J'étouffe !

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Septembre 2017

J'étouffe !

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Édition du 16 Septembre 2017

Hydro-Québec a un sérieux plan de match pour exporter davantage aux Etats-Unis, pourrez-vous lire dans ce numéro de Les Affaires. Bien! On peut en effet se vanter de produire une électricité parmi les plus propres du monde (qui génère dans le pire des cas 17g de dioxyde de carbone par kWh, comparativement à plus de 400 g/kWh pour les sources thermiques). Alors tant mieux si elle peut se substituer à de l’énergie de sources plus polluantes outre-frontière. Sauf qu’il en faudra plus, tellement plus, pour rétablir un mix énergétique qui ait de l’avenir en Amérique du Nord et dans le monde. 


L’écart qu’il nous reste à combler pour que la production et la consommation d’énergie de sources renouvelables soient suffisantes pour protéger le climat est immense. Et le pire dans tout ça, c’est que les efforts pour y parvenir sont gravement désorganisés. 


«D’ici 2030, il faudrait doubler la consommation d’énergie de sources non émettrices de gaz à effet de serre pour espérer limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celcius en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle», m’a expliqué Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal.


À l’heure actuelle, dans le monde, 80% de l’énergie consommée est de sources fossiles, 15% de sources renouvelables et 5%, de source nucléaire. D’ici 2030, il faudra donc que les sources renouvelables et nucléaire (quasiment non émettrices de gaz à effet de serre) passent à 40%. 


Très bien. On s’y met quand et comment ? Parce qu’évidemment, ce que le professeur m’expliquait, les dirigeants politiques le savent. Depuis longtemps. Ils le savaient par exemple quand ils ont négocié l’accord de Paris, en 2015. Et pourtant, ils sont repartis de là en formulant des voeux pieux, rien de plus.



« Ce n'est pas nécessairement plus d'énergies renouvelables qu'il nous faut, estime Pierre-Olivier Pinault, c'est une consommation plus rationnelle de l'énergie »



«Le GIEC [Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU] a reçu le mandat de vérifier si les engagements pris à Paris seront suffisants pour enrayer le réchauffement de la planète», a précisé Steven Guilbeault, cofondateur et directeur principal de l’organisme Équiterre, quand je lui ai demandé quelle proportion d’énergies renouvelables il faudrait consommer pour sauver notre peau. Autrement dit, M. Guilbeault soulignait l’absence de consensus sur cette question. 


Fin août, le Conférence board jugeait tout bonnement impossible que le Canada atteigne les objectifs de réduction qu'il s'est fixé à Paris, à moins d'une vraie révolution économique: «Comme les investissements requis se chiffrent en billions de dollars, les décideurs politiques doivent informer les Canadiens de l’ampleur des répercussions de cette transformation sur leur vie quotidienne», s'alarment les auteurs. 


Le REN21 Renewables Global Status Report de 2017 concluait quant à lui que les énergies renouvelables progressent, mais clairement pas assez rapidement. 


«M. Guilbeault, peut-on s’attendre à recevoir bientôt la réponse du GIEC sur cette question ?» «Oh non ! Ce ne sera pas avant, ouf, l’an prochain ou en 2019.»


Donc, si j’ai bien tout compris, d’ici un an ou deux, peut être même cinq, on saura si les voeux pieux formulés il y a deux ans nous tirerons du pétrin dans lequel on se fourvoie un peu plus chaque jour. 


D’ici là, le GIEC nous aura montré et démontré par A+B, maintes et maintes fois et encore la semaine dernière à Montréal, que le réchauffement climatique n’est pas une farce.


Pendant ce temps, de nombreux gouvernements dans le monde, dont Québec et Ottawa, versent des milliers de milliards de dollars de subventions à la consommation d’énergie fossile. 5300 milliards de dollars en 2015, soit 6,5% du PIB mondial, selon les calculs de chercheurs du Fonds monétaire international (FMI) publiés l'automne dernier. Au Canada, on parle de 3,3 milliards de dollars en 2015, selon une étude de groupes environnementaux, dont Equiterre. 


«Éliminer ces subventions en 2013 aurait réduit les émissions mondiales de carbone de 21% [...] tout en augmentant les revenus [fiscaux] de 4%», écrivent les chercheurs du FMI. 


Ces subventions sont plutôt reconduites d'année en année. Cherchez l’erreur! 


 

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Julie Cailliau

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