Ce que la tragédie m'a appris

Publié le 07/09/2017 à 13:04

Ce que la tragédie m'a appris

Publié le 07/09/2017 à 13:04

[123RF]

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cette histoire. D’abord, elle ne concerne pas le monde des affaires. Puis, elle est extrêmement personnelle.


Je tenais pourtant à souligner à quel point la vie est fragile. En quelques secondes, notre existence peut changer du tout au tout.


Je me rappelle de ce matin d’avril comme si c’était hier. Je me suis levé vers 2 heures pour aller aux toilettes. En revenant dans ma chambre, j’avais chaud et j’ai donc décidé d’ouvrir ma fenêtre. Quelques heures plus tard, vers 4h30, ma Karolyne me réveilla en sursaut, me demandant si j’avais entendu un cri.


Pour dire vrai, je dormais profondément et rien ne m’avait semblé hors de l’ordinaire. Puis, quelques secondes plus tard, j’ai entendu quelqu’un se lamenter et crier au secours. Bizarrement, cette personne semblait être loin et proche en même temps. Je croyais que c’était des jeunes qui revenaient d’une soirée arrosée, puis, j’ai entendu: «appelez les pompiers!»


Je me suis levé en une fraction de seconde, j’ai enfilé un short et j’ai couru à l’extérieur. En ouvrant ma porte, j’ai regardé à droite, il n’y avait rien, puis j’ai regardé à gauche.


Il y a des choses dans la vie que l’on espère ne jamais voir, que l’on imagine que dans des films de science-fiction. Mon voisin immédiat, un homme âgé, était sur son perron, en feu, littéralement en feu, autant lui que son perron.


J’ai immédiatement accouru vers lui en lui hurlant de se rouler par terre, en même temps, Karolyne, enceinte de 6 mois, courait dans la maison afin d’aller chercher une couverture pour aider à éteindre le feu.


Il était noir charbon, couvert de suie, son pyjama était en flamme et fondait sur lui, je ne voyais que ses yeux, la scène était horrible.


Voyant le triplex s’enflammer rapidement, j’ai hurlé «au feu, au feu» comme je n’ai jamais hurlé de ma vie. L’appartement qui brûlait était celui du rez-de-chaussée, et je savais qu’il y avait une dame seule au deuxième et surtout une jeune famille avec un nouveau-né au troisième. Je me rappelle que malgré le chaos, je n’entendais aucune alarme, j’avais peur que mes voisins meurent asphyxiés par la fumée dans leur sommeil.


Au même moment, par terre, entre la vie et la mort, mon voisin me demandait d’aller chercher sa femme qui était restée à l’intérieur. Totalement impuissant, et surtout en pensant à ma fille de 2 ans et à ma femme, je lui ai dit que je ne pouvais pas, que j’avais une famille et que c’était trop dangereux.


La fumée noire extrêmement dense sortait par la porte et par toutes les fenêtres, je sentais la chaleur se dégager de l’immeuble. En arrière de moi, Karolyne criait «Nic vas-y pas, Nic vas-y pas !»


En l’instant d’une seconde, j’ai vu le désespoir dans les yeux de l’homme. Je voyais sa peau fondre et sa seule inquiétude était de sauver sa femme. Il m’a redemandé d’aller chercher sa femme qui ne pouvait pas se déplacer seule à cause d’un handicap sévère. Il m’a dit qu’elle était juste à la porte.


Soudainement, une fenêtre a explosé et a créé par le fait même une sorte de courant d’air qui a dissipé la fumée et m’a permis de voir à l’intérieur de la porte. Horreur. J’ai vu la dame à environ 10 pieds de la porte sur le ventre en plein milieu des flammes.


C’était plus fort que moi. Je me suis précipité dans le triplex afin d’aller la chercher. Une fois dans l’entrée, j’ai réalisé que je n’avais que quelques secondes pour agir. La fumée est revenue immédiatement et Karolyne m’avait perdu de vue de l’extérieur. La chaleur était telle que je me suis légèrement brûlé en prenant l’avant-bras de la dame. Elle était en train de cuire par terre, les vêtements en feu, la peau qui se décollait de son corps au moindre contact.


Mes forces se sont décuplées. Et j’ai réussi, après l’avoir dégagé de la porte qui la bloquait, à la sortir sur le perron, puis un de mes voisins, Vincent, m’a aidé à la descendre sur le terrain. Elle n’était pas forte, mais elle était en vie.


Sans nouvelles de mes voisins, je suis retourné avec Vincent dans l’entrée où l’escalier pour les étages supérieurs débutait afin de hurler «au feu, au feu !»


Heureusement, en ressortant, ils étaient tous là. J’avais réussi à les réveiller avec mes hurlements et ils étaient tous sortis sains et saufs par l’arrière. Une fois l’arrivée des pompiers et ambulanciers, j’ai réalisé à quel point nous avions frôlé la tragédie. Mes voisins dormaient tous paisiblement et sans mes cris, ils seraient tous morts aujourd’hui.


Seul le couple de personnes âgées du rez-de-chaussée a été transporté à l’hôpital. L’homme s’en est sorti avec 70% de la surface de son corps brûlé. Quelques jours plus tard, la famille a décidé de débrancher leur mère qui avait été presque entièrement brûlée et se trouvait dans un coma profond.


Cet incident m’a fait réfléchir profondément à la fragilité de la vie et surtout au fait que l’on oublie trop souvent.


En tant qu’entrepreneur, on a souvent tendance à foncer la tête baissée, mais il est important de s’arrêter de temps en temps afin de la relever et de remercier la vie.


 

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaire sans trop savoir ce que c’était. Je suis devenu un entrepreneur sans aucune idée de l’aventure dans laquelle je me lançais. Je suis maintenant le dirigeant d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Après avoir complété mon baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et surtout après avoir vécu une première expérience catastrophique en affaire (dans l’univers de la restauration), j’ai décidé de me lancer dans la production de vodka… sans trop savoir ce que je faisais ! À travers ce blogue, je vais vous amener dans les coulisses de l’entrepreneuriat, dans l’antichambre du succès. Une réalité partagée par des milliers de jeunes et moins jeunes entrepreneurs, une réalité qui gagnerait à être partagée !

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