«Ne touchez pas à notre précieux dividende!»

Publié le 20/10/2017 à 16:24

«Ne touchez pas à notre précieux dividende!»

Publié le 20/10/2017 à 16:24

Photo: 123rf.com

Le conglomérat américain General Electric(NY., GE) a publié des résultats trimestriels bien décevants vendredi. Les affaires ne tournent pas rondement depuis quelques temps, et le nouveau dirigeant, John Flannery, compte bien redresser l’entreprise. Étant en poste depuis seulement le mois d’août, il a déjà amorcé plusieurs initiatives afin de créer un changement de culture significatif.


Au moment d’écrire ces lignes, le titre offrait un dividende de plus de 4%, ce qui semble bien attrayant pour les investisseurs recherchant des revenus dans ce monde de bas taux d’intérêt. De toute évidence, M. Flannery en est bien conscient. Un analyste de JP Morgan, Stephen Tusa, a récemment commenté sur la difficulté à maintenir ce dividende. Chez GE, on a rapidement réagi en statuant que le dividende demeurait «une grande priorité»


Suite à l’annonce des résultats, nous croyons déceler une certaine ouverture face à cet épineux sujet, alors que M. Flannery a expliqué en entrevue à CNBC que toute décision à cet effet devait attendre les résultats de l’évaluation de certains passifs dans leur division financière. Il faudra donc patienter au moins jusqu’au 13 novembre, date à laquelle une présentation aux investisseurs aura lieu. Soulignons que le montant du versement annuel s’élève à 8G$US, un montant supérieur aux profits actuels de la société.


Comme on le sait, une entreprise peut s’abstenir de verser un dividende à tout moment. Cependant, donnez quelque chose à quelqu’un sur une base régulière, et vous verrez qu’il deviendra difficile de vous arrêter sans créer l’émoi!



« Un dividende versé depuis longtemps devient un enjeu politique. »


Celui qui oserait le couper sans une excellente raison risque son poste. C’est pourquoi lorsqu’un tel événement survient, c’est lorsque ça va très mal. Autrement dit, les décisions difficiles sont entreprises lorsqu’on y est contraint.


Pour cette raison, nous pensons que les investisseurs recherchant les revenus avant tout prennent parfois des risques insoupçonnés. Nous vous invitons à lire la petite histoire fictive de Lucie et Martin que nous avions publiée il y a plus d’un an. 


Idéalement, un dirigeant d’entreprise devrait pouvoir couper un dividende à tout moment, sous seul prétexte qu’il compte effectuer plutôt un rachat d’actions, ou réinvestir dans les activités de la société pour les améliorer. Dans les faits, cela se passe rarement de cette façon. C’est pourquoi nous pourrions presque considérer ce paiement annuel au même titre qu’une dette.


Dans le cas de GE, sans tenir compte des impôts, un paiement de 8G$ par année équivaudrait à une dette de 150G$ à un taux de 5,3%. Nous reconnaissons que dès que le dividende est interrompu, la dette «fictive» s’efface par magie. Toutefois, tous les versements qui ont été effectués alors qu’ils auraient dû être affectés ailleurs créent un problème pour l’entreprise qui vit des difficultés temporaires, et cela peut éventuellement la pousser vers l’échec.


Mais pourquoi le dividende crée-t-il autant d’impact chez l’investisseur? Prenons l’exemple d’un titre à 50$, pour lequel on reçoit 1,50$ en dividendes annuellement. Le problème réside dans la séparation mentale des deux montants. On est très patient avec le premier, et totalement impatient avec le deuxième.


Le titre peut dégringoler à 45$: ce n’est pas grave, tant et aussi longtemps que l’on continue de percevoir les 1,50$. À l’opposé, si l’on coupait le dividende, mais que le titre s’appréciait à 55$, on vivrait un malaise.


«Pour toucher les 1,50$ que j’ai de besoin comme revenus, je dois vendre une partie de mes actions…» Nous y voyons un danger évident dans le premier scénario. Un investisseur pourrait assister à l’effondrement continu de son titre vers 0$, lentement mais sûrement, puisqu’il se sent rassuré par les 1,50$ qu’il perçoit. Les dirigeants, de leur côté, sont tentés d’attendre à la dernière minute pour couper la «dépense» qui attire le plus l’attention de ces investisseurs.


Ironiquement, Berkshire Hathaway (NY., BRK.B) constitue la société idéale pour verser un bon dividende, mais elle s'en abstient. Sa base de revenus s’avère très diversifiée, et Warren Buffet gère le capital avec prudence. Il serait absurde d’éviter un tel titre purement à cause de l’absence de dividendes.


En conclusion, en tant qu’investisseurs à la recherche de revenus, vous devez vous efforcer de considérer les dividendes comme étant des distributions d’argent, plutôt qu’un paiement fixe comparable aux obligations. Dans cette optique, les profits dégagés par l’entreprise deviennent beaucoup plus importants que le montant que la direction a décidé de distribuer.


Au sujet des auteurs du blogue: Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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