Demain, la révolution à vélo?

Publié le 16/05/2017 à 06:06, mis à jour le 16/05/2017 à 06:19

Demain, la révolution à vélo?

Publié le 16/05/2017 à 06:06, mis à jour le 16/05/2017 à 06:19

Les vélos électriques sont à la mode, ces temps-ci. Photo: Noordung.

Bixi, Tour de l'île de Montréal à vélo, projet Bonaventure (une toute nouvelle piste cyclable nord-sud entre Maisonneuve et le canal Lachine, qui devrait voir le jour en 2021)... À Montréal, les initiatives se multiplient pour accorder une place grandissante à la bicyclette. Bien. Très bien, même. Mais, il y a un hic.


Quel hic? C'est qu'à force de concentrer notre attention sur ce qui se passe au coeur de la métropole, on perd la vue d'ensemble, qui, elle, n'est guère réjouissante. Deux chiffres disent tout : aujourd'hui, 24% des Canadiens ont fait du vélo au cours des trois derniers mois; or, il y a 20 ans de cela, le même pourcentage était de... 29%, selon Statistique Canada. Autrement dit, les Canadiens sont de moins en moins nombreux à pédaler!


La question saute aux yeux : «Comment faire pour inciter les gens à renouer avec les joies de la pédale?»


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Regardons, par exemple, du côté de la France. Là-bas, 6% des habitants des grandes villes vont chaque matin au travail en vélo; et ils parcourent alors une distance moyenne de 4 km, selon une récente étude de l'Insee. Ces 6%-là, je le souligne, correspondent, l'air de rien, à quelque 4 millions de personnes. Pas mal, n'est-ce pas?


Qu'est-ce qui motive autant de Français à pédaler au lieu de conduire pour se rendre tous les jours au travail? Non, ce n'est pas vraiment par besoin de faire des économies, ni par envie d'améliorer leur santé, ni même par souci de contribuer à un environnement moins pollué. En vérité, ceux qui pédalent ainsi tous les matins sont des messieurs et mesdames Toutlemonde de tous les âges, qui recourent au vélo surtout parce que c'est un moyen de transport à la fois «pertinent et doux», c'est-à-dire «pratique». Bref, les cyclistes français y voient là un avantage personnel.


Allons plus loin, et regardons ce qui se passe du côté du Danemark, plus précisément à Copenhague, souvent présentée comme la «capitale mondiale du vélo». Une étude signée par Stefan Gössling, professeur de mobilité et de tourisme durables à l'Université de Lund (Suède), et Kaely Dekker, ingénieur, transport, de la Ville de Calgary (Canada), a mesuré les impacts globaux de la voiture et du vélo sur la société danoise, ce qui leur a permis de mettre au jour ceci :


> Voiture = coût. Une voiture représente un coût pour la société d'en moyenne 15 centimes d'euro/km (22,4 cents). Et ce, en raison notamment de la pollution de l'air, des accidents de la circulation et des frais d'entretien de la chaussée.


> Vélo = profit. Un vélo représente un profit pour la société d'en moyenne 16 centimes d'euro/km (23,9 cents). Et ce, en raison notamment de ses bienfaits directs sur la santé du cycliste, de l'absence de détérioration de la chaussée et de la disparition de toute congestion routière.


C'est clair, nous aurions tout à gagner à davantage utiliser le vélo, en particulier pour nous rendre au travail le matin. Chaque personne qui se transformerait en cycliste améliorerait non seulement son quotidien, mais aussi tout le reste de sa vie. Et ce faisant, l'ensemble de la société en sortirait gagnante, ne serait-ce qu'en raison du fait que les coûts exorbitants de l'automobile s'estomperaient à vue d'oeil. Et pourtant, nous sommes de moins en moins prompts à enfourcher la petite reine...


Comment corriger le tir? Un indice se trouve, je pense, dans l'étude de l'Insee : en France, les résidents d'origine européenne conservent les habitudes de déplacement domicile-travail typiques de leur nationalité. Ainsi, les Hollandais, les Danois, les Suédois et les Allemands demeurent de fervents utilisateurs du vélo, alors que, par exemple, les Italiens privilégient plus que les autres la moto; comme quoi, le recours quotidien au vélo est un phénomène culturel, Du coup, il convient de provoquer ni plus ni moins qu'un changement radical de mentalité ici-même, où la voiture règne sans partage depuis un siècle.


Projet utopique? Peut-être pas. J'en veux pour preuve une récente expérience menée en Norvège...


Aslak Fyhri, chercheur de l'Institut d'économie du transport à Oslo (Norvège), et son équipe ont noté que le vélo électrique était logiquement appelé à un bel avenir en Norvège, vu que les montées sont nombreuses, y compris en ville, mais que rares étaient encore ses adeptes.


Pourquoi? Pour s'en faire une idée, ils ont mené un sondage auprès d'automobilistes, histoire de savoir ce qu'ils pensaient a priori du vélo électrique. Puis, ils ont confié une telle bicyclette à 66 automobilistes choisis au hasard, pour une durée d'un mois.


Résultats? Tenez-vous bien :


> Un a priori tenace. Moins un automobiliste fait de vélo, moins il est intéressé par l'idée d'acheter un vélo électrique.


> Une sourde oreille. Souligner à un automobiliste que l'usage régulier d'un vélo électrique à la place de la voiture lui permettrait d'atténuer son impact négatif sur l'environnement ne va aucunement l'amener à changer ses habitudes. Idem, lui souligner que c'est bon pour sa santé, ou encore que cela peut avoir un impact positif pour l'ensemble de la société (absence de congestion routière,...) ne va pas l'émouvoir une seule seconde.


> Un pas franchissable. Ceux qui ont fait le test du vélo électrique ont été ceux qui se sont montré les plus disposés à en acheter un et à s'en servir vraiment par la suite. Et de loin. Car ils en ont vu le côté pratique. À noter que ceux-là ont indiqué qu'une réduction «significative» du prix d'un tel vélo (ex.: via une exemption de taxes) pourrait suffire à les convaincre de franchir le pas.


Le vélo électrique est à la mode, ces temps-ci. Il faudrait, donc, trouver le moyen de le rendre carrément populaire, à un point tel que les uns et les autres auraient l'idée de s'en servir pour aller au travail. Or, ce moyen est peut-être plus simple qu'on ne croit...


Une étude menée par Marco Dozza, professeur de sécurité routière à l'École polytechnique Chalmers à Göteborg (Suède), et son équipe montre en effet que l'un des principaux freins psychologiques concerne le «danger inhérent» au vélo électrique. Nombre d'entre nous se disent que ce vélo-là va vite, plus vite qu'un vélo traditionnel, ce qui peut surprendre tant le cycliste que les piétons et les automobilistes, et donc, provoquer des accidents plus graves qu'à l'habitude.


Cette croyance est-elle fondée, ou pas? M. Dozza a confié un vélo électrique à une douzaine de novices durant deux semaines, histoire d'analyser le maximum de données à leur sujet. C'est ainsi qu'il a découvert que sur un total de 1.500 km parcourus par l'ensemble des volontaires se sont produits pas moins de 88 incidents dangereux (mais fort heureusement, aucun accident) : difficulté à bien s'arrêter au feu rouge, dépassement de la vitesse maximale autorisée, etc. Mais surtout, cela lui a permis de constater que ces incidents-là se produisaient au tout début de l'utilisation du vélo électrique, et nettement moins par la suite.


Conclusion : il conviendrait d'imposer une période d'apprentissage aux nouveaux utilisateurs du vélo électrique, tout en généralisant son expérimentation. Car cela permettrait à tout le monde de savoir de quoi il s'agit, et donc de s'y adapter vite et bien (ex.: un automobiliste qui ferait l'expérience d'enfourcher au moins une fois un vélo électrique se montrerait plus vigilant par la suite dans sa conduite quotidienne). «Le meilleur moyen d'accroître la sécurité sur les routes où circulent des vélos électriques, ce serait tout simplement de booster leur utilisation», souligne le chercheur établi en Suède.


Voilà. Favoriser l'usage du vélo n'est peut-être pas si sorcier que ça. Il se pourrait bien qu'il suffise d'encourager une innovation comme le vélo électrique pour inciter les uns et les autres à changer d'habitudes et pour déclencher – qui sait? – un bouleversement de mentalité. Et ce, avec tous les bienfaits que cela provoquerait sans tarder, pour chacun de nous. Osons, donc, rêver haut et fort d'une révolution, oui, d'une révolution «pertinente et douce»...


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Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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