Pourquoi les investisseurs boudent-ils le graphite?

Publié le 15/05/2018 à 14:28

Pourquoi les investisseurs boudent-ils le graphite?

Publié le 15/05/2018 à 14:28

Même s’ils sont connus depuis longtemps, certains métaux suscitent un nouvel intérêt de la part des investisseurs. On parle ici du lithium, du cobalt et du nickel. De jeunes sociétés en reprennent l’exploration, et plusieurs réussissent leur premier appel public à l’épargne.


Par exemple, le prix du lithium, que certains qualifient de «pétrole blanc», a triplé depuis 2017. Le phénomène s’explique par le développement des véhicules électriques, des appareils mobiles et des systèmes de stockage d’énergie.


Le graphite suscite également de l’intérêt, mais les investisseurs se font moins pressants. Pourtant, ce métal est aussi indispensable à la fabrication des piles que le lithium. La réponse à ce décalage n’est pas simple, mais elle mérite qu’on s’y attarde pour mieux comprendre les complexités de l’investissement minier.


Pourquoi les investisseurs ne manifestent-ils pas le même intérêt pour le graphite? Il y a plusieurs raisons; en voici quelques-unes :


1. Le graphite est moins connu que le lithium. Ce métal jouit d’une notoriété évidente puisqu’il prête son nom à la batterie au lithium-ion des véhicules électriques. Le paradoxe, c’est que certaines de ces piles renferment une plus grande quantité de graphite que de lithium.


2. Le lithium fait l’objet de convoitise. Il y a peu de fournisseurs de lithium dans le monde et de plus en plus d’acheteurs. Devant cette demande, plusieurs nouveaux joueurs tentent de briser l’oligopole de l’exploitation du lithium. Ces initiatives attirent inévitablement les projecteurs sur le lithium.


3. Le graphite est un métal polymorphe. Il en existe plusieurs types pour une pléiade d’applications industrielles. Dans ce contexte, le marché du graphite est très segmenté. À moins d’être un expert, il devient difficile de connaître toutes les applications, les secteurs où on l’utilise ainsi que les différents marchés qui s’y intéressent.


4. Les exploitants de graphite se font discrets. La Chine abrite plusieurs sociétés exploitantes privées, et le contexte politique chinois rend l’accès à l’information difficile. Les autres acteurs, dont les Suisses et les Brésiliens, sont des industriels très peu friands de visibilité.


5. Le prix du graphite demeure relativement stable. Même si la demande émerge constamment, il est à prévoir que le prix ne sera pas très volatil d’ici 2020, et c’est du côté de la Chine qu’il faut chercher l’explication.


La Chine possède les principales mines de graphite en exploitation aujourd’hui. Or, depuis 2017, les Chinois ont instauré un système de réserve stratégique de graphite, à l’image de la réserve des États-Unis pour leur pétrole.


Les Chinois mettent ainsi de côté 20 % de leur capacité de production par année. C’est dire que dans quatre ans, ils auront stocké 80 % de leur capacité de production annuelle.


6. La demande pour le graphite s'accroît graduellement. Les acheteurs actuels (et traditionnels) du graphite n’ont besoin que de quelques milliers de tonnes par année. Or, avec la montée en puissance des applications électriques, ce sont des dizaines de milliers de tonnes que les (nouveaux) clients exigeront bientôt. C’est aussi vrai pour le lithium.


Pour illustrer le phénomène, il faut savoir que Tesla, par exemple, développe actuellement une usine pour fabriquer ses batteries avec une capacité de 35 gigawatts.


Dans ce contexte, si les prévisions de vente se réalisent, la société aura besoin d’un approvisionnement de 125 000 tonnes de graphite chaque année pour les anodes de ses batteries.


Or, le marché en produit 500 000 tonnes actuellement. Il y a donc une offre plus qu’insuffisante qui se dessine à l’horizon, et Tesla n’est pas le seul fabricant à faire des plans pour les véhicules électriques de demain.


Certains sceptiques se demandent si le graphite synthétique ou des solutions alternatives comme le silicium ne pourraient pas combler une partie de cette nouvelle demande. Toutefois, la disponibilité des graphites synthétiques est très limitée, et le coût nettement plus élevé que le graphite naturel. De plus, les technologies développées actuellement utilisent les batteries au lithium-ion avec des anodes de graphite et non pas encore les solutions de rechange.


Le marché du graphite illustre très bien la dynamique qui caractérise les investissements miniers. Les succès financiers sont souvent tributaires d’une attitude qui relève de la conviction que les choses «vont arriver».


Après le lithium et le cobalt, à quand le tour du graphite?


 

À propos de ce blogue

Le regard d'un spécialiste du secteur minier au Québec auprès de l’industrie, des gouvernements et du grand public.

Nochane Rousseau

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