Le prix de votre loyauté.

Publié le 15/04/2012 à 07:20, mis à jour le 17/04/2012 à 17:38

Le prix de votre loyauté.

Publié le 15/04/2012 à 07:20, mis à jour le 17/04/2012 à 17:38

Par Nathalie Francisci

BLOGUE. Le prix de votre loyauté.


Vous n’êtes pas à vendre ! C’était le titre d’une de mes chroniques du Magazine A+ en 2006 (à lire ici). En tombant dessus cette semaine, je me suis dit que le sujet était toujours aussi d’actualité. Dans un contexte de rareté des talents accrue malgré un contexte économique tumultueux, il n’en reste pas moins que la course aux meilleurs candidats est toujours très active. Un chasseur de têtes me confiait d’ailleurs à ce sujet que 2011 avait été une année record pour le recrutement ce qui semble faire Écho auprès de nombreux autres cabinets.


Garder ses précieuses ressources est un enjeu.


Voir partir un de ses employés est toujours une mauvaise nouvelle. Pour l’équipe qui perd un collègue, pour le patron qui va se faire reprocher de ne pas avoir su le garder (à juste titre peut-être ?), pour l’entreprise qui va devoir se lancer à la recherche de son remplaçant. Bon, c’est sur parfois, tout se termine pour le mieux et le numéro 2 devient numéro 1 à la place de celui ou celle qui quitte. Mais cela arrive rarement. Le numéro 2 n’est jamais assez « prêt » au goût du patron et il n’y a pas de plan de relève ou de bassin de candidats internes prêts sur commande pour combler le poste. On va donc à l’externe pour dénicher la perle rare.


Le problème se pose lorsque cette fameuse perle rare qui nous a donné tant de mal à dénicher nous fait faux bon. Les raisons invoquées sont généralement celles de la loyauté, de la culpabilité et de l’argent. « Je ne peux me résigner à quitter mon équipe et cet employeur. Comment vont-ils faire sans moi ? », ou encore « ils m’ont fait une contre-proposition que je ne pouvais refuser ! ».


 


La loyauté a un prix mais elle a aussi ses limites.


Le jour où vous annoncez à votre patron que vous démissionnez, rien ne devrait vous faire changer d’idée et encore moins la promesse d’une augmentation de salaire substantielle ou encore l’accès instantané à une promotion, inaccessible hier encore. Certes, l’exercice de chantage affectif peut venir titiller votre Ego mais certainement pas votre intégrité face à votre décision.


Au sujet de votre Ego…. L’appel du chasseur de têtes ou l’offre non sollicitée d’une entreprise qui vous invite à quitter pour une rémunération très supérieure devrait tout autant vous interpeler. On ne quitte pas juste pour l’argent. C’est d’ailleurs généralement très dangereux. L’offre salariale fait partie de l’opportunité c’est sûr mais cela ne doit pas être l’unique raison qui devrait vous pousser à accepter. Si tout à un prix, votre intégrité, elle, en revanche ne s’achète pas. Ceux qui souhaitent vous acheter à fort prix ont certainement d’autres idées en tête comme l’acquisition de votre réseau de contacts, de votre expertise mais aussi parfois une tactique pour affaiblir la compétition. Assurez-vous que le prix offert sera en cohérence avec votre plan de carrière, vos ambitions et vos valeurs et que vous n’êtes pas juste un pion sur l’échiquier.


 


Pourquoi avez-vous décidé de quitter ?


Pensez-y une seconde. On quitte un employeur parce que l’on est arrivé à la fin d’une histoire ou parce que la chimie avec le patron, l’équipe, la vision et les valeurs ne sont plus au rendez-vous. Voilà les raisons. Dites-moi combien vaut le fait de marche-arrière ? Si vous quittez sans avoir fait l’exercice fondamental d’introspection et de réflexion alors, vous avez agi de manière irréfléchie, ce qui entre vous et moi serait bien inconséquent, n’est-ce pas ?


 


En réalité, c’est votre peur du changement qui vous fait hésiter. Voici les dix raisons de ne pas céder à une contre-offre :


 


1 – Votre patron est en mode panique. Croyez-vous vraiment à la sincérité de sa contre-offre ?


2 – Gardez le contrôle de votre décision et soyez déterminé. Prenez votre carrière en mains !


3 – Votre patron à la mémoire longue et il ne vous regardera plus jamais comme avant. Attention aux retours de bâtons…


4 – Votre entreprise ne changera pas juste pour mieux vous retenir et vous accommoder. Depuis combien de temps êtes-vous en poste dans cette organisation ? Possédez-vous le pouvoir de faire changer les choses juste en décidant d’y rester ? Quel est votre impact sur l’organisation ? Seul on ne change pas une entreprise, cela prend de l’influence et des alliés à tous les niveaux. Si vous n’avez pas réussi avant, êtes-vous sûr de pouvoir le faire demain ?


5 – Aucun échec ni erreur ne vous sera toléré. Exit le « benefit of failure », vous êtes désormais voué au “failure for success ». On va vous regarder et observer vos moindres faux pas. Vous devrez surveiller vos arrières constamment.


6 - Ne surestimez pas l’impact de cet évènement sur vos collègues. Ils savent désormais que l’on peut vous acheter. Que ferez-vous lorsque l’un de vos subordonnés vous fera le coup ?


7 –Vous pouvez rayer de votre carnet d’adresse les interlocuteurs de l’autre entreprise au moins le temps qu’ils digèrent la pilule. Quand au chasseur de têtes, je peux vous dire qu’il ne vous a certainement pas dans ses bonnes grâces et ne vous attendez pas à ce qu’il soit très coopératif la prochaine fois que vous aurez besoin de lui.


8 – Vous avez gaspillé des semaines d’énergie dans des processus d’entrevues, des soupers, des lunchs et des journées à passer des tests. Croyez-moi je ne suis pas sûre que c’est une bonne tactique de réseautage ni du temps bien investi.


9 – Les lois de la statistique démontrent que vous ne serez de toute façon plus à l’emploi dans 18 mois. 80 à 90% des cadres qui acceptent une contre-offre quittent dans les 12 à 18 mois qui suivent.


10 – Embrassez le changement et sautez dans la nouvelle aventure !


 


Allez, courage, refusez poliment la contre-offre si elle se présente, quittez la tête haute et ne brûlez pas les ponts. Qui sait si un jour, vous pourriez revenir par la grande porte ?


 


A propos de ce blogue.


Nathalie Francisci a œuvré en recrutement de cadres pendant près de 20 ans. Entrepreneure, experte en gestion des talents, elle est reconnue comme l’une des références au Québec. Femme d’affaires engagée, elle siège sur plusieurs Conseils d’Administration dont l’Institut des Administrateurs de sociétés dont elle assume la Présidence depuis 2011. Conférencière et chroniqueuse, ses interventions font la différence par l’énergie et style direct qui s’en dégagent. Passionnée par nature, elle n’oublie jamais qu’elle travaille avec des gens, pour des gens. Le « Journal d’un Ex Chasseur de têtes » partagera avec vous ses réflexions et expériences sur l’univers du recrutement et de la gestion des talents pour faire réfléchir autant les individus que les organisations.


Nathalie Francisci a été Finaliste au Concours des Mercuriades en 2001, elle a reçu le Prix «Nouvelle Entrepreneure du Québec » en 2001 et « Entrepreneure – petite entreprise » en 2007 décerné par le RFAQ et elle a remporté le Prix Arista en 2008. Elle porte les titres de CRHA et de IAS.A.


Consultez son site Internet www.nathaliefrancisci.com ou écrivez-lui à nathalie@francisci.com .


 

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