Une tragédie (sud-)américaine

Publié le 13/01/2018 à 10:00

Une tragédie (sud-)américaine

Publié le 13/01/2018 à 10:00

epuis presque deux décennies, nombreux ont dénoncé la tragédie que signifiait l’accession d’un démagogue populiste au sommet de l’État de la nation la plus riche et jadis la plus prometteuse (malgré son histoire) de l’Amérique du Sud.


La guerre, la destruction de toute institution démocratique, l’autoritarisme castriste, la pauvreté et même la famine étaient inscrites dans chaque parole prononcée par Hugo Chavez.


Aujourd’hui, les faits nous ont donné raison. Pour citer les plus saillants: une spirale hyperinflationniste (2700% d’inflation cumulée pour l’année 2017 ou une moyenne de 81% mensuel), une contraction du PIB de 14,7% à la fin de la même année et une chute des importations autour de 37%. Sachant que le Venezuela produit uniquement 30% de la nourriture nécessaire pour éviter une famine, cette dernière apparaît aujourd’hui presque inévitable.


Les chiffres de la violence et de la destruction de tout tissu institutionnel sont alarmants. Pas de réseau électrique, pas d’eau courante, pas de transport public, pas d’essence (dans le pays avec les plus grandes resserves pétrolières au monde !) et plus de 26 000 assassinats dans l’année qui vient de finir. C’est-à-dire un taux de 89 assassinats sur chaque 100000 habitants.


Et comme la tragédie ne finira pas avec l’arrivée de 2018, elle ne se circonscrira pas aux frontières vénézuéliennes.



« La tragédie ne s'arrêtera pas aux frontières »


Le drame humanitaire des millions de personnes traversant les frontières en utilisant tous les moyens a leur disposition, à la recherche de nourriture, de médicaments ou simplement de la possibilité de marcher dans la rue sans être exécuté par des hordes armées, ne sera que la façade d’une déstabilisation qui s’abattra sur tout le nord du sous-continent américainé Et cela aura une ampleur jamais vue dans cet hémisphère.


À l’heure actuelle, les seuls chiffres de l’exode massif vers la Colombie sont supérieurs à ceux du drame que vit l’Europe avec la migration via la Méditerranée depuis l’implosion de la Syrie, l’Iraq ou la Libye. Une vague migratoire qui a fait réagir aussi le Brésil qui a déclaré l’état « d’émergence sociale»  en laissant ouverte la possibilité d’une militarisation de ses États frontaliers avec le Venezuela.


Donc tous les pays du continent (Canada inclus), mais spécialement ceux de l’arc andin ou du bassin caribéen souffriront des conséquences extrêmes de l’effritement et de la lutte pour sa survie du régime de Caracas. Une clique de narco-généraux prêts à tout (même à une guerre) pour sauver leur peau et conserver leur pouvoir.


L'État qui n’a pas hésité à nouer des liens étroits avec des groupes terroristes (FARC, Hezbollah, ELN, etc.) ou de mettre au profit des puissances étrangères (la Russie, la Chine, la Corée du Nord ou l’Iran) son enviable position géographique ou son système bancaire.



Pour se faire une idée de la magnitude de la crise qui aura lieu, on estime à entre cinq et neuf millions d’armes légères illégales en circulation (sur une population de 28 millions) dans le pays. Et ce nombre n’est rien en comparaison avec l’arsenal qu'a accumulé le régime depuis 1999. Seulement avec la Russie, on chiffre à plus de 5 milliards de dollars le montant d’armes achetées depuis 2005 et la possibilité pour Moscou d’installer une fabrique de fusils Kalachnikov à partir de 2018.


Tout dans un pays où le salaire minimum légal tourne autour de 12 dollars (US) mensuels (à l’heure d’écrire ces lignes) et où des soldats et policiers ont été maintes fois pris en train d’échanger leur arme de dotation pour un poulet ou un kilo de riz avec des groupes terroristes ou criminels de la Colombie, l’Amérique centrale ou du Mexique.


Au niveau politique, il suffit de voir comme des petits pays Centroaméricains et des Caraïbes (Nicaragua, Salvador, République Dominicaine, Haïti ou Saint Vincent et les Grenadines ), avec des institutions gangrenées par la présence de groupes criminels internationaux et avec des législations plus que laxistes concernant leur système financier, ont mis au service de la narco-dictature leur voix dans diverses instances internationales pour éviter des sanctions contre Caracas.


Tous ces faits doivent aussi être remis dans un contexte extrêmement complexe qui voit le retrait ou la destruction de la pax americana et de la doctrine Monroe qui a assuré depuis deux siècles la stabilité régionale.


Une politique américaine erratique et l’arrivée en force de la Chine, avec son muscle financier, et de la Russie, avec une vision géopolitique claire faisant de Cuba, de Nicaragua et du Venezuela ses États pivots pour étendre son influence, sont les principaux éléments d’une nouvelle donne régionale qui fera de la crise vénézuélienne une crise avec des répercutions globales (une deuxième Syrie à 2500 Km des côtes de la Floride?), mais avec un coût économique, politique et en vies humaines pour le continent américain jamais vu.


 


Un texte signé Juan Duarte, consultant chez 2Points Group


 

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