1 emploi sur 2 chamboulé par les robots d'ici 2030

Publié le 27/03/2018 à 06:09

1 emploi sur 2 chamboulé par les robots d'ici 2030

Publié le 27/03/2018 à 06:09

Demain, il nous faudra avoir une mobilité professionnelle extrême... Photo: DR

Au Canada, 50% des emplois seront perturbés par l'avènement des robots intelligents d'ici la fin de la prochaine décennie, selon une étude de la RBC. Certains métiers sont carrément appelés à disparaître tandis que d'autres verront l'obligation pour les humains d'acquérir de toutes nouvelles aptitudes s'ils entendent rivaliser avec les machines dotées d'une intelligence artificielle (IA). À la clé, une véritable «révolution» de l'emploi pour les Y – les 18-35 ans d'aujourd'hui – et pour les Z – les moins de 18 ans –, qui risque fort de se traduire par une hécatombe...


Les experts de la RBC ont réalisé que la donne en matière d'emploi était en train de changer au Canada, en grande partie en raison des avancées technologiques comme la robotisation et l'IA. Ils ont tenu à s'en faire une juste idée, et sont ainsi partis sur le terrain, histoire de prendre le pouls du changement actuel; ce faisant, ils ont rencontré nombre d'employeurs, de décideurs, d'enseignants, de conseillers d'orientation et d'autres milléniaux. Ils ont également glané une foule de données sur près de 300 professions exercées de nos jours. Enfin, ils ont analysé le tout et présenté le fruit de leur travail dans une étude intitulée «Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l'ère des grandes perturbations».


Résultats? Ils ne laissent planer aucun doute quant aux bouleversements majeurs à venir:


> Un péril majeur et imminent. Plus de 25% des emplois seront mis en péril en raison des nouvelles technologies d'ici 2030. Et au moins 50% des emplois exigeront des aptitudes «considérablement différentes» d'aujourd'hui.


Les professions les plus à risques à court terme sont celles qui ne nécessitent pas un lourd bagage de savoir-faire, d'après les experts de la RBC. Figurent parmi elles les métiers de «couvreur, pêcheur, boulanger, caissier», de «tailleur, peintre en bâtiment, assembleur, camionneur» ainsi que de «conducteur de machine, ouvrier, nettoyeur».


«Il n'est pas difficile d'imaginer comment les robots pourraient effectuer les tâches d'un ouvrier ou d'un camionneur; à certains endroits, c'est d'ores et déjà le cas», notent-ils d'ailleurs dans leur étude.


> De toutes nouvelles aptitudes à cultiver. Les aptitudes fondamentales à développer par les employés humains seront, entre autres, «l'esprit critique», «la coordination», «la perspicacité sociale», «l'écoute active» et «la résolution de problèmes complexes».


> L'atout du savoir-être. Certaines compétences en lien avec le «savoir-être» gagneront aussi à être cultivées, comme la sensibilité aux autres cultures, la pratique de plusieurs langues et l'adaptabilité.


> Deux incontournables, plus un. «Le discernement» et «la capacité à prendre une décision» seront les deux talents vitaux pour occuper pratiquement tous les postes de demain. À cela s'ajoute le fait que le management – «la capacité à gérer du personnel et des ressources» – sera un incontournable pour plus des deux tiers des emplois de demain.


«Le Canada se trouve à un tournant historique: une importante cohorte de jeunes est en train d'entrer sur le marché du travail au moment-même où la technologie commence à avoir une incidence sur la plupart des emplois canadiens. Du coup, le pays est ni plus ni moins au bord d'une révolution, laquelle imposera un un bouleversement des aptitudes requises pour avoir un emploi», dit Dave McKay, président et chef de la direction, de la RBC.


Et d'ajouter: «Un trop grand nombre de jeunes ont été formés pour des emplois qui sont voués à disparaître alors qu'ils auraient pu développer des aptitudes qui leur auraient été fort utiles à l'avenir».


Autrement dit, il convient de corriger le tir au plus vite afin que les jeunes d'aujourd'hui puissent décrocher un emploi demain, voire afficher une carrière digne de ce nom. Comment, au juste? L'étude de la RBC préconise plusieurs pistes de solutions dignes d'attention:


> Faire du savoir-être une priorité nationale. Il faudrait effectuer un examen national des programmes d'éducation postsecondaire afin d'évaluer l'importance accordée de nos jours aux aptitudes liées au savoir-être. Puis, de mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour faire en sorte que le savoir-être devienne la priorité numéro 1 de notre système éducatif, en commençant par le postsecondaire et en poursuivant cette politique-là aux échelons inférieurs.


> Encourager les premiers pas dans le marché du travail. Il conviendrait également d'inviter 100% des étudiants en premier cycle à participer à un stage en entreprise, à un programme coopératif ou à toute autre expérience de travail concrète; et ce, dans l'optique de leur faire saisir combien le savoir-être est appelé à être primordial pour leur avenir professionnel.


> Éduquer les employeurs. Il faudrait encore mettre en oeuvre une initiative nationale visant à aider les employeurs à mesurer l'importance des aptitudes fondamentales de demain, et mieux, à les intégrer à leurs pratiques managériales (recrutement, formation,...).


On le voit bien, il y a urgence. Mais rien ne sert de céder à la panique. L'étude de la RBC le précise bien: «Les taux de robotisation réels sont impossibles à prédire, car l'automatisation dépend de bien plus que de l'évolution technologique. Elle dépend notamment de raisons culturelles: par exemple, nous allons continuer longtemps de privilégier les soins humains aux soins robotisés pour les interventions infirmières. Ou encore de raisons d'acceptation sociale : la perte d'emplois peut être perçue comme une violation des obligations de l'employeur envers la société. Voire de raisons d'approbation réglementaire: l'État a également son mot à dire, surtout si les avancées technologiques en question présente un danger pour les citoyens (ex.: les voitures 100% autonomes)», note l'étude.


Bref, une révolution se profile à l'horizon, mais rien ne dit qu'elle va tout dévaster sur son chemin demain, ni même après-demain. Car nous avons encore le temps d'atténuer sa dangerosité. À condition, bien entendu, de ne pas procrastiner (comme nous sommes malheureusement en train de le faire concernant les changements climatiques...)


Pour Noel Baldwin, coordinateur en matière d'éducation postsecondaire auprès du Conseil des ministres de l'Éducation, l'imprévisibilité n'est pas une excuse valable pour l'inaction: «Je suis d'accord avec ceux qui disent que nous ne pouvons pas prédire l'avenir avec exactitude, mais cela ne doit surtout pas nous empêcher de commencer à en parler».


D'autant plus que les changements anticipés par les experts de la RBC promettent de faire grincer des dents plus d'un d'entre nous. C'est que pour être en mesure de s'adapter à l'accaparement du travail par les robots il nous faudra accepter, de gré ou de force, une mobilité professionnelle extrême. Oui, extrême: «La feuille de route de la prochaine génération de Canadiens sera indubitablement marquée par des transitions encore rarement vues, comme de passer d'ouvrier de pépinière à conducteur de grue, d'agriculteur à plombier, de mécanicien à électricien, d'assistant dentaire à graphiste, ou encore d'agent immobilier à policier», avancent les experts de la RBC.


L'important ne sera donc plus vraiment le métier, mais les aptitudes misent en oeuvre dans notre quotidien au travail. Et il se trouve que, de ce point de vue, les passerelles sont plus nombreuses que ce qu'on imagine entre, par exemple, un assistant dentaire et un graphiste – en l'occurrence, «une solide intelligence émotionnelle» –, ou bien un agent immobilier et un policier – soit «un solide esprit d'analyse».


Curieux, mais intéressant, n'est-ce pas? Demain promet bel et bien de ne pas ressembler à aujourd'hui. Le corrolaire étant, de toute évidence, qu'il nous faudra alors réaliser des écarts prodigieux, que nous peinons à imaginer. Mais – qui sait? – peut-être y parviendrons-nous malgré tout...


«Nous avons tous le devoir de changer la donne, lance à ce sujet M. McKay. Les employeurs doivent repenser leurs processus de recrutement et redéfinir continuellement leur main-d'oeuvre. Les enseignants doivent regarder au-delà des diplômes et des certificats. L'État doit faire sa part afin de permettre aux jeunes de mieux cultiver les aptitudes de demain. Quant à ces derniers, ils doivent saisir cette occasion pour exiger davantage du Canada et d'eux-mêmes.»


Le président et chef de la direction de la RBC souligne: «L'ère de la robotisation n'a pas à être nécessairement une menace. Si nous misons, individuellement comme collectivement, sur nos qualités humaines – créativité, sens critique et esprit de collaboration –, nous pourrons en tirer un avantage concurrentiel. Oui, nous pourrons libérer le potentiel des jeunes Canadiens et leur donner ainsi accès à un avenir brillant».


Dont acte.


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Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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