Voici LE livre économique à lire pour comprendre 2018 !

Publié le 20/12/2017 à 09:02

Voici LE livre économique à lire pour comprendre 2018 !

Publié le 20/12/2017 à 09:02

Le 21e siècle ressemble tant aux prédictions d'Aldous Huxley... Photo: DR

J'ai aujourd'hui une grande vérité à partager avec vous : l'économie, c'est hyperstressant! Oui, j'ai bien dit «hyperstressant». Et je pèse mes mots, moi qui suis à la tête de la chronique «Espressonomie» depuis un moment...


Que signifie le terme «hyperstressant», au juste? Un simple test peut suffire pour vous le faire saisir. Prêts? OK, c'est parti!


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Commencez à parler d'économie à n'importe qui (un chum, un collègue, etc.). Vous assisterez aussitôt à l'une des deux réactions suivantes, et aucune autre :


> Fuite. Votre interlocuteur va faire une drôle de mimique involontaire (une grimace en coin, les yeux qui cherchent à gauche,...), laquelle trahit sa pensée profonde : «Mince! Comment me sortir au plus vite de cette discussion merd...?»


> Attaque. Votre interlocuteur va s'emporter et se mettre en colère contre ce que vous êtes en train de dire, en sortant n'importe quel argument passe-partout. Pourquoi? Parce que le simple fait de parler d'économie est ressenti par cette personne-là comme une agression, à laquelle elle riposte par réflexe.


Or, que sont ces deux réactions-là? La traduction la plus simple du stress; et vu l'intensité de celles-ci, de l'hyperstress. Car c'est ainsi que, vous comme moi, nous réagissons face à ce qui nous dérange, voire nous fait peur; ce réflexe, nous le devons à nos ancêtres préhistoriques, qui l'ont acquis pour survivre, entre autres, aux tigres à dents de sabre : le salut passait par la fuite ou par l'attaque.


Bon. Où est-ce que je veux en venir avec cette vision de l'économie comme source d'hyperstress? Tout bonnement à une lecture que j'entends vivement vous recommander, histoire de saisir le moindrement ce qui va sans nul doute se produire en 2018 sur le plan économique : le repli protectionniste américain, la poussée inflationniste à l'échelle de la planète, l'attaque des positions monopolistiques des géants technologiques (Facebook, Amazon, Google,...), l'invasion grandissante de l'intelligence artificielle (IA), etc.


Quel livre, au juste? Un livre dont tout le monde a déjà entendu parler, mais que bien peu ont vraiment lu : Retour au meilleur des mondes (Plon, 1958) de l'écrivain britannique Aldous Huxley. Je vois d'ici vos yeux s'écarquiller... Pas de panique! Vous allez vite comprendre.


Le Retour est un livre qui a suivi Le Meilleur des mondes, sorti en 1932, pile entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit non pas d'un roman, mais d'un essai. Son but : analyser l'évolution du monde depuis les années 1930, une évolution troublante tant elle semble s'être inspirée de son roman de science-fiction. Ce qui n'était, à ses yeux, qu'une dystopie était bel et bien en train de prendre forme à la vitesse V...


Ce qu'Aldous Huxley n'avait pas anticipé, c'était combien le Retour serait pertinent soixante ans après sa parution! Quand j'ai ouvert le livre, j'ai carrément sursauté : les idées qui y étaient présentées me semblaient si actuelles que j'en avais froid dans le dos; mieux, elles m'expliquaient des phénomènes économiques qui se produisaient en ce début de 21e siècle.


La preuve? Il me suffira de partager avec vous un simple extrait du livre:


«Quelles ont été les répercussions des perfectionnements techniques sur les hommes au cours de ces récentes années? Voici la réponse que donne le Dr Erich Fromm, philosophe-psychiatre:


"Notre société occidentale contemporaine, malgré ses progrès matériels, intellectuels et sociaux, devient rapidement moins propre à assurer la santé mentale et tend à saper, dans chaque individu, la sécurité intérieure, le bonheur, la raison, la faculté d'aimer; elle tend à faire de lui un automate qui paie son échec sur le plan humain par des maladies mentales toujours plus fréquentes et un désespoir qui se dissimule sous une frénésie de travail et de prétendu plaisir."


«Nos "maladies mentales toujours plus fréquentes" peuvent trouver leur expression dans les symptômes des névroses, très voyants et des plus pénibles. Mais, "gardons-nous", écrit le Dr Fromm, "de définir l'hygiène mentale comme la prévention des symptômes. Ces derniers ne sont pas nos ennemis, mais nos amis; là où ils sont, il y a conflit, et un conflit indique toujours que les forces de vie qui luttent pour l'harmonisation et le bonheur résistent encore".


«Les victimes vraiment sans espoir se trouvent parmi ceux qui semblent les plus normaux. Pour beaucoup d'entre eux, c'est "parce qu'ils sont si bien adaptés à notre mode d'existence, parce que la voix humaine a été réduite au silence si tôt dans leur vie, qu'ils ne se débattent même pas, ni ne souffrent, et ne présentent pas de symptômes comme le font les névrosés". Ils sont normaux non pas au sens que l'on pourrait appeler absolu du terme, mais seulement par rapport à une société profondément anormale, et c'est la perfection de leur adaptation à celle-ci qui donne la mesure de leur déséquilibre mental. Ces millions d'anormalement normaux vivent sans histoires dans une société dont ils ne s'accomoderaient pas s'ils étaient pleinement humains et s'accrochent encore à "l'illusion de l'individualité", mais en fait, ils ont été dans une large mesure dépersonnalisés. Leur conformité évolue vers l'uniformité. Mais "l'uniformité est incompatble avec la liberté, de même qu'avec la santé mentale... L'homme n'est pas fait pour être un automate, et s'il en devient un, le fondement de son équilibre mental est détruit".»


Troublant, n'est-ce pas? N'avez-vous pas l'étrange impression de vous retrouver dans ces lignes? De voir votre quotidien au travail sous un tout nouveau jour? De percevoir une réalité - «les effets déshumanisants d'un excès d'organisation» - jusque-là cachée par votre propre conscience? Hum, je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire...


Aldous Huxley poursuit, un peu plus loin:


«Le Meilleur des mondes présente le tableau imaginaire et quelque peu licencieux d'ne société dans laquelle les efforts faits pour recréer des êtres humains à l'image des termites ont été poussés presque à la limite du possible. Que nous soyons mus dans cette direction est évident, mais il est non moins certain que nous pouvons, si nous le voulons, refuser de coopérer avec les forces aveugles qui nous meuvent.


«Pour le moment, cependant, la volonté de résistance ne paraît ni très forte ni très répandue. (...)


«Dans les dictatures plus efficaces de demain, il y aura sans doute beaucoup moins de force déployée [que celle utilisé par Hitler et Staline]. Les sujets des tyrans à venir seront enrégimentés sans douleur par un corps d'ingénieurs sociaux hautement qualifiés - et je suppose que le 21e siècle sera celui des Administrateurs Mondiaux, du système scientifique de castes et du Meilleur des mondes. À la question "Quis custodiet custodes?" ("Qui gardera nos gardiens?"), c'est-à-dire "Qui organisera les organisateurs techniques?", on répond sereinement qu'ils n'ont pas besoin de surveillance. Car il semble régner parmi ceux-ci la touchante conviction que leurs pairs ne seront jamais corrompus par l'exercice du pouvoir. Tel sire Galahad, ils sont forts comme dix parce que leur coeur est pur - et leur coeur est pur parce que ce sont des savants qui ont suivi six mille heures de cours.»


Mordant. Oui, j'adore le mordant de l'analyse d'Aldous Huxley. Mais en même temps, il me fait mal : cette illustration imaginaire du début de notre 21e siècle est si ressemblante, avec l'emprise grandissante des médiaus socciaux et de l'IA, ou encore cette splendide passivité que, vous comme moi, nous affichons face à cette colonisation de nos esprits, pour ne pas dire de nos vies. Est-ce que je me trompe? Hum, j'ai bien peur que non...


Voilà pourquoi je me permets de vous recommander chaudement de plonger, le temps des Fêtes, dans Retour au meilleur des mondes. Non pas pour vous gâcher votre congé, mais au contraire pour vous permettre d'éveiller votre esprit au rôle primordial que joue l'économie dans votre quotidiem, et par suite, pour vous inciter à voir les choses autrement et, donc, d'y réagir avec non seulement davantage d'intelligence, mais aussi moins de stress. Bref, pour votre rendre la vie meilleure.


En passant, Aldous Huxley a dit dans l'un de ses essais : «Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne».


*****


Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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