St-Hubert: pas de garantie d'emplois pour le Québec

Publié le 31/03/2016 à 14:51, mis à jour le 31/03/2016 à 21:16

St-Hubert: pas de garantie d'emplois pour le Québec

Publié le 31/03/2016 à 14:51, mis à jour le 31/03/2016 à 21:16

L’acquisition du Groupe St-Hubert par l’ontarienne Cara (Tor., CAO) n’offre aucune garantie écrite quant au maintien des emplois, des activités et du siège social au Québec.


C’est ce que Jean-Pierre Léger, président du conseil et chef de la direction du Groupe St-Hubert, a dû admettre ce matin en marge d’une conférence de presse venant confirmer la transaction de 537M$.


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Par cette acquisition, Cara ne fait qu’une bouchée de l’ensemble des 117 restaurants de la chaîne, des deux usines de transformation alimentaires et des deux centres de distribution que compte le Groupe St-Hubert, principalement au Québec. Or, si l’intention de Cara est de maintenir les activités de direction et de transformation de la chaîne au Québec, rien ne l’y oblige à moyen terme, a admis son pdg.


«C’est écrit qu’ils veulent continuer de garder le siège social ici», a répondu M. Léger.  Mais pour combien de temps? Rien ne le spécifie. En somme, le maintien des emplois des travailleurs de St-Hubert sera gagnera par leur propre travail, a-t-il résumé.


«À tous les jours, tu es en danger, a-t-il dit. Pourquoi? Parce que il y a toujours des gens qui veulent prendre ta place et c’est tout à fait normal. C’est la libre compétition.»


Les choses seraient différentes


La chaîne québécoise emploie actuellement 10 000 personnes, dont une centaine à son siège social de Laval, entre «400 et 500» emplois dans ses usines de transformation de Blainville et de Boisbriand et soixante à son centre de distribution de l’arrondissement Anjou, à Montréal.


Du point de vue de M. Léger, la meilleure façon pour ces employés d’éviter le sort qu’ont connu ceux d’Alcan et de Provigo au Québec (après les acquisitions de Rio Tinto et de Loblaws) est de se battre, en continuant de servir le client le mieux possible. «Il faut continuer de se battre, de performer, de livrer. (…) Évidemment, a-t-il poursuivi, si l’équipe arrête de livrer un jour, c’est certain que ça pourrait aller très mal.»


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M. Léger dit comprendre les inquiétudes de la population sur ce sujet. Les Québécois ont été échaudés, a-t-il laissé entendre. Les acquisitions d’Alcan, de Provigo, de Fruits & Passion, du Cirque du Soleil et même de Rona (par l’américaine Lowes), encore récemment, ont laissé un goût amer.


«Regardez ce que Loblaws a fait avec Provigo, s’est permis d’illustrer M. Léger. Eux-autres, ils ont tout vidé, le siège social inclus. Ça leur a coûté des centaines de millions de dollars et là, ils reviennent en arrière.»


Dans le cas de l’acquisition de St-Hubert par Cara, les choses sont différentes, croit-il. «Je pense qu’on a affaires à des gens (chez Cora) intelligents. Regardez ce qu’ils ont fait lorsqu’ils ont pris le contrôle de The Keg. Le siège social est demeuré à Vancouver, là où la chaîne est née».


Espoir de création d'emplois


Pour l’heure, a confirmé Bill Gregson, président du conseil, chef de la direction et président de Cara, l’intention de l’acquéreur est de maintenir les activités de Saint-Hubert telles qu’elles se présentent actuellement. Même qu’elles seraient appelées à grandir dans d’autres provinces, en particulier dans les domaines de la transformation alimentaire et de la distribution en épicerie que St-Hubert connaît bien.


À l’heure actuelle, ces deux activités lui rapportent annuellement des ventes de 225 M$,  comparativement à 403 M$ provenant de ses seules activités d’exploitation de restaurants. Les deux-tiers des ventes de ses activités de transformation trouvent preneurs par leur distribution sur les tablettes des principaux réseaux d’épiciers de Sobeys, Loblaws, Costco et Metro.


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Fort de ce succès, c’est à l’équipe de Saint-Hubert que Cara a choisi de confier la responsabilité de développer de tels produits de vente en épicerie pour quelques unes des dix autres enseignes de restaurant que l’Ontarienne compte déjà dans son portefeuille. Parmi elles, mentionnons celles de Swiss Chalet, Harvey’s, New York Fries, ou Milestones.


Une création de nouveaux emplois est donc envisagée, ou espérée au Québec; cela même si tant chez St-Hubert que chez Cara, les responsables se sont bien gardés d’estimer leur nombre.


Le succès, notre ennemi


En marge de la conférence de presse, qui se tenait dans le restaurant Saint-Hubert de la gare Windsor à Montréal, le président de St-Hubert a rappelé que le succès avait le vilain défaut d’endormir les gens d’affaires. 


«Il faut demeurer aux aguets. Et ne jamais oublier que l’ennemi n’est souvent pas le compétiteur, mais nous-mêmes. Les dirigeants deviennent leur propre ennemi. Il ne faut jamais l’oublier», dit-il, rappelant au passage la disparition de la chaîne de grands magasins Eaton.


«Est-ce qu’une compagnie est éternelle ? Non, répond M. Léger. (…) Si on ne prend pas les bonnes décisions, si on manque d’humilité, si on ne s’occupe plus de son entreprise, ça disparaît. Voilà pourquoi je dis que la meilleure façon de garantir nos emplois ici, est de laisser (nos) égos de côté, de travailler fort et de continuer d’innover. »


Cara exploite actuellement 1010 restaurants, dont 937 sont situés au Canada. Son plus important  actionnaire est Fairfax Financial Holdings. À la Bourse de Toronto aujourd’hui, l’action de Cara a progressé de 2,50$, ou 9,38%, pour s’établir à 29,15$. En un an, son titre a perdu 6,18$, un recul total de 18,82%.


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À propos de ce blogue

La vitrine du détail est le blogue du journaliste Martin Jolicoeur, un mordu de commerce de détail. Sa mission: rendre compte, mettre en perspective et analyser les nouvelles et développements de ce secteur clé de l’économie nord-américaine. À l’occasion, Martin y traite aussi plus largement de commerce électronique, de stratégie, d’image de marque et de consommation.

Martin Jolicoeur