Les employeurs canadiens vont droit dans le mur!

Publié le 16/05/2018 à 06:06

Les employeurs canadiens vont droit dans le mur!

Publié le 16/05/2018 à 06:06

Ils ne saisissent rien des défis du 21e siècle, selon Deloitte... Photo: DR

C'est devenu une routine. Tous les ans à la même date, je reçois le rapport de Deloitte intitulé «Tendances en capital humain», qui présente les phénomènes émergents en matière de management à l'échelle aussi bien mondiale que canadienne. Un rapport, vous le comprenez bien, qui m'est on ne peut plus précieux.


Que ressort-il du rapport 2018? Rien de moins qu'une bombe!


Les employeurs canadiens sont en effet en train de filer droit dans le mur. À la vitesse V. Ce qui, visiblement, laisse pantois les experts de Deloitte, qui ne savent plus trop quoi dire aux employeurs pour éviter le pire, si ce n'est des cris d'alarme ici et là, du genre «Il va vous falloir évoluer dans votre mode de pensée» et autres «Il va vous falloir faire preuve de courage pour réussir». Explication, chiffres à l'appui.


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Le nouveau rapport Deloitte considère quatre dimensions de l'entreprise d'aujourd'hui et de demain, à savoir la haute direction, l'employé, l'incidence sociale et la technologie. Or, dans chacune d'elles la situation semble très inquiétante:


> Une haute direction myope. «Seulement 30% des employeurs canadiens disent que leurs hauts dirigeants participent régulièrement à des travaux communs visant à établir une stratégie à long terme pour l'entreprise», note le rapport. Autrement dit, seul le court terme intéresse la haute direction de la grande majorité des entreprises canadiennes.


> Vers une précarisation du travail. «Les technologies perturbatrices telles que l'intelligence artificielle (IA) et l'automatisation transforment d'ores et déjà la nature du travail, et, par conséquent, de la main-d'oeuvre. De nouvelles formes de travail s'imposent de plus en plus, comme le travail à la tâche et le travail occasionnel. (...) D'ailleurs, 43% des employeurs canadiens prévoient recourir davantage aux travailleurs contractuels d'ici 2020, et utiliser plus de pigistes et de travailleurs occasionnels dans une proportion de respectivement 25% et 20%», indique le rapport. Autrement dit, les employés vont devoir accepter, demain, des emplois de plus en plus précaires, avec tout ce que cela comporte de mal-être, de stress, pour ne pas dire de souffrances professionnelles.


> Une absence de conscience sociale. «Seulement 16% des employeurs canadiens estiment que la responsabilité sociale est une priorité qui se reflète dans leur stratégie organisationnelle», dit le rapport de Deloitte. Autrement dit, peu leur chaud d'avoir un impact positif sur la société, ne serait-ce que sur le simple écosystème dans lequel ils évoluent.


> Une dichotomie entre l'humain et la technologie. «La technologie est un enjeu important pour le Canada, en particulier en ce qui a trait à l'intégration des talents, de l'IA et de la robotique, aux yeux des deux tiers des employeurs canadiens. Mais ces derniers se doivent de comprendre comment s'en servir, notamment pour arriver à faire travailler ensemble les employés et les nouvelles technologies (IA, robotique,...)», dit le rapport, en soulignant que «les leaders devront demeurer à l'affût des répercussions imprévues de la technologie». Autrement dit, pas d'avenir sans évolution harmonieuse de l'humain et de la technologie, ce qui semble encore hors de portée des employeurs d'ici.


Ce n'est pas tout! D'autres chiffres tirés du rapport donnent des sueurs froides supplémentaires:


> 1 employeur sur 2 se fiche du mieux-être de ses employés. Le rapport de Deloitte montre que 86% des employeurs canadiens pensent que le mieux-être des employés (programmes de santé mentale, de santé financière,...) est aujourd'hui un élément important de la réussite d'une entreprise, mais seulement 43% d'entre eux estiment agir vraiment en ce sens.


> 1 employeur sur 2 se fiche de la carrière de ses employés. 86% des employeurs canadiens pensent que l'attention accordée à la carrière des employés est aujourd'hui un élément important de la réussite d'une entreprise, mais seulement 44% d'entre eux croient agir vraiment en ce sens.


> 2 employeurs sur 3 se fichent du rendement de leurs employés. 82% des employeurs canadiens pensent que la récolte de données concernant le rendement des employés est aujourd'hui un élément important de la réussite d'une entreprise, mais seulement 35% d'entre eux estiment agir vraiment en ce sens.


> 3 employeurs sur 4 se fichent de récompenser leurs employés. 69% des employeurs canadiens pensent que l'adoption de programmes de récompenses personnalisés est aujourd'hui un élément important de la réussite d'une entreprise, mais seulement 27% d'entre eux croient agir vraiment en ce sens.


> 4 employeurs sur 5 se fichent d'améliorer les conditions de travail de leurs employés. 56% des employeurs canadiens pensent que l'amélioration des conditions de travail de leurs employés est aujourd'hui un élément important de la réussite d'une entreprise, mais seulement 21% d'entre eux estiment agir vraiment en ce sens.


Effarant, n'est-ce pas? Je vous l'avais bien dit, tout ça fait froid dans le dos...


«Il est grand temps que les employeurs canadiens réalisent que ce qui contribue au succès d'une entreprise a changé, ces derniers temps. Aujourd'hui, on ne peut plus s'en tenir qu'aux seuls bénéfices, il faut également se soucier des nouveaux besoins des employés et des nouveaux défis technologiques», dit Pascal Occean, associé et leader du groupe Capital humain, Québec, de Deloitte Canada.


Et d'ajouter : «Les employeurs canadiens doivent se montrer à l'écoute des idées neuves et emprunter des voies différentes. Bref, il leur faut impérativement faire preuve de courage».


S'agit-il là de voeux pieux? J'en ai bien peur, car le rapport ne présente aucune solution concrète visant à corriger le tir. Rien pour nous permettre de retrousser les manches et de nous attaquer ensemble à l'immense chantier que représente le changement de mentalité qu'il va nous falloir effectuer, si nous voulons éviter un dramatique accident collectif. Rien du tout.


À moins que la solution ne vienne, peut-être, d'un changement naturel, provenant d'une heureuse passation de pouvoir entre générations, les baby-boomers étant en train de partir à la retraite au profit des milléniaux et de leurs valeurs à même de combiner, elles, l'humain et la technologie. Oui, peut-être bien que l'espoir est là...


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À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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