Ces fameux dividendes... et leurs pièges cachés

Publié le 24/08/2017 à 08:50

Ces fameux dividendes... et leurs pièges cachés

Publié le 24/08/2017 à 08:50

Je lisais récemment les actualités concernant les déboires de la société immobilière Cominar (CUF.UN) survenus il y a quelques semaines.


En regardant la situation d’un point de vue plus critique, je remarque que plusieurs personnes sont trop rapidement séduites par ces perles rares qui offrent de généreux dividendes à leurs actionnaires.


Lorsque nous sommes dans un marché relativement surévalué comme aujourd’hui, si une société paye un taux élevé de rendement du dividende, disons de 6% par exemple, ma question immédiate est: Quel est le ratio de paiement de ce dividende, le «payout ratio»?


Selon moi, des titres offrant des versements élevés de dividendes ne devraient pas être préférés comme plusieurs le croient.


Lorsqu’on fait référence à ce ratio, on porte notre attention sur la proportion de la somme d’argent net que l’entreprise a rapporté, les flux de trésorerie qu’elle a généré, qui a été versé aux actionnaires sous forme de dividendes.


Ce ratio est généralement exprimé en pourcentage et lorsque celui-ci oscille autour de 100% (comme le cas de Cominar), pour moi, en tant qu’investisseur, c’est extrêmement alarmant!


Dans ce genre de situation, je ne peux que me demander pour quelle raison au monde une compagnie prendrait tout l’argent qu’elle a généré pour verser la totalité aux actionnaires et conserver pratiquement rien pour les jours pluvieux ou pour avoir une certaine flexibilité financière permettant, par exemple, de créer de nouveaux produits rentables?


Aussi, il est pertinent de noter que le motif permettant le versement de ces larges dividendes est souvent la vente d’actifs par la société.


D’un point de vue d’actionnaire, ça semble être le bon choix à faire mais en y pensant rationnellement, l’investisseur aguerri se rendrait compte que ce genre d’opportunité représente un piège à éviter.


En effet, si ce dernier achète des actions d’une société puisqu’elle procure un rendement du dividende alléchant mais, qu’en contrepartie, celle-ci vend des actifs profitables, cet investisseur ne peut logiquement que s’attendre à recevoir moins de dividendes dans le futur.


Il est également sage de se questionner sur le potentiel de croissance à long terme de cette entreprise si elle paie constamment tout ce qu’elle possède aux actionnaires.


Selon moi, je crois qu’une bonne règle de base pour une société qui verse un dividende (de longues discussions pourraient avoir lieu concernant la décision des dirigeants de payer ou non un dividende) consisterait à payer environ un tiers (33%) au maximum des bénéfices que l’entreprise génère et les deux tiers restants (66%) devraient être conservés dans les coffres l’entreprise.


Il s’agit évidemment d’approximations qui dépendent de plusieurs facteurs tels que la capitalisation boursière du titre, son secteur, ses opportunités d’affaires, etc.


La question repose également en majeure partie sur les compétences des dirigeants à réinvestir efficacement ce capital.


Pour finir, il ne faut pas oublier que lorsqu’une société verse continuellement la quasi-totalité de ses profits aux actionnaires, celle-ci devra sans doute payer plus d’impôts.


D’une perspective de propriétaire, il m’apparaît évident que si je possède une entreprise en entier et que j’envisage de me payer des dividendes à la fin de l’année, je devrais payer le double de mes impôts habituels. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Warren Buffet ne paie pas de dividende aux actionnaires de Berkshire Hathaway: cela le pénaliserait beaucoup trop d’un point de vue fiscal.


Bref, je ne prétends pas que les dividendes sont à proscrire absolument et je suis également au courant que certaines personnes recherchent de telles occasions afin d’obtenir un revenu passif supplémentaire.


Je crois seulement que l’investisseur chevronné en nous se doit d’être continuellement sceptique, rationnel et investigateur devant de telles opportunités qui semblent alléchantes.


 


Un courrier signé Alex Morissette


 

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