Pauvres milléniaux!

Publié le 10/10/2017 à 06:06, mis à jour le 10/10/2017 à 06:31

Pauvres milléniaux!

Publié le 10/10/2017 à 06:06, mis à jour le 10/10/2017 à 06:31

Les jeunes ne cessent de s'appauvrir depuis une trentaine d'années... Photo: DR

Les milléniaux - grosso modo les 18-34 ans - ne roulent pas sur l'or, de nos jours. Mais ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que leur situation financière est appelée à... empirer au cours de la prochaine décennie ! Explication.


Les inégalités économiques intergénérationnelles n'ont jamais été aussi criantes qu'aujourdhui au Canada, selon une récente étude du quotidien britannique The Guardian et du centre de recherche Luxembourg Income Study. Les chiffres sont sans appel :


> Ceux qui avaient entre 25 et 29 ans à la fin des années 1980 disposaient d'un revenu disponible supérieur d'en moyenne 4 % à celui de ceux qui figurent aujourd'hui dans la même tranche d'âge.


> En guise de comparaison, les retraités se sont enrichis au cours de la même période, d'en moyenne 5 % pour les 65-69 ans et de 16 % pour les 70-74 ans.


Autrement dit, les jeunes ne cessent de s'appauvrir depuis une trentaine d'années, au contraire des autres générations. Ce qui va à l'encontre de la tendance du 20e siècle, suivant laquelle l'avènement d'une nouvelle génération s'accompagnait nécessairement d'une toute nouvelle prospérité.


Comment expliquer un tel phénomène ? Essentiellement par le concours de trois facteurs économiques :


> Chômage. Les jeunes sont frappés de plein fouet par le chômage. Le taux de chômage des 15-24 ans est aujourd'hui de 11,5 %, soit 5,3 points de pourcentage de plus que celui de l'ensemble de la population active, d'après les données de Statistique Canada. C'est dire combien il leur est difficile de pénétrer le marché de l'emploi, et même d'y perdurer : rien qu'en août dernier, ils ont perdu pas moins de 66 000 postes à temps plein à l'échelle du pays.


À noter que, de leur côté, les 55 ans et plus ont un taux de chômage de 5,3 % et que l'avenir semble leur sourire : ils représentent actuellement 36 % de la population en âge de travailler - la plus forte proportion jamais enregistrée - et devraient dépasser 40 % d'ici 2027, toujours selon Statistique Canada.


> Endettement. Plus les années passent, plus les étudiants s'endettent. En 1999, un finissant canadien avait une dette moyenne de 19 623 $ ; maintenant, celle-ci s'élève à 28 272 $, d'après Statistique Canada. À cela s'ajoute le fait qu'un étudiant qui emprunte de nos jours 30 000 $ auprès du Programme canadien de prêts aux étudiants devra payer 10 319 $ sur 10 ans en intérêts, selon un récent rapport de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants.


> Immobilier. Devenir propriétaire est quasiment du domaine du rêve pour les jeunes d'aujourd'hui. Et ce, en raison du bond phénoménal des prix de l'immobilier ces derniers temps. Par exemple, dans la région métropolitaine de Montréal, le prix médian d'une maison unifamiliale a triplé en l'espace d'une quinzaine d'années (il est passé de 108 000 $ à 318 000 $ entre 2000 et 2017, selon les données de la Fédération des chambres immobilières du Québec et du site immobilier Centris.ca). La question saute aux yeux : comment être en mesure d'acquérir un tel bien lorsqu'on voit son revenu disponible péricliter sans cesse ? C'est extrêmement difficile. Et le comble, c'est que ce le sera encore davantage demain, comme le montre une étude du cabinet-conseil McKinsey & Company sur l'aggravement des inégalités économiques intergénérationnelles dans les pays occidentaux.


Le Canada n'est pas le seul à voir des nuages noirs s'accumuler au-dessus de ses milléniaux. Loin de là. C'est également le cas aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Italie et en Suède. «À supposer que l'économie de chacun de ces pays-là connaisse une croissance faible ou modérée au cours de la prochaine décennie - ce qui est fort probable -, les nouvelles générations verront leurs revenus péricliter au fil des ans, ou au mieux, stagner», indique le rapport, en soulignant que «dès lors, on assisterait à une première, à savoir des enfants plus pauvres que leurs parents».


À la clé, des périls gravissimes qui dépassent le champ de l'économie, comme l'avance l'étude de McKinsey :


> Xénophobie. Les jeunes en situation économique difficile sont deux fois plus nombreux que les autres jeunes à dire que «les immigrants ruinent la culture et la cohésion de la société d'accueil».


> Protectionnisme. La moitié des jeunes en situation économique difficile s'accordent pour dire que «les importations de biens et de services font perdre des emplois au pays importateur» et qu'il convient, par conséquent, de s'en prémunir.


C'est bien connu, la xénophobie et le protectionnisme sont les mamelles du nationalisme. Du coup, c'est ni plus ni moins que la démocratie qui est dans la ligne de mire : «Nos recherches montrent que les jeunes en question sont prompts à soutenir des mouvements nationalistes comme ceux du Front national en France et du Brexit en Grande-Bretagne», note d'ailleurs le rapport.


D'où l'importance vitale de tendre - enfin - la main aux jeunes. De leur donner sans compter, comme s'il s'agissait de nos propres enfants. Sans quoi cette génération perdue risque fort de plonger dans un cauchemar sans nom et d'entraîner la beauté de la vie avec elle dans sa chute...


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Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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