À bas les pratiques de rémunération défavorables aux actionnaires!

Publié le 14/05/2017 à 08:05

À bas les pratiques de rémunération défavorables aux actionnaires!

Publié le 14/05/2017 à 08:05

Photo: 123rf.com

Il y a deux semaines, nous discutions de l’évidente divergence entre la rémunération de Virginia Rometty, dirigeante de IBM(NY., IBM), et les résultats de la société sur une période de cinq ans. De façon générale, nous sommes contre l’octroi d’options et d’actions en guise de compensation. La plupart des gens soutiennent qu’elles alignent les intérêts des dirigeants à ceux des actionnaires. En effet, si le prix des actions grimpe, les dirigeants, tout comme les actionnaires, s'enrichisse.


Or, dans bien des cas, les sociétés à capital ouvert ont recours à des programmes de rachat d’actions pour rehausser la valeur de leur titre en Bourse. Avec moins d’actions en circulation, les bénéfices de la société sont divisés par un plus petit dénominateur, ce qui résulte en une valeur plus élevée pour chaque action. Toutefois, en octroyant des options ou des actions en quantité importante à des dirigeants, on les incite à utiliser ces programmes de rachat pour leurs propres bénéfices.


Lorsque l’évaluation d’un titre devient moins intéressante, et qu’un dirigeant reçoit un grand nombre d’options, que souhaite-t-il?


Il optera probablement pour l’instauration de toute mesure pouvant mousser la valeur de l’action afin de rendre ses options rentables à court terme. La société en paie donc le prix. Tout comme dans le cas de Berkshire Hathaway (NY., BRK.B), nous pensons que la direction devrait s’abstenir d’encourager les rachats lorsque le prix ne le justifie pas.


Nous ne nous attarderons pas sur les multiples possibilités d’aligner les intérêts des dirigeants par d’autres méthodes que les options ou octroi d’actions, ni sur certaines mesures fiscales américaines comme la section 162(m) qui devrait probablement être révisée. Toutefois, en prenant pour acquis que ce type de rémunération continue à faire partie des pratiques courantes, nous aimerions assister à la disparition des programmes de rachat d’actions lorsqu’ils sont effectués à des prix supérieurs aux prix d’exercice des options octroyées aux dirigeants.


En fait, cela paraît peut-être un peu trop simple et difficile à mettre en pratique, mais nous considèrerions la suspension temporaire de ces programmes aussitôt qu’ils rentrent en conflit d’intérêt avec la rémunération de la direction.


Prenons le cas de IBM. Au moment d’écrire ces lignes, le titre se négociait à 150$US. Selon les états financiers de 2016, les options octroyées durant l’année comportaient un prix d’exercice variant entre 103$ et 140$, avec une moyenne de 137$.


Dans ce cas, la société serait obligée de racheter son titre uniquement à un prix inférieur à 103$, sauf si ceux qui détiennent ces options les exercent immédiatement. Ainsi, ces dirigeants débourseraient un montant d’argent pour les exercer, les enjoignant à prendre un risque financier tout comme c’est le cas des actionnaires. Si, après l’exercice de ces options à 103$, le nouveau prix d’exercice le plus bas de celles qui restent est de 130$, la société peut alors poursuivre son programme de rachat jusqu’à concurrence de ce prix.


Dans le cas de l’octroi d’actions, cela s’avère un peu plus compliqué. Cependant, on pourrait prévoir un mécanisme similaire, pour lequel les rachats d’actions ne surviendraient jamais en même temps que les octrois, en sus de l’application d’un escompte (par exemple, pas de rachats d’actions à un prix supérieur à 80% des actions octroyées durant les 12 derniers mois).


Quel pourrait être l’impact de telles mesures? Dans un premier temps, si la direction pense que le titre de sa société est sous-évalué, il doit d’abord veiller aux intérêts des actionnaires avant les siens, faute de quoi les investisseurs risquent de critiquer son choix de se payer en premier. Dans un deuxième temps, les options et les octrois d’actions deviendraient beaucoup moins populaires, ce qui nous plairait grandement. Finalement, et non le moindre, les dirigeants n’instaureraient plus de programme de rachat lorsque le titre est trop cher, à moins de dire «non» aux options et actions indéfiniment!


Au sujet des auteurs du blogue: Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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