L'impact d'un gros ouragan sur vos titres d'assurance

Publié le 09/09/2017 à 12:42

L'impact d'un gros ouragan sur vos titres d'assurance

Publié le 09/09/2017 à 12:42

Le Texas se remet à peine de l’ouragan Harvey qu’un autre, encore plus terrifiant, menace de faire des ravages en Floride. Les bâtiments résistent difficilement aux vents violents d’Irma, qui soufflent à environ 300 km à l’heure. Sur l’île St-Martin, une luxueuse villa de Donald Trump fut dévastée, tout comme 95% de la partie française de l’île!


Lorsqu’une tempête d’une telle envergure cause autant de dégâts, on peut se poser la question concernant les pertes qu’auront à absorber les assureurs. Par exemple, après avoir atteint un sommet de 272$ en juillet, le réassureur Everest Re (N.Y., RE), le titre s’est effondré à 217$ au moment d’écrire ces lignes, soit une baisse de 20%. Comment déterminer s’il s’agit d’une opportunité, alors que la valeur boursière s’est beaucoup rapprochée de la valeur au livre de 209$ par action?


Le rendement sur l'avoir des actionnaires a oscillé entre 12% et 16% ces cinq dernières années. Toutefois, l’industrie dans son ensemble a bénéficié d’un environnement plutôt favorable pendant ce temps, tout particulièrement en Floride. Irma s’avère fort menaçant, et on doit reculer aussi loin que 1992 pour trouver un ouragan comparable, alors que Andrew frappa durement le sud de la Floride.


Heureusement, les rapports publiés dans le site de la S.E.C. (Securities and Exchange Commission) peuvent fournir des pistes utiles. Plusieurs assureurs indiquent les pertes probables maximales sur une période donnée. Par exemple, dans le cas de Everest Re, un événement d’envergure relié au vent dans le sud-est des États-Unis et dont les chances de survenir ne sont que de 1% (1 fois sur 100 ans) devrait causer des pertes probables maximales de 1,5G$US. Cet estimé est net des couvertures de réassurance (l’assurance que l’assureur prend lui-même pour minimiser son propre risque). Cela correspond à 17% de l’équité de l’entreprise. Si nous prenons le même estimé, mais pour une période de 1000 ans, la perte s’élèverait au tiers de l’équité.


Chez American International Group (N.Y., AIG), la perte sur un événement de même nature sur 100 ans avoisine les 2GUS$. Ce montant surpasse celui de l’exemple ci-haut, mais comparativement à l’avoir de l’entreprise, il ne s’agit que de 3%, rendant la perte facile à absorber.


Parfois, on peut relever certains commentaires pertinents, comme dans le rapport de Arch Capital Group (NASDAQ, ACGL): «En ce moment, nous tentons de limiter notre perte probable maximale sur 250 ans pour une catastrophe sévère à 25% de l’équité, et ce, pour chaque zone géographique.»


Vous devez garder à l’esprit que ce genre de données ne constituent que des estimés, et qu’elles dépendent fortement du degré de sagesse de la direction. Chez Berkshire Hathaway (N.Y., BRK.B), les pertes seront minimes, car M. Buffett aurait déserté le marché, estimant que les primes ne compensaient plus pour les risques à assumer.


On peut également consulter les vieux documents pour observer les pertes encourues sur les catastrophes passées (ex. : l’ouragan Katrina en 2005), et ainsi comparer l’ampleur de la perte à l’équité de la société. Toutefois, les entreprises changent à travers le temps. La direction et le personnel ne sont souvent plus les mêmes. En outre, l’historique des catastrophes exerce un impact sur la prise de décision. Lorsque l’on connaît une longue période tranquille, il devient plus difficile d’imaginer le pire. Lorsque l’on voit Berkshire Hathaway quitter petit à petit un marché alors que d’autres prennent le relais avec enthousiasme, on doit se méfier.


Dans le domaine de l’assurance, le prix des titres en Bourse a tendance à suivre le chemin opposé des primes. Après l’absence prolongée de catastrophes sévères, les assureurs acceptent de baisser les primes pour leur client, et les actionnaires acceptent de payer plus cher pour des titres devenus plus risqués. C’est pourquoi le domaine devient très intéressant à observer si plusieurs catastrophes importantes surviennent: nous assisterons peut-être à des prix catastrophiques!


P.S. : Attention aux petits assureurs dont la concentration de risque s’avère important en Floride, comme Universal Insurance (N.Y. UVE), Federated National (NASDAQ, FNHC), Heritage Insurance (N.Y., HRTG) ou HCI Group (N.Y., HCI).


 

À propos de ce blogue

Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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