Le «sale job» d'entrepreneur

Publié le 10/07/2018 à 15:14

Le «sale job» d'entrepreneur

Publié le 10/07/2018 à 15:14

(Photo: 123rf.com)

C’est en écoutant deux personnes se plaindre sur la terrasse d’un restaurant que j’ai réalisé à quel point être entrepreneur est parfois ingrat. Pendant des années, tu luttes contre mer et monde afin de te faire une toute petite place au soleil et une fois le plus petit succès atteint, tu deviens la cause de tous les problèmes! 


L’une des deux personnes expliquait à son amie à quel point son patron était un *@%$# pour lui avoir refusé ses vacances. Elle voulait les deux dernières semaines de juillet et il lui a donné la dernière de juillet et la première d’août. Entendons-nous, j’étais totalement étranger à cette situation. Cependant, la virulence de ses propos m’indiquait un réel problème plus profond que celui des dates.


En écoutant discrètement leur discussion, j’en ai déduit qu’elle travaillait pour une PME du quartier que je connais très bien. Elle disait adorer son emploi, mais était extrêmement déçue de ne pas avoir eu les vacances aux dates exactes qu’elle demandait. Selon ses dires, son patron ne pouvait pas donner les mêmes dates que plusieurs de ses collègues afin de s’assurer que tous ne partent pas en vacances en même temps. 


Sirotant mon thé glacé sur la table d’à côté, je me sentais privilégié, en tant qu’entrepreneur, de vivre ce moment si précieux. Un rare moment qui me plongeait littéralement dans les confidences d’une employée qui en avait gros sur le cœur pour une décision qui, à mes yeux, était totalement légitime et compréhensible.


Au quotidien, on y pense rarement, mais dans les faits, la principale tâche d’un entrepreneur est d’être un pompier qui vague de problème en problème afin d’éteindre le plus grand nombre de feux pour que le tout ne devienne pas un véritable brasier. Malheureusement, il est absolument impossible de gérer une entreprise sans parfois décevoir un employé. Dates de vacances, budget, projet «mis sur la glace»… une multitude de situations peuvent déplaire à l’un ou à l’autre. 


Depuis quelques années, de plus en plus d’entreprises gèrent d’une manière ultra-transparente afin d’être plus proches des employés et, surtout, pour montrer qu’il y a aussi un humain en arrière des produits, des projections et des plans d’affaires. 


Je comprends la déception de cette personne de ne pas avoir eu les vacances qu’elle désirait, mais pourquoi autant de colère envers son patron?


Pourquoi avons-nous des attentes disproportionnées envers nos entrepreneurs ? Je vous le donne, personne ne les oblige à se lancer en affaires, mais devraient-ils avoir tout le poids du monde sur leurs épaules pour la simple raison qu’ils aient pris le choix de se lancer en affaires? 


On exige qu’ils soient les meilleurs dans tout, qu’ils gèrent afin de plaire à l’unanimité et qu’ils soient un exemple pour la société toute entière. Après tout, je peux comprendre pourquoi. Les entrepreneurs d’aujourd’hui prennent beaucoup de place. Ils ne sont plus que de simples marchands, ils sont de véritables acteurs clés de la société. On les voit partout, à la télé, à la radio, sur les médias sociaux…et même en politique.


Je suis convaincu que cette omniprésence dans l’univers médiatique fait en sorte qu’on en vienne à oublier que derrière chaque entrepreneur, il y a un humain.


Un humain qui, pour la grande majorité de ceux que je connais, peut avoir de la peine, ressentir du stress et vivre des moments où il a lui aussi envie de tout abandonner. Un humain pour qui le jour de l’embauche de son premier employé est aussi important que la naissance de ses propres enfants. Un humain qui est le premier à ne pas se payer afin que le salaire des employés soit versé.


On a parfois l’impression qu’on a beau tout vouloir donner et essayer d’être le meilleur patron au monde, il suffit de ne pas donner les bonnes dates de vacances pour rapidement devenir un être ignoble qui ne fait que le «sale job».

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaire sans trop savoir ce que c’était. Je suis devenu un entrepreneur sans aucune idée de l’aventure dans laquelle je me lançais. Je suis maintenant le dirigeant d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Après avoir complété mon baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et surtout après avoir vécu une première expérience catastrophique en affaire (dans l’univers de la restauration), j’ai décidé de me lancer dans la production de vodka… sans trop savoir ce que je faisais ! À travers ce blogue, je vais vous amener dans les coulisses de l’entrepreneuriat, dans l’antichambre du succès. Une réalité partagée par des milliers de jeunes et moins jeunes entrepreneurs, une réalité qui gagnerait à être partagée !

Nicolas Duvernois