Comment séduire un associé sans trop s'exposer à une peine d'amour

Publié le 03/10/2016 à 15:25

Comment séduire un associé sans trop s'exposer à une peine d'amour

Publié le 03/10/2016 à 15:25

J’ai fait ce que les gens qui veulent se marier, mais qui ne connaissent pas le ou la candidate idéale, font tous. J’ai invité des candidats à des «dates».


Trouver des associés est extrêmement difficile. Trouver des gens qui veulent obtenir une participation dans une start-up ne l’est pas. En fait, j’ai rencontré des dizaines de personnes intéressées à obtenir une part de la tarte depuis que j’ai lancé Hardbacon. Malgré tout, je possède encore 100% des actions de l’entreprise.


Pour être plus exact, 99,95%, car j’ai promis à Phil Telio, de Startupfest, 0,05% de l’entreprise contre un laissez-passer pour l’événement. Je ne le regrette pas, mais mon avocat chez Lavery m’a dit de ne plus distribuer de parts de Hardbacon en échange de billets d’événements. Et comme il est bon dans ce qu’il fait, je l’écoute! 


J’ai rencontré un paquet de professionnels qui voulaient devenir cofondateurs à temps partiel. Ils souhaitaient joindre Hardbacon à temps plein, mais dans plusieurs mois. En d’autres mots, ils voulaient attendre de voir si j’allais obtenir du financement ou générer des revenus substantiels.


Cet argent apporterait ainsi une validation à Hardbacon, ce qui rendrait leur saut moins risqué, et pourrait être utilisé pour leur payer un salaire. En d’autres mots, ils cherchaient à s’exposer aux gains potentiels associés à l’entrepreneuriat, sans courir les risques qui viennent avec. Inutile de vous dire que j’ai dit «non merci».


Pas que je voulais qu’ils quittent leur emploi après une conversation, mais après avoir déterminé si nous étions compatibles, il aurait fallu qu’ils puissent se consacrer à 100% à l'entreprise à très court terme. Pas dans six mois ou un an.


J’ai aussi rencontré des gens qui semblaient prêts à s’engager, sans salaire de surcroît. Avec ces associés potentiels, les discussions sont allées plus loin. On m’a souvent répété que choisir un cofondateur ou un associé est comme se marier. De manière évidente, on devrait se marier avec quelqu’un qu’on connaît et avec qui on a déjà travaillé.


Malheureusement, étant un ex-journaliste, j’ai surtout travaillé avec des journalistes durant ma carrière. Or, les compétences que je cherche chez un associé sont en finance et en technologie. J’ai donc fait ce que les gens qui veulent se marier, mais qui ne connaissent pas le ou la candidate idéale, font tous. J’ai invité des candidats à des dates. Concrètement, je les ai invités à venir travailler chez Hardbacon durant deux semaines, histoire de voir comment on travaille ensemble, et comment ils collaborent avec l’équipe. 


Les trois candidats qui ont accepté le défi ont constaté, chacun pour des raisons différentes, que ce n’était pas ce qu’ils voulaient faire pour l’instant. Pour des gens habitués à travailler dans une grande entreprise, le choc peut être un peu abrupt lorsqu’on se retrouve dans une start-up où tout est à faire, et où on ne sait pas de quoi le lendemain sera fait. C’est aussi un saut qui est difficile à justifier rationnellement, et qui peut difficilement être fait sans l’aval de son conjoint ou de sa conjointe. Ou peut-être qu’ils ne m’aimaient juste pas la tronche, et qu’ils étaient trop polis pour me le dire. 


Malgré mes échecs initiaux, je ne me suis jamais découragé. J’ai pris des tonnes de café avec des gens intéressants et je suis même allé m’inscrire sur des sites de rencontres comme Founder2be et CofoundersLab. Je n’ai rencontré aucun candidat inscrit sur ces sites, mais ça ne coûte rien d’essayer. Je sais, j'aurais dû créer une offre sur AngelList; c'est sur ma liste de choses à faire.


En fin de semaine, j’étais un peu désespéré, car si je n’arrive pas à trouver les bonnes personnes pour faire de Hardbacon une entreprise viable, j’aurai failli à mon rôle de pdg. Pour ce faire, deux options s’offrent à moi. Générer assez d’argent (en allant chercher du financement externe ou en générant des ventes) pour embaucher les bonnes personnes, ou convaincre les bonnes personnes de travailler gratuitement en échange d'une participation dans l'entreprise.


La deuxième option est plus risquée, car la cause la plus commune d’échec chez les start-ups semble être une mésentente entre les associés. Ce n’est pas scientifique, mais c’est ce que j’ai eu l’occasion d’observer autour de moi. C’est aussi une avenue plus dilutive, en ce sens que je vais être obligé de céder une partie substantielle de Hardbacon en procédant de la sorte. Cela dit, mon but est vraiment de bâtir une grande entreprise établie au Québec, pas celui de faire un maximum d’argent. Et du reste, vaut mieux posséder 10% d’une entreprise d’un milliard que 100% d’une entreprise d’un million, non?


Si je persiste à vouloir trouver des associés croyant autant que moi dans la mission de démocratiser le système financier, c’est aussi parce que c’est l’option la plus rapide. Aller chercher du financement prend du temps et, ironiquement, à l’étape où je suis, les investisseurs préfèrent généralement appuyer les équipes de direction composées de plus d’une personne. 


De plus, cette route permet d’aller chercher un niveau d’engagement auquel on ne peut pas s’attendre de la part d’un employé. Bref, c’est la différence entre une mission sur laquelle on travaille 100 heures par semaine et l’emploi auquel on en consacre 40. 


J’ai donc fait ce que j’étais trop gêné pour faire avant. Un peu comme le gars qui a essayé les bars, Réseau Contact, OKCupid et Tinder sans jamais rencontrer la femme de ses rêves, j’ai conclu qu’il fallait que j’essaye quelque chose de nouveau.


Je n’ai pas participé à l’émission Célibataires et nus, mais c’est tout comme. En effet, j’ai couché sur papier les deux profils de co-fondateurs que je cherchais, soit un directeur des finances et un directeur des technologies, en prenant bien soin de mentionner que c’était un travail de 100 heures par semaine non rémunérée. C’est vraiment non conventionnel, mais je ne le regrette pas. J’ai déjà eu quelques candidatures prometteuses, et c’est ma priorité de cette semaine de rencontrer les candidats intéressants et intéressés.


Ce sera donc une semaine de «dating», mais aussi futile que ça puisse sonner, il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’amener à bord un ou deux individus ayant les compétences que je n’ai pas, et la même passion, pourrait être la réalisation la plus importante de ma courte carrière de pdg. Ou la pire erreur… mais bon, je n’aurais pas lancé de start-up si j’avais peur des risques.


Principales réalisations:



  • Début du travail de développement au niveau de notre simulateur boursier

  • Planification du lancement de notre encyclopédie des termes financiers

  • Publication d’offres d’emplois (ici et ici) pour trouver des co-fondateurs

  • Signature d'un partenariat avec Smart Money Invest


Mesures de croissance:



  • Revenu: 0$ (total: 1500$, croissance: 0%)

  • Nouveaux abonnés à l’infolettre : 108 (total: 2644, croissance hebdo: 4%)

  • Nouveaux abonnés sur Snapchat : 0 (total 133, croissance hebdo: 0%)

  • Nouveaux abonnés sur Instagram : 52 (total: 598, croissance hebdo: 10%)

  • Nouveaux J’aime sur Facebook : 34 (total: 1835, croissance hebdo:2%)

À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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