Après Fort McMurray

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Mai 2016

Après Fort McMurray

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Édition du 14 Mai 2016

Une catastrophe écologique et économique qui s'aggrave de jour en jour... Photo: Bloomberg

La photographie de Jason Franson a fait le tour du monde et est encore gravée dans nos esprits, indélébile : un hélicoptère transporte en plein ciel une minuscule poche de produits chimiques et file droit sur une tornade de flammes, dans l'espoir totalement utopique de freiner la catastrophe de Fort McMurray, en Alberta. Une image bouleversante, symbolique de la toute-puissance de la nature lorsqu'elle entre en furie. Une image qui témoigne surtout du fait que l'homme finit toujours par payer le prix fort de son insouciance environnementale.


Et si l'on changeait la donne ?


«Il faut faire de ce siècle celui de la révolution écologique, seule capable de transformer toute la civilisation. Sans cela, on risque de se retrouver en "stagnation séculaire", soit une longue période de faible croissance où l'économie est tenue à bout de bras - comme aujourd'hui - par la politique monétaire dans l'espoir d'éviter la déflation», a indiqué en avril au magazine français Le Point Michel Aglietta, professeur d'économie à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense.


Et l'auteur de La monnaie entre dettes et souveraineté (Odile Jacob, 2016) d'ajouter : «Pour renouer avec la croissance, il est primordial de générer un progrès technique pouvant non seulement renouveler les modes de vie en profondeur, mais aussi être diffusé dans toute l'économie, de manière à stimuler durablement la consommation et les investissements».


De quel progrès technique parle-t-il, au juste ? D'un progrès à la fois économique et écologique, à même de nous faire retrouver la voie d'une croissance durable.


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Concrètement, cela signifie que nous gagnerions à miser à fond sur ce qu'on appelle le «capital humain vert», comme l'indique une étude publiée l'année dernière par quatre économistes italiens : Davide Consoli, Giovanni Marin, Alberto Marzucchi et Francesco Vona.


Leur idée de départ était simple : comparer les talents propres aux métiers dits «verts», c'est-à-dire contribuant directement au développement durable de l'économie, à ceux des métiers «non verts». Pour ce faire, les auteurs de l'étude se sont plongés dans une base de données phénoménale sur les métiers pratiqués aux États-Unis, riche de plus de 900 professions. Ils ont regardé s'il y avait des différences importantes sur le plan statistique entre les travailleurs de ces deux catégories.


En comparaison avec les autres, les travailleurs des métiers verts ont, en général :


> Un plus haut niveau d'éducation ;


> Une plus grande faculté d'adaptation à la nouveauté, voire à l'inconnu ;


> Une plus grande antipathie à la routine ;


> Un goût plus prononcé pour l'apprentissage sur le terrain.


Autrement dit, les métiers verts attirent particulièrement ceux qui brillent par leur capacité à improviser au travail, à trouver des solutions originales aux problèmes rencontrés, à sortir des sentiers battus. Bref, ceux qui permettent vraiment d'innover, et donc de concrétiser le progrès technique qu'appelle M. Aglietta.


La conclusion saute aux yeux : il convient d'adapter au plus vite nos systèmes éducatifs, histoire d'encourager le développement des talents requis pour les métiers verts (facultés d'adaptation, d'improvisation, etc.). Et de favoriser la création de métiers verts, par exemple en lançant sans tarder de vastes chantiers à saveur écologique dignes d'un «New Deal vert».


Une suggestion pas si folle que ça : «Nous pouvons lutter contre le changement climatique sans sacrifier la croissance et la prospérité. En fait, l'économie à faibles émissions de carbone que nous favorisons collectivement engendrera la création d'entreprises, une nouvelle croissance et une nouvelle prospérité», avait lancé le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, lors du dernier Forum économique de Davos, en Suisse.


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Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire, en alternance dans Les affaires et sur lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.

À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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