Oui, les enfants sont un boulet pour les revenus des femmes!

Publié le 19/03/2018 à 12:19

Oui, les enfants sont un boulet pour les revenus des femmes!

Publié le 19/03/2018 à 12:19

Avoir un premier enfant entraîne une pénalité d'en moyenne 34,4%. Photo: DR

Les disparités salariales entre hommes et femmes sont aujourd'hui assez bien documentées. D'ailleurs, le gouvernement Trudeau en a récemment fait l'un de ses chevaux de bataille. En revanche, les pénalités salariales liées à la maternité - voire à la paternité - sont nettement moins connues: qu'en est-il, au juste, des écarts de revenus entre les parents et les individus sans enfant?


C'est ce qu'ont tenu à savoir trois chercheuses du Groupe de recherche sur le capital humain de l'ESG UQÀM, Marie Connolly, Catherine Haeck et Marie Mélanie Fontaine. Pour s'en faire une idée, elles se sont plongé dans les données à ce sujet de Statistique Canada et de l'Enquête longitudinale et internationale des adultes; et elles en ont tiré un rapport de l'Institut de recherche montréalais Cirano aux conclusions sans appel:


> Un chute des revenus au premier enfant. L'année de la naissance du premier enfant, les mères québécoises connaissent une chute de leurs revenus d'en moyenne 34,4%. À noter que cette baisse de revenus d'emploi est tempérée par les prestations d'assurance-emploi. Et qu'au Québec cette baisse des revenus se résorbe relativement vite: après quatre années, les mères n'ont plus de revenus statistiquement différents de ceux des femmes sans enfant; et même, il arrive pour nombre d'entre elles qu'après 17 années elles jouissent de revenus plus élevés.


> Une pénalité durable. De manière générale, une femme québécoise qui a au moins un enfant connaît, sa vie durant, une pénalité estimée à 3,8% par rapport à une femme sans enfant; et ce, à expérience, heures de travail hebdomadaires et âge égaux. Cette pénalité s'aggrave si jamais la femme en question a un niveau d'éducation moins élevé que la moyenne - la pénalité est estimée à 8,8% - ou si elle est monoparentale - pénalité de 10,9%.


> Des écarts qui vont grandissants avec le nombre d'enfants. Les écarts de revenus se creusent avec le nombre d'enfants. Ainsi, pour les mères québécoises qui ont trois enfants ou plus, les écarts de revenus sont de l'ordre de 10 à 23%.


> Une bénéfique paternité, en apparence. Du côté des pères québécois, la situation ne semble pas du tout la même: ils ont, en général, des revenus plus élevés que les hommes sans enfant, à hauteur d'en moyenne 15,6%. Toutefois, il est important de souligner que les pères ne voient pas leurs revenus augmenter à la suite de l'arrivée d'un premier enfant, mais que c'est plutôt l'inverse qui se produit, en ce sens que les hommes aux carrières fructueuses deviennent attractifs pour les femmes, et se trouvent dès lors papas plus aisément que ceux qui ont une carrière poussive. «Il n'y aurait donc pas de bonus à la paternité, mais plutôt une sélection différentielle entre les pères et les hommes sans enfant», notent sur ce point les trois chercheuses de l'ESG UQÀM dans leur rapport.


C'est clair, les enfants sont un véritable boulet pour les revenus des mamans! Oui, ils représentent un poids qui peut prendre des années à s'alléger. «Il existe sans l'ombre d'un doute des écarts de revenus dûs aux seuls enfants, et ceux-ci sont surtout prononcés pour des groupes déjà plus à risque de se retrouver en situation de pauvreté ou d'exclusion sociale - les mères moins éduquées et celles qui ne sont pas en couple -, [ce qui nuit directement] à leur bien-être et leur capacité à gagner leur vie, ainsi qu'à la possibilité de leurs enfants d'atteindre leur plein potentiel», considèrent les trois chercheuses.


Que faire pour corriger le tir? Le rapport ne l'indique pas, car tel n'était pas son objet. Cela étant les trois auteures espèrent que des recherches futures se pencheront sur les politiques familiales québécoises, histoire d'évaluer leur impact sur la pénalité liée à la maternité et d'identifier des solutions à même d'y remédier. Car il est clair que notre société ne peut plus se permettre de continuer de mettre ainsi des bâtons dans les roues du développement professionnel des femmes.


En passant, l'empereur et philosophe romain Marc Aurèle a dit dans ses Pensées pour moi-même: «On est souvent injuste en s'abstenant d'agir, et non seulement en agissant».


 


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