Prédire l'avenir, c'est possible!

Publié le 18/09/2017 à 06:06, mis à jour le 18/09/2017 à 06:12

Prédire l'avenir, c'est possible!

Publié le 18/09/2017 à 06:06, mis à jour le 18/09/2017 à 06:12

Non, il ne s'agit pas de science-fiction... Photo: DR

Que feriez-vous si vous aviez réellement la faculté de connaître le futur ? J'imagine que vous chercheriez à en tirer parti en toute légalité, par exemple en plaçant tout votre argent sur les titres boursiers appelés à grimper d'un coup. Bref, vous joueriez gagnant et deviendriez immensément riche.


Parfait. Si je vous disais maintenant qu'il est bel et bien possible de prédire l'avenir, notamment en ce qui a trait aux marchés financiers...


Agnieszka Markiewicz, professeure à l'École d'économie Erasmus à Rotterdam (Pays-Bas), et trois autres professeurs d'économie, ont noté qu'il existait une multitude de modèles de calcul visant à anticiper l'évolution des marchés, quels qu'ils soient (pétrole, devises...), et que chacun d'eux se targue, bien sûr, d'être plus efficace que ses concurrents. D'où leur idée de vérifier tout ça.


Les quatre chercheurs se sont ainsi penchés sur une quinzaine de modèles de calcul axés principalement sur des fondamentaux macroéconomiques (le prix des denrées, le flux des capitaux...) ayant une incidence potentielle sur les taux de change. Ils ont ensuite concocté un tout nouveau modèle consistant grosso modo en un panaché d'une poignée des meilleurs d'entre eux. Ils ont appliqué ce modèle sur le dollar américain lorsqu'il était échangé contre 10 autres monnaies (dollar canadien, peso mexicain, yen...), sur une période de 20 trimestres consécutifs.


Résultat ? Leur modèle de calcul permettait bel et bien d'anticiper l'évolution des taux de change. Mieux, il le faisait avec une plus grande précision, tant en direction qu'en magnitude, que les autres modèles pour 5 des 10 taux de change considérés. «Quelqu'un qui recourerait à notre modèle serait en mesure d'afficher un beau rendement de l'investissement, supérieur aux autres de 25 % en moyenne», notent les chercheurs dans leur étude.


Faire fortune grâce à Google et à Twitter


Ce n'est pas tout ! Mme Markiewicz a voulu aller plus loin. Avec deux professeurs d'économie, elle s'est demandé s'il n'existait pas un moyen plus simple d'arriver au même résultat. Ils ont eu l'idée d'utiliser Google Trends, l'outil de Google permettant de connaître la fréquence à laquelle un terme est inscrit dans son moteur de recherche.


Le principe était simple : regarder s'il y avait la moindre corrélation entre l'intensité avec laquelle certains termes macroéconomiques sont recherchés et l'évolution des taux de change et, le cas échéant, s'il était possible d'en tirer parti. Autrement dit, il s'agissait d'observer si ce qui préoccupait les investisseurs à l'instant «t» annonçait l'évolution ou non d'un taux de change donné à l'instant «t+1».


Tenez-vous bien ! Le résultat a dépassé les attentes des chercheurs à un point tel que ces derniers ont été en mesure de concocter un modèle de calcul inédit d'une rare précision : si celui-ci avait été utilisé de 1995 à 2016 pour un portefeuille de devises équilibré, il lui aurait permis d'afficher un rendement annuel de 4,9 % en moyenne, pour un ratio de Sharpe de 1 (ce qui indique un rendement qui surperforme sans pour autant avoir pris de risque excessif). «À la clé, des profits considérables», soulignent, laconiques, les chercheurs dans leur étude publiée en août dernier.


Aussi incroyable que cela puisse paraître, il suffit donc d'un algorithme axé sur Google Trends pour faire fortune, car celui-ci est à même de lire dans les pensées des investisseurs.


Peut-être avez-vous du mal à y croire, comme moi lorsque je suis tombé sur les travaux de Mme Markiewicz. Mais voilà, il se trouve que d'autres chercheurs sont récemment arrivés à la même conclusion qu'elle.


Un exemple lumineux : l'étude des économistes Vahid Gholampour, de l'Université Bucknell à Lewisburg (États-Unis), et Eric van Wincoop de l'Université de Virginie à Charlottesville (États-Unis), sur le potentiel prédictif de Twitter. Ils ont remarqué que les courtiers utilisaient beaucoup Twitter et que, pour certains d'entre eux, nombre de leurs tweets consistaient en une prédiction économique à court terme. D'où leur envie de savoir si ces anticipations étaient assez justes pour s'en servir comme indicateurs de tendances à venir.


Pour s'en faire une idée, ils ont considéré 633 journées de tweets produits par quelque 6 200 courtiers spécialisés dans le taux de change euro/dollar américain. Ils ont ensuite mis au point un indice nommé Twitter Sentiment, qui vise à donner la direction que prendra le taux à court terme, compte tenu du «sentiment» (positif, neutre ou négatif) des experts, dont l'importance de chacun est pondérée en fonction du nombre de personnes qui les suivent sur Twitter. Puis, ils ont établi un modèle de calcul permettant d'estimer la magnitude de l'évolution à venir.Encore une fois, les résultats ont scié les chercheurs : si leur modèle avait été utilisé entre 2013 et 2016, il aurait systématiquement surpassé tous les autres existants!


«Le plus beau, c'est que notre modèle peut très bien être appliqué à d'autres marchés qu'à celui des devises», glissent-ils.


Oui, l'avenir des marchés financiers est bel et bien prévisible. Du moins pour l'instant.


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Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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