Wajam va-t-elle trop loin pour acquérir des utilisateurs?

Publié le 17/06/2014 à 09:56

Wajam va-t-elle trop loin pour acquérir des utilisateurs?

Publié le 17/06/2014 à 09:56

Sur de nombreux forums, des internautes soutiennent que l’extension de Wajam est apparue sans leur consentement ou encore que Wajam est un virus ou un malaware. [Photo : capture d'écran]

Wajam, la start-up de l’entrepreneur en série Martin-Luc Archambault, n’hésite pas à utiliser des astuces pour acquérir de nouveaux utilisateurs. Sa plus récente prenait la forme d’une application iPhone et iPad permettant d’accéder au contenu américain offert par des sites comme Netflix par l’entremise d’un réseau privé virtuel (VPN).


L’application fonctionnait, mais en la téléchargeant, l’application ajoutait du même coup son extension de recherche social au navigateur Safari. L’extension de Wajam affiche des résultats liés aux préférences des amis de l’utilisateur aux côtés de ceux de Google. La start-up, toutefois, génère des revenus en affichant de la publicité contextuelle.


Dans mon cas, toutefois, il semble que mes amis n’aiment pas assez de choses pour que Wajam ait pu générer des résultats sociaux liés à mes recherches. Jusque-là, rien de trop choquant, même s’il est évident que les utilisateurs qui ont choisi de télécharger Wajam Free VPN ne l’ont pas fait pour utiliser le moteur de recherche social de la start-up. En échange d’une fonctionnalité, le VPN, j’ai accepté de bonne grâce de mettre à l’essai le produit de la start-up québécoise.


Là où les choses se corsent, c’est que le VPN demeurait activé en tout temps. Même après avoir effacé l’application mobile, j’ai été surpris de constater que l’extension de Wajam était toujours installée sur mon téléphone et que le VPN semblait toujours fonctionner.


Dans les faits, l’application mobile de Wajam sert essentiellement à amener l’utilisateur à télécharger un «profil iPhone», qui est ni plus ni moins qu’un logiciel capable de changer les configurations d’un iPhone. Je ne me souvenais plus l’avoir installé et j’ai dû me tourner vers un employé de Wajam pour être capable de le désinstaller. Il m’a appris qu’il suffit d’aller dans «Paramètres», «Général», puis «Profil» pour le faire.


Wajam n’en est pas sa première stratégie astucieuse. Afin d’acquérir des utilisateurs, la start-up distribue son extension en s’assurant qu’il soit inclus dans des bouquets de logiciels, que l’utilisateur télécharge généralement parce qu’un d’entre eux l’intéresse. Sur la page section questions et réponses de son site, la start-up soutient que son extension n’est pas installée sans le consentement des utilisateurs, mais reconnaît recourir à cette pratique. Voici ce qu’on peut y lire :



Wajam étant certifié TRUSTe, notre produit n'est pas autorisé à être installé à moins que vous y ayez consenti. Wajam n'est jamais installé en secret ou imposé à l'utilisateur. Toutefois, nous avons reçu des plaintes lorsque des utilisateurs ignoraient avoir cliqué sur le bouton "Je consens". Nous avons créé des étapes simples qui vous aideront à supprimer le plug-in de navigateur Wajam. Wajam est souvent livré avec d'autres logiciels téléchargeables. 


Si la start-up prend le temps de répondre à cette question, c’est que de nombreux internautes se la posent. Sur de nombreux forums, des internautes soutiennent que l’extension de Wajam est apparue sans leur consentement ou encore que Wajam est un virus ou un malaware.


Ces croyances sont si tenaces que Wajam a acheté les mots clefs «Wajam malaware» et «Wajam virus» sur Google, de manière à afficher sa publicité en tête des résultats de recherche. On peut y lire «How To Get Rid Of Wajam - Wajam.com‎» et, surprise surprise, la page vers laquelle pointe cette publicité n’explique comment supprimer l’extension Wajam. Il s’agit plutôt d’une page mettant de l’avant les bénéfices de Wajam.


Les astuces de Wajam ne sont pas illégales. Dans le monde des start-ups, où recourir à des astuces pour stimuler sa croissance est une pratique légitime baptisée growth hacking, je ne crois pas que Wajam aille si loin. L’ennui, c’est que les astuces de Wajam ont pour effet de tromper ses utilisateurs, une pratique sur laquelle il me semble qu’on ne construit pas une entreprise aux bases bien solides.


Dans son livre Things a Little Bird Told Me, le co-fondateur de Twitter, Biz Stone, soutient que Twitter a eu du succès en favorisant ce qui est bon pour l’utilisateur au détriment de ce qui est bon pour les revenus... à court terme. Aussi, il me semble que Wajam pourrait s’inspirer du principe ci-après, l’un des six communiqués à tous les nouveaux employés de Twitter : « Nous allons gagner si nous nous faisons la bonne chose pour nos utilisateurs. »

À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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