avez-vous une dévotion particulière pour saint Christophe, ci-devant patron des voyageurs?


Elle pourrait vous être utile si vous comptez vous déplacer sur les routes du Québec. Non, je ne parle pas des déformations à l’infini du macadam, des nids-de-poule et d’autres agréments du genre. Je parle de la signalisation routière: s’y retrouver demande trop souvent des capacités d’orientation qu’auraient pu nous envier les explorateurs d’antan.


Par définition, la signalisation routière doit permettre aux gens d’aller aisément d’un point A à un point B.


Prenons des exemples. Je suis sûr que vous en avez des tonnes en tête.


Vous roulez sur une route quelconque. Vous n’allez pas à St-Perdu-des-Éloignés, vous vous dirigez vers un endroit que vous ne connaissez pas ou peu. Tout à coup, vous n’avez plus de repères: les toponymes inscrits sur les panonceaux ont changé sans prévis. Où êtes-vous rendu? Êtes-vous en banlieue de la planète Mars? Réussirez-vous à trouver une âme charitable pour vous dépanner avant que les ours ne vous lèchent les pieds?


J’exagère? Essayez, une fois, de suivre la route 216 au sud du Saint-Laurent qui va de Sainte-Catherine-de-Hatley jusque dans les arrières de Montmagny sur la Côte-du-Sud. Il s’agit, remarquez-le, d’une route dûment numérotée de bout en bout et non un misérable chemin de gravelle dans le coin de P’t-Jésus-de-la-Crèche-Démolie. Si vous ne vous égarez pas à quelques reprises, saint Christophe vous a aidé. Consolation: le trajet vous permet d’admirer de beaux paysages et de fréquenter des coins peu connus.


Si jamais, quelle que soit la région, vous vous engagez sur une voie secondaire, good luck comme disaient les vieux Romains,


J’exagère? Restons sur les autoroutes. Nous connaissons tous la 20 qui relie Montréal et Québec, deux villes qui ont une certaine importance, convenons-en. Dans Lotbinière, vous croisez une sortie qui donne accès aux Quatrième et Cinquième rangs de Val-Alain. Ils vous mènent où, ces rangs? À St-Glinglin-les-Pieds-Frettes, à Boulamites-Perdues-K’part? Je répète: il s’agit d’une signalisation d’autoroute.


Pas convaincu? Vous arrivez à Québec via l’autoroute 40 sur la rive nord du Saint-Laurent. À la croisée de la 540, un panonceau vous indique de tourner à droite. En direction du pont Pierre-Laporte, vous décidez de sortir au chemin des Quatre-Bourgeois. Ceci fait, où allez-vous ensuite? À vous de trouver, plus aucun panonceau ne vous dira où se situe le centre-ville. En quelques mots comme en cent, la signalisation routière au Québec est conçue comme une signalisation de proximité: vous avez donc intérêt à connaître les environs immédiats.


Ma blonde me rappelle souvent que son père, qui était agriculteur, n’activait jamais son clignotant en tournant chez lui. «Le monde sait où j’habite, j’ai pas besoin de leur montrer», ironisait-il. Transports Québec semble raisonner de la même manière.


Autre exemple: dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, vous suivez la rue Sherbrooke en direction Est. Vous approchez de la rue Girouard et vous voyez (parce que vous avez une bonne vue), quelques intersections plus loin, de petits panonceaux bleus annonçant la 15 Nord. Mais vous vous cherchez la 15 Sud parce que vous voulez rejoindre le pont Champlain, Si vous êtes un touriste ou si vous ne passez pas souvent dans ces parages, vous ne savez pas que vous devez emprunter la rue Girouard vers le sud. Là, vous verrez d’énormes panonceaux indiquant le chemin à suivre... mais vous n’aurez rien vu sur la rue Sherbrooke.


Autre exemple encore. Depuis le centre-ville de Montréal, l’autoroute 20 conduit à Toronto. Elle permet également de se rendre à Ottawa en rejoignant la 540 (une autre..) dans les environs de Dorion, puis la 40. Cette portion de la 20, entrecoupée de feux de signalisation, y prend des allures de boulevard urbain. Restez patient, ne tournez pas trop tôt vers l’ouest, attendez le panonceau longtemps espéré, sinon vous risquez de vous perdre.


La belle affaire!, me lancez-vous. Il existe une solution toute simple: disposer d’une carte routière ou d’un système GPS. Consulter une carte quand on est seul au volant (où même à plusieurs) n’est pas toujours aisé... et ce n’est pas tout un chacun qui sait se débrouiller avec une carte. Le GPS? Tous les véhicules n’en sont pas équipés. Et un ordinateur ne «raisonne» pas comme un humain: il y a pléthore d’histoires racontant les mésaventures de gens s’étant retrouvés à Ste-Effrayée-de-l’Épouvante en suivant fidèlement les indications d’un GPS.


Un bon système de signalisation routière n’a pas besoin de béquilles, Il doit être complet en lui-même. Ce qui n’est malheureusement pas le cas au Québec. Et on se met à rêver la signalisation si claire qui a cours en Europe.


Ça fait pic-pic, vous ne trouvez pas?

À propos de ce blogue

Normand Cazelais