Sociofinancement: «Je me méfie toujours des généralisations»

Publié le 14/12/2017 à 09:09

Sociofinancement: «Je me méfie toujours des généralisations»

Publié le 14/12/2017 à 09:09

L'écosystème entrepreneurial au Québec est en essor ces dernières années. L’aspect vraiment génial aujourd’hui dans la scène start-up c’est que les entrepreneurs chevronnés viennent soutenir la relève. Un des champions locaux, Nicolas Duvernois, publie des billets d’opinion récurrents sur ses points de vue. Ils sont le fun à lire, mais j’ai été un peu surpris en lisant son billet concernant le sociofinancement. Si surpris par certains propos que j’ai cru bon revenir sur certaines déclarations qui ne reflètent pas la réalité; en tout cas, à mes yeux.


D’emblée, je veux souligner: je ne connais pas Nicolas personnellement. Par contre, c’est clair que c’est un entrepreneur qui a bâti une superbe entreprise à partir de rien, et qui s’implique inlassablement dans l'écosystème entrepreneurial ici au Québec. Une vraie inspiration.


Ceci étant dit, j’ai un point de vue différent, l’ayant vécu moi même avec Wipebook et en interagissant quotidiennement avec des porteurs de projets chez Ulule.


1. «Cette méthode de financement est de plus en plus populaire [...] Qui n’a pas entendu parler de la glacière The Coolest ou de la montre intelligente Pebble»


La réponse à cette question, en fait, c’est: beaucoup de monde! Le CEFRIO, organisme de recherche et d’innovation, a publié ce dernier mois un sondage sur la notoriété des plateformes au Québec. Ils ont trouvé que 75% des Québécois ne connaissent pas les plateformes de sociofinancement.


Je ne doute pas que le réseau de Nicolas est extrêmement «pluggé» et orienté startup, ce qui pourrait créer l’illusion de tendance , mais les statistiques ne mentent pas: le sociofinancement n’en est qu’à son petit début avec un potentiel énorme de transformation pour les porteurs de projets!


2. «Le sociofinancement semble trop beau pour être vrai. La réalité est toute autre. [...] à peine 35% des projets présents atteignent le montant désiré»


Est-ce qu’une campagne de sociofinancement c’est de l’argent qui tombe du ciel gratuitement? Certainement que non. Personne ne se cache que mener une campagne, c’est du travail. Est-ce que le travail d’une campagne de sociofinancement en vaut la peine? Certainement que oui ! Pour ce qui est d’Ulule, champion dans cette catégorie grâce à un gros travail d’accompagnement, plus de 65% des demandeurs au niveau mondial (sur plus de 20000 projets) atteignent leurs objectifs de collecte, et ce chiffre s’élève à plus de 85% au Québec.


Quand on parle de collecte de fonds sur Ulule, on ne parle pas de dons ou de prêts. On parle d’argent remis à un créateur en échange d’un bien ou service futur. C’est le premier coup de pouce si important mais si lacunaire pour ceux qui se lancent en affaires. C’est essentiellement la version web du “porte-à-porte / poignée de mains” que Nicolas compte pour essentielle - et on est bien d’accord à ce sujet.



3. «Déceptions, délais, poursuites, telle est trop souvent la réalité derrière le mirage. Bien que certains projets sortent du lot par leur originalité ou leur qualité, ils sont noyés dans des propositions, disons-le, totalement nulles.»


Ouch. Ce sont ces remarques qui m’ont fait comprendre que l’impression de Nicolas n’est pas tout à fait alignée avec la réalité.


Le vrai sociofinancement n’est pas une combine pour s’enrichir rapidement en proposant des idées de gadgets technos. Ce n’est pas compliqué: la moyenne collectée par projet sur Ulule est d’approximativement $7000. Le nombre moyen de contributeurs? 85. Nos catégories les plus populaires en terme d’activité, représentant plus de 60% de tous les projets ? Film/Video, Musique, Entrepreneuriat, Solidaire/Citoyen, Spectacle vivant, Édition/Journal et jeux. On voit bien qu’Ulule est un réel levier pour les acteurs dans le milieu créatif, et pas uniquement un moyen de vendre des coolers connectés. Les statistiques ne mentent pas.


Le vrai sociofinancement n’est pas flou. Je suis totalement d’accord sur ce point: financer une entreprise ne doit pas être pris à la légère. Chez Ulule, on n’accepte pas n’importe qui, n’importe comment. Une fois approuvé et authentifié, le porteur de projet se voit assigner un chargé de projet qui prépare et accompagne la campagne.


Sur plus de 20000 projets sur 7 ans, on a eu moins de 10 situations problématiques reliées aux porteurs de projets. Aujourd’hui, on peut dire que notre système est bien robuste, au point  qu’une des plus grosses banques du monde, BNP Paribas, est directement branché à notre plateforme en Europe. Elle peut pré-approuver en moins de 48 heures un prêt supplémentaire (maximum de 50000€) après une campagne Ulule.


Le vrai sociofinancement n’est pas un mini pitch local où 2-3 personnes bien nanties critiquent un projet autour d’un verre de vin, style L'oeil du Dragon. C’est une communication préparée stratégiquement sur une période de temps souvent prolongée. L’entrepreneur valide si le public est vraiment prêt à mettre de l’argent sur la table.


Une épicerie zéro-déchet peut paraître «nulle» pour un financier en capital de risque, mais les filles de Loco s’en foutent de ce que ces personnes pensent. Elles ont trouvé une niche de contributeurs qui la veulent, leur épicerie. Réutiliser des fruits pour en refaire du jus? Un ange investisseur pourrait peut-être trouver ça ben nul. Pas Julie de Loop, et surtout pas les 400+ points de ventes qui ont suivis après qu’elle a atteint son objectif sur Ulule.


Respectueusement, on s’en fout un peu que tu trouves certains projets «nuls», Nicolas. C’est justement de donner le choix au public qui est intéressant; en proposant des idées différentes, en testant des projets avec des besoins variés, qu’on innove et surtout qu’on apprend.


Tout ceci étant dit, on s’entendra, je pense, sur une chose : ce qui importe au final, ce n’est pas la façon dont un projet est financé (par capital de risque, de l’argent de famille, du sociofinancement, des banques…). Ce qui importe, c’est la diversité et le succès de toutes ces initiatives créatives et entrepreneuriales.


Santé !


 


Une opinion signée Thomas Sychterz, directeur général d'Ulule Canada.


 

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