La signature Montréal

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Avril 2016

La signature Montréal

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Avril 2016

(Photo: Bloomberg)

Maintenant que le ciel est clément, je vais ressortir mon beau vélo rouge pour sillonner Montréal. J'ai hâte de me retrouver arrêtée au feu rouge, dans la cohue des Bixi, des coursiers et des pantalons chics roulés au genou. Parmi ceux qui, comme moi, aiment leur Montréal à deux roues.


Pendant la saison froide, ce fut beaucoup de métro et une bonne dose de taxi. Et à chacune de mes courses, cette éternelle discussion avec mon chauffeur sur l'état de son industrie. Morosité économique : «Les gens font moins la fête». Mécanique coûteuse : «Il faut toujours réparer quelque chose sur la voiture». Insécurité : «La nuit, c'est plus payant, mais plus dangereux». Puis, la concurrence d'Uber. Je paraphrase un chauffeur particulièrement remonté qui m'avait déposée dans le Mile-End : «Les gens doivent comprendre qu'encourager de telles entreprises technologiques met en péril le gagne-pain des chauffeurs aujourd'hui, mais demain, ce sera peut-être leur propre gagne-pain, dans un autre secteur».


Cependant, les chauffeurs sont loin de tous chanter à l'unisson du Bureau du taxi. J'ai parlé à des dizaines d'entre eux très heureux de trouver des clients facilement grâce à l'application de la start-up californienne : «Tout ce qui facilite l'accès au taxi est bon pour nous».


Dans le bras de fer qui l'oppose à Uber, l'industrie du taxi peut compter sur l'appui inébranlable du maire Denis Coderre. Uber est reléguée au rang des organisations illégales. Tout un contraste avec la position d'ouverture de Toronto.


Ouvrir ou non les portes de la ville à Uber ? La question va bien plus loin que la seule, et légitime, protection des quelque 10 000 chauffeurs de l'île. Il s'agit en fait de réinventer une industrie ronronnante ; d'adapter la fiscalité à l'économie dématérialisée des start-up ; de redéfinir le service commercial.


Est-ce que ça doit nécessairement passer par des concepts créés en Californie ? Certainement pas. Si Denis Coderre a ravivé quelque chose à Montréal, c'est bien la conviction que de belles choses peuvent éclore ici. Ainsi naquit Téo, le réseau de taxis électriques imaginé par Alexandre Taillefer, actuellement en test dans la métropole. Une signature en vert et blanc pour Montréal. Branchée. Propre dedans, propre dehors. Et offrant aux chauffeurs des conditions d'emploi attrayantes, comme ils en ont rarement connu.


Je vous laisse avec les propos d'un de mes conducteurs d'un soir, qui s'était fait offrir un poste salarié chez Téo : «C'est une excellente idée, des taxis électriques pour Montréal. Je l'aime bien, Alexandre, il est intelligent». Ça nous en prendrait plus, des Alexandre.


Julie Cailliau 
Chef de publication 
Groupe Les Affaires
julie.cailliau@tc.tc


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À propos de ce blogue

Julie Cailliau est éditrice adjointe et rédactrice en chef du Groupe Les Affaires, dont l’équipe de journalistes chevronnés publie le journal Les Affaires, le site lesaffaires.com et le magazine Les Affaires Plus. Elle est également présidente du conseil d’administration de la Fondation des prix pour les médias canadiens. Diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille, en France, Julie a pratiqué le métier de journaliste au sein de plusieurs publications françaises et québécoises. Dans une vie précédente, elle a œuvré à titre d’ingénieure en biotechnologies. Son « why », c’est d’apprendre et d’informer afin de nous permettre de faire les bons choix. La prise de conscience de l’urgence environnementale et l’émergence de l’entrepreneuriat social comptent pour elle parmi les tendances les plus réjouissantes actuellement.

Julie Cailliau