Avez-vous le bon âge pour lancer une start-up?

Publié le 09/07/2018 à 06:06

Avez-vous le bon âge pour lancer une start-up?

Publié le 09/07/2018 à 06:06

Non, la jeunesse n'est pas un gage de réussite. Loin de là... Photo: Hugo Boss.

Bill Gates avait 20 ans lorsqu’il a cocréé Microsoft. Steve Jobs, 21 ans quand il a cofondé Apple. Et Mark Zuckerberg? 19 ans lorsque Facebook a vu le jour. Du coup, nous avons tous l’impression que pour lancer une start-up avec succès, il est impératif d’être un jeune prodige, surtout si l’on évolue dans le secteur de la technologie.


Avons-nous ainsi raison ou tort? Impossible à dire, pensez-vous sûrement. Eh bien, détrompez-vous, car la réponse existe. Je l’ai dénichée dans une étude intitulée Age and high-growth entrepreneurship et signée par : Pierre Azoulay, professeur de management à la MIT Sloan School of Management à Cambridge (États-Unis), assisté de son étudiant J. Daniel Kim; Benjamin Jones, professeur d’entrepreneuriat à la Kellogg School of Management à Evanston (Etats-Unis); et Javier Miranda, économiste en chef de l’US Bureau of the Census à Washington (États-Unis). Regardons ça ensemble…


Les quatre chercheurs se sont plongé dans les données du recensement américain, en quête du maximum d’informations possible sur les quelque 2,7 millions de créateurs de start-ups qui ont créé des emplois au cours des dix dernières années. Et les ont analysées afin d’identifier d’éventuels facteurs de succès, ou d’échec, lors de la création d’une entreprise.


Sur le même sujet : «Le mythe de l'entrepreneur à succès dans la vingtaine»


Mine de rien, ce travail de moine s’est révélé on ne peut plus payant, si l’on en croit leurs trouvailles :


> L’âge idéal : 45 ans. Aux États-Unis, l’âge médian des créateurs d’entreprises est de 42 ans. Ce qui est loin, très loin même, de la vingtaine, comme nous le supposions, vous et moi, n’est-ce pas?


Mieux, l’âge médian des créateurs d’entreprises qui figurent parmi les 1% ayant connu la plus forte croissance durant ces dix dernières années – autrement dit, celles qui sont carrément couronnées de succès – est de 45 ans!


À noter que cela est valable dans tous les secteurs d’activités. Donc, aussi bien dans la technologie que, disons, la restauration ou bien l’ébénisterie.


> Le leurre de la vingtaine. Un créateur d’entreprise de 50 ans a 1,8 fois plus de chances de se retrouver à la tête d’une start-up couronnée d’un franc succès qu’un créateur de 30 ans. Quant aux créateurs âgés dans la vingtaine, ce sont ceux qui ont le moins de chances de connaître la réussite à la tête de leur start-up par rapport à toutes les autres tranches d’âges! D’ailleurs, le graphique ci-dessous le montre clairement : il y a autant de chances de donner naissance à une entreprise vouée au succès lorsqu’on a 25 ans que lorsqu’on a… 63 ans; idem, un entrepreneur de 52 ans a, en vérité, trois fois plus de chances d’y parvenir qu’un entrepreneur de 25 ans.



Ce n’est pas tout. Les quatre chercheurs ont également mis au jour deux caractéristiques propres aux créateurs d’entreprises couronnées de succès :


1. L’expérience. Il suffit qu’un entrepreneur ait au moins trois années d’expérience dans le secteur d’activités dans lequel il crée sa start-up pour booster ses chances de rencontrer le succès avec sa start-up. Celles-ci sont dès lors deux fois supérieures à celles d’une entrepreneur qui, lui, n’aurait encore aucune expérience particulière dans le secteur d’activités en question.


2. Les connaissances. Plus un entrepreneur a d’années d’expérience dans un secteur d’activités proche de celui dans lequel évolue sa start-up, plus ses chances augmentent de connaître la réussite. Autrement dit, plus il a accumulé de connaissances applicables dans sa nouvelle aventure professionnelle, plus il accroît ses chances de voler de succès en succès.


Bref, l’expérience et les connaissances sont les deux clés fondamentales du succès lorsqu’on crée sa propre start-up. Ce qui explique en grande partie pourquoi les entrepreneurs dans la vingtaine ont, somme toute, de fortes chances d’aller droit dans le mur lorsqu’ils fondent leur start-up, d’après les quatre chercheurs. (À l’exception, il est vrai, d’épiphénomèmes comme Bill Gates, Steve Jobs et Mark Zuckerberg.)


«Être jeune, dynamique, créatif et passionné de technologie ne fait pas nécessairement le créateur de start-up idéal. Loin de là. Car il manque à ces entrepreneurs-là l’expérience et les connaissances, deux incontournables du succès en entrepreneuriat : pensons à l’absence de savoir en matière de management, ou encore de marketing, vitales pour connaître la réussite en affaires», notent-ils dans leur étude.


Et de souligner : «Ces résultats devraient notamment alerter les investisseurs, en particulier les anges et autres capital-risqueurs, qui ne jurent, pour nombre d’entre eux, que par la jeunesse. Et qui, ce faisant, se trompent lourdement…»


Une découverte qui tombe à point nommé, à quelques jours de l’événement montréalais StartUpFest


*****


Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


Découvrez les précédents billets d'Espressonomie


La page Facebook d'Espressonomie


Et mon dernier livre : 11 choses que Mark Zuckerberg fait autrement


 

À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

Sujets liés

Économie

Sur le même sujet

L'économie américaine donne des signes mitigés, la Fed aussi

15/11/2018 | AFP

Les Américains consomment, mais en amont, l’activité manufacturière semble montrer des signes d’essoufflement.

Les pros prévoient un dernier élan de 12% pour le S&P 500

BLOGUE. Le sondage de Bank of America Merrill Lynch révèle que les pros ont acheté pendant la dernière correction.

OPINION C'est la 18e édition du gala du Réseau des femmes d’affaires du Québec
Édition du 10 Novembre 2018 | Les Affaires
Danielle Danault: une réussite à toute allure
Édition du 10 Novembre 2018 | Fanny Bourel
Caroline Desautels: se renouveler sans cesse
Édition du 10 Novembre 2018 | Fanny Bourel