Le quincailler

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Septembre 2018

Le quincailler

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Édition du 22 Septembre 2018

Robert Dutton. (Photo: LesAffaires.com)

Dans une autobiographie parue le 13 septembre, Robert Dutton n'attend pas son 7e chapitre intitulé «Crever l'abcès» pour s'exécuter. Dès le prologue, l'ancien dirigeant de Rona raconte comment Michael Sabia, patron de la Caisse de dépôt, lui aurait signifié que l'avenir du réseau de quincailleries n'était plus entre ses mains. «Vous ne savez pas faire de profits. Vous n'êtes pas capable.»


Ces souvenirs de M. Dutton remontent à 2012, deux jours avant que le conseil lui demande de partir. Ils sont encore assez vifs pour qu'il se permette d'écrire son dialogue avec M. Sabia avec tirets et guillemets. «Ces échanges ont vraiment eu lieu et je suis resté rigoureusement fidèle à leur teneur, à défaut de leur verbatim», écrit-il.


Ce sont aussi des souvenirs encore douloureux. Au terme des quelque 400 pages, il le dit lui-même : en 2012, il s'était promis de pardonner, «un chantier plus long que prévu».


A-t-il écrit ce livre pour avancer sur la voie du pardon, ou bien l'aurait-il fait même si sa carrière chez Rona s'était bien terminée ? Je le souhaite, car au-delà de la polémique qui entoure le rôle de la Caisse dans son départ et la vente de Rona à Lowe's, son parcours de gestionnaire, sa vision du leadership et des affaires méritent d'être racontés.


Il a grandi dans la quincaillerie de ses parents et il se voyait reprendre l'affaire et la développer quand André Dion l'a plutôt recruté au marketing de Ro-Na. Il se passionne, gravit les échelons, et à 28 ans, il s'avoue à lui-même son ambition d'en devenir un jour le président. Il passe par toutes les affres de la direction d'une grande entreprise. Inefficacité opérationnelle, récession, jeux politiques au conseil, conflits de travail, attentes des investisseurs... À plusieurs reprises, il fait ce que peu de dirigeants se permettent : il s'arrête et prend du recul. Il réfléchit sur ses aspirations et sur ses valeurs. L'éthique et l'«ambition de servir» s'imposent, tout comme la conviction que l'«entreprise est avant tout un lieu de rapports humains».


M. Dutton, par ailleurs chroniqueur invité dans nos pages, m'a parlé de son livre comme d'un «livre réfléchi». Réflexion sur lui-même, réflexions à l'usage des entrepreneurs. «Comment ça se bâtit, une grande entreprise.» Il se défend du fait que le livre soit un règlement de compte avec la Caisse. Néanmoins, il estime que contrairement à une entrevue, comme il se l'est tant fait demander (par moi, notamment), «un livre donne plus d'espace pour exposer les détails et les nuances».


À nous maintenant d'entendre ce que les autres personnages de cette histoire voudront bien en révéler. La Caisse, elle, a réagi par communiqué : «Le récit [...] ne correspond pas aux événements et aux faits tels que vécus par la Caisse et ses représentants.»


Julie Cailliau
Éditrice adjointe et rédactrice en chef, Groupe Les Affaires
julie.cailliau@tc.tc

À propos de ce blogue

Julie Cailliau est éditrice adjointe et rédactrice en chef du Groupe Les Affaires, dont l’équipe de journalistes chevronnés publie le journal Les Affaires, le site lesaffaires.com et le magazine Les Affaires Plus. Elle est également présidente du conseil d’administration de la Fondation des prix pour les médias canadiens. Diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille, en France, Julie a pratiqué le métier de journaliste au sein de plusieurs publications françaises et québécoises. Dans une vie précédente, elle a œuvré à titre d’ingénieure en biotechnologies. Son « why », c’est d’apprendre et d’informer afin de nous permettre de faire les bons choix. La prise de conscience de l’urgence environnementale et l’émergence de l’entrepreneuriat social comptent pour elle parmi les tendances les plus réjouissantes actuellement.

Julie Cailliau

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