Pourquoi cet assureur est à surveiller en 2018

Publié le 15/01/2018 à 08:50, mis à jour le 17/01/2018 à 10:10

Pourquoi cet assureur est à surveiller en 2018

Publié le 15/01/2018 à 08:50, mis à jour le 17/01/2018 à 10:10

Sauvetage du gouvernement, restructuration, mauvais résultats techniques, exodes des employés vers les rivales, changements de dirigeants: les actionnaires de American International Group (NY., AIG) ont eu droit à tout, sauf peut-être une bonne performance du titre depuis quelques années. En trois ans, il s’est à peine apprécié. Au cours de 2015, il avait atteint un sommet de 64$US, il se négocie à seulement 61$US aujourd'hui.


En 2009, Robert Benmosche, qui avait pris sa retraite en 2006 après huit ans en tant que chef de la direction chez MetLife (NY., MET), avait entrepris une grande restructuration chez AIG avec comme objectif de rembourser le plein montant du sauvetage obtenu par le gouvernement.


Vers la fin de 2012, il a pu dire mission accomplie. Tout avait été repayé, avec en prime, un profit de 22G$US pour les autorités publiques. Toutefois, cet accomplissement est venu avec un coût non négligeable: la société a dû se départir d’actifs et filiales rentables, et beaucoup d’employés clés sont partis, préférant travailler chez des concurrents affichant de meilleures perspectives de croissance.


En 2013, Berkshire Hathaway (NY., BRK.B) a officiellement annoncé la création d’une division d’assurance commerciale, la «Berkshire Hathaway Specialty Insurance». La nouvelle unité a crû rapidement, et parmi les 62 employés en place peu après sa fondation, 15 d’entre eux avait été recrutés chez AIG, soulevant la colère chez cette dernière. Après quelques menaces de la part de la direction d'AIG, Berkshire a accepté de cesser de lui arracher des employés pour une période d’un an.


En plus d'avoir un problème de ressources humaines, M. Benmosche devait composer avec un cancer. Il a quitté l’entreprise en 2014, pour céder les rênes à Peter Hancock. Malheureusement, AIG a continué de décevoir ses actionnaires, avec des résultats techniques bien inférieurs à ceux de ses principaux concurrents. Même les contrats d’assurance souscrits après la nomination de M. Hancock performaient mal, démontrant le manque de discipline dans la sélection de risque.


Carl Icahn, un actionnaire activiste, a exigé la séparation de AIG en trois entités indépendantes: l’assurance dommage, l’assurance-vie et l’assurance hypothécaire. S'opposant à l’idée, M. Hancock a plutôt instauré un plan de distribution aux actionnaires de 25G$US sur 3 ans, par le biais de dividendes et de rachats d’actions. Malheureusement, racheter les actions d’une entreprise aux profits médiocres constitue rarement une bonne stratégie. Cela n’a fait qu’empirer les mauvais résultats, lorsqu’ils sont rapportés sur une base «par action».


Étant donné les mauvais résultats découlant des primes récemment souscrites, le conseil d’administration a fini par douter des capacités de M. Hancock. Brian Duperreault est alors apparu. Ce vétéran de l’assurance est réputé pour ses habiletés à restructurer des entreprises. M. Icahn s’est estimé satisfait de ce changement, et a donc décidé d’abandonner son plan de forcer la séparation de AIG en trois unités.


Terminée, l'exode d'employés


M. Duperreault croit que la clé pour améliorer les résultats chez AIG réside dans le recrutement de talents. Il est convaincu qu’en ayant les bonnes personnes aux bons endroits, on assistera à de gros changements dans les résultats.


C’est exactement ce qu’il a commencé à faire. M. Duperreault a recruté Peter Zaffino de Marsh & McLennan, Christ Townsend de MetLife, Bill Rabl de Chubb et Seraina Macia de Hamilton USA. Tout récemment, et non le moindre, notons l’embauche de Tom Bolt, qui travaillait chez…Berkshire Hathaway. Celui-ci a été embauché pour un poste d’envergure: il supervisera la souscription d’assurance générale chez AIG, là où le besoin de changement se faisait le plus criant.


Au dernier trimestre, les résultats de la société ont été affectés par les nombreuses catastrophes naturelles. Cependant, il y a eu également révision des réserves pour les années passées. La direction estime qu’ils ont révisé 80% de celles-ci jusqu’à maintenant, et que les 20% qui restent ne semblent pas présenter de problèmes significatifs.


Les actionnaires auront-ils enfin droit à du changement «positif» en 2018? Une histoire à suivre.


Au sujet des auteurs du blogue: Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

À propos de ce blogue

Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

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