Bernard Landry et trois ex-parlementaires attaquent le projet de loi 141

Publié le 09/05/2018 à 17:56

Bernard Landry et trois ex-parlementaires attaquent le projet de loi 141

Publié le 09/05/2018 à 17:56

N.D.L.R. Au nom d’une véritable protection des consommateurs, l’ex-premier ministre Landry et trois ex-parlementaires de partis différents, dont deux anciens ministres, unissent leur voix pour le retrait du projet de loi 141.


Signataires: Bernard Landry, ancien premier ministre, ministre des Finances (PQ) et ancien professeur, ESG-UQAM, Alain Paquet, Ph.D., ancien ministre délégué aux Finances (PLQ), ancien président de la Commission des finances publiques et professeur titulaire, ESG-UQAM, Rosaire Bertrand, ancien ministre et ancien président de la Commission des finances publiques (PQ) et Hubert Benoit, ancien député (ADQ), membre de la Commission des finances publiques, conseiller en sécurité financière et représentant en épargne collective


Depuis l’automne, plusieurs voix ont dénoncé et soulevé des préoccupations majeures quant à des pans entiers du projet de loi 141 (PL 141) relatif au secteur financier. Cela concerne tant l’assurance de dommages, l’assurance de personnes que l’épargne collective, soit presque la totalité des Québécois.


Le 7 mai dernier, toutes les associations de consommateurs du Québec, appuyées par plusieurs intervenants indépendants, ont demandé conjointement le retrait du PL 141. Aujourd’hui, de manière totalement apolitique et non partisane, mais forts de nos expériences et expertises, nous en appelons solennellement aux parlementaires.


Depuis 20 ans, plusieurs lois ont été adoptées et modifiées par différents parlements en établissant un équilibre fondamental permettant la fabrication de produits et services financiers, par des compagnies, et leurs distributions, par des professionnels. C’est à cette fin que l’Autorité des marchés financiers (AMF) et les organismes d’autoréglementation, telles la Chambre de l’assurance de dommages (ChAD) et la Chambre de la sécurité financière (CSF), se sont vu confier des rôles complémentaires.


Le PL 141 rompt cet équilibre et propose un retour en arrière au détriment des épargnants et de la responsabilité des professionnels. Il incarne une tentative de capture réglementaire possiblement à l’avantage des grosses institutions. En ouvrant tout grand la distribution sans représentant et par Internet sans les garde-fous adéquats, le PL 141 laissera n’importe qui « conseiller » les consommateurs, sans détenir de certification de l’AMF et sans être imputable de ses gestes. Cela favoriserait d’ailleurs la réduction du nombre de professionnels, avec un impact particulièrement marqué en régions.


L’expérience a démontré que, sans négliger une surveillance des compagnies, un encadrement centré en premier lieu sur les personnes physiques est plus efficace, car il s’incarne clairement dans la préservation de leur réputation et de leur responsabilité. Pourtant, le déséquilibre découlant du PL 141 repose sur l’écoute privilégiée et la place prépondérante octroyée aux personnes morales pour influencer la réglementation. L’abolition des organismes de protection du public que sont la ChAD et la CSF minerait inévitablement un système assurant présentement de hauts standards de professionnalisme pour les consommateurs.


Contrairement aux prétentions du ministère des Finances, nos craintes ne sont pas que des fabulations. En mars dernier, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada publiait un rapport très éloquent sur les manquements et les risques constatés dans les pratiques de vente au détail de produits par les institutions financières canadiennes. Au Québec, entre juillet 2017 et avril 2018, le site Internet de l’AMF ne recense pas moins de 16 ententes survenues avec de grosses institutions (dont Chubb, Manufacturers, Aviva, Desjardins Sécurité Financière, Industrielle Alliance, Lloyds, etc.) pour des manquements associés aux ventes. Des sanctions administratives leur ont été imposées, mais demeurent nettement inférieures aux primes et rémunérations découlant de pratiques inconvenantes. Malheureusement, l’adoption du PL 141 augmenterait vraisemblablement de telles occurrences.


Ce projet de loi mammouth – contenant 485 pages, 2 349 articles, modifiant 60 lois existantes et nécessitant 4 653 pages de notes explicatives remises aux membres de la Commission des finances publiques – est si complexe qu’après 10 séances en étude détaillée, seulement 27,7 % des articles ont été abordés. À l’évidence, l’adoption à la vapeur du PL 141 au cours des dernières semaines de ce parlement manquerait non seulement de sérieux, il constituerait un déni de démocratie aux conséquences fâcheuses et irréfléchies.


Nous souscrivons à l’idée d’actualiser le cadre législatif et réglementaire, mais, force est de constater, que cela requiert davantage de travail en amont et de consultation pour moderniser optimalement l’encadrement du secteur financier. Par respect pour les consommateurs et la sécurité financière des Québécois, nous enjoignons donc à tous les parlementaires d’exiger le retrait du PL 141.


 

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