Petit conte de Nöel : Le ministre, l’étudiant et le jeune.

Publié le 06/12/2012 à 00:06, mis à jour le 06/12/2012 à 00:39

Petit conte de Nöel : Le ministre, l’étudiant et le jeune.

Publié le 06/12/2012 à 00:06, mis à jour le 06/12/2012 à 00:39

Décembre est à nos portes et ce sera bientôt la saison des contes de Noël. À cette saison suivra janvier, ce sera alors la saison des comptes de Noël. Nous reviendrons lors de ma prochaine chronique sur l’endettement des ménages, la conjoncture économique ainsi que l’impact de ces facteurs, notamment sur le nouveau type de consommation des ménages. Pour l’instant, puisqu’il est question d’endettement, j’aimerais, chers lecteurs, partager avec vous un tout autre conte. Je l’ai intitulé : Le ministre, l’étudiant et le jeune.


En septembre dernier, alors qu’il venait d’être nommé ministre de l’éducation supérieure, responsable du dossier du financement des universités, Pierre Duchesne, en entrevue avec les média, soutenait qu’il était essentiel de « donner plus d'oxygène aux jeunes afin que le fardeau fiscal de la population ne repose pas que sur leurs épaules. »


Je suis généralement lent à comprendre les propos, souvent abscons, d’un ministre. Quelque chose, dans ces propos, tenus par un ministre responsable de l’enseignement supérieur, me dérangeait. Il me semblait qu’en une phrase on nous disait quelque chose et son contraire à la fois.


Qui donc allait recevoir cet oxygène et qui en paierait la note ? Puis soudain tout devint clair. Le ministre en prenant position pour les « jeunes » avait-il réalisé que si la plupart des étudiants sont jeunes tous les jeunes, en revanche, ne sont pas des étudiants loin de là ?


Ceux qui ont fait tant de bruit au printemps dernier ce n’était pas tant « les jeunes » qu’une partie de ceux-ci - les étudiants. Ces derniers en avaient contre toute hausse des droits de scolarité allant même jusqu’à demander la gratuité scolaire. Or au Québec ce sont 23% des jeunes dans la vingtaine qui sont allés ou qui vont à l'université. Il en résulte que 78% des « jeunes » n’ont pas suivi ou ne suivront pas ce cheminement.


Or à la veille de Noël, à qui le ministre va-t-il offrir « plus d’oxgène »? À tous les jeunes ou aux seuls étudiants? Devinez un peu! Une augmentation significative et généreuse du régime des prêts et bourses combinée à l’abolition de la hausse des frais de scolarité fait en sorte que la bonbonne de Noël ne sera vraisemblablement pas disponible à tous les jeunes.


Pour les étudiants ce cadeau visait à ne pas augmenter leur endettement qui, selon la FEUQ (Fédération des étudiant(e)s universitaires du Québec), touche près de 70% des étudiants âgés de 23 ans et moins1. Dans cette même étude on rapportait que la dette moyenne, basée sur l’ensemble des étudiants, s’élève à un peu plus de 14,000$. Or, ce que ni le ministre, ni la FEUQ n’ont pris soin de considérer c’est le niveau d’endettement des autres jeunes, ceux-là même qui constituent 78% de la troupe. Parmi ceux-ci il y en a plusieurs qui se sont endettés pour exercer un métier. Le jeune homme qui, sans aide gouvernementale, a étudié afin de devenir coiffeur. Le jeune plombier qui s’est endetté afin d’acheter ses outils. La jeune entrepreneure qui a tout risqué dans l’ouverture de son restaurant ou encore celle qui a quitté Gaspé afin d’aller travailler comme caissière à Québec. Parions que tous ont contracté des dettes et que tous aimeraient aussi sentir l’oxygène du ministre.


Si, comme l’indique la plupart des études, le niveau d’endettement des travailleurs n’ayant pas fréquenté l’université est plus faible que celui des jeunes l’ayant fréquentée2, le niveau d’enrichissement de ces derniers est en revanche plus élevé3. Autrement dit la dette contractée par les étudiants leur permet, au cours de leur vie, d’avoir davantage accès à la propriété, à des REER ou à toutes autres formes d’actifs matériels. C’est ainsi qu’en moyenne les Canadiens ayant faits des études universitaires possèdent, à l’âge de 45, deux fois plus d’actifs nets que ceux n’ayant pas fait de telles études4 . Des diplômés universitaires certes plus endettés mais bénéficiant d’une maison et d’un confortable fonds de pension. C’est fou comme l’oxygène nous permet de mieux respirer!


Comme tout conte doit se terminer par une morale je suggère celle-ci.


La prochaine fois que les étudiants descendront dans la rue, puis-je leur suggérer de pensent à remercier les 78% de jeunes qui n’auront pas la chance de s’enrichir autant qu’eux ? Puis-je aussi leur suggérer de ne pas oublier de les remercier pour l’oxygène que leur donnera le ministre puisqu’après tout, ce sont eux qui vont le payer ?


À bien y réfléchir, avoir donné l’illusion que tous les jeunes étaient des étudiants procédait quand même un peu du conte de Noël!


_______________


1- FEUQ "L'endettement étudiant: État des lieu, déterminants et impacts" Août 2011


 2- Statistique Canada « L’endettement des ménages au Canada » 23 mars 2012


3- Statistique Canada, Enquête sur la sécurité financière (ESF).


 


4-   Idem


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Jacques Nantel est professeur titulaire de marketing à HEC Montréal. Il y enseigne depuis plus de 30 ans. Il y a également occupé les fonctions de Directeur des programmes et de Secrétaire Général en plus d’y avoir fondé la Chaire de Marketing Électronique RBC Groupe financier et d’y avoir dirigé la Chaire de commerce de détail Omer DeSerres. Il a publié plus centaine d’articles scientifiques en plus d’intervenir fréquemment dans les média au Québec, dans le reste du Canada ainsi qu’en Europe.


Il est membre ou a été membre de plusieurs conseils d'administration d’entreprises et d’organismes dont : Le Groupe Germain, Centraide du grand Montéréal, Totalmédia, Groupe Vidéotron, PLB International, Groupe Renaud-Bray, Pierre Belvédère Inc. ProMusica et l’OACIQ.


À propos de ce blogue

Jacques Nantel enseigne à HEC Montréal depuis 1981. Au sein de HEC Montréal, il fut successivement directeur du service de l'enseignement du marketing, titulaire de la Chaire de commerce de détail Omer DeSerres et directeur des programmes. En 2002, il devient le premier titulaire et fondateur de la Chaire en Commerce Électronique RBC Groupe Financier. De 2007 à 2012 il a occupé les fonctions de Secrétaire général de cette institution. Jacques Nantel est membre ou a été membre de plusieurs conseils d'administration d’entreprises et d’organismes dont : Groupe Vidéotron, PLB international, Groupe Renaud-Bray, Groupe Pierre Belvédère, Hotels Germain, BMO Advisory Board on Retirement, de l’OACIQ ainsi que de Centraide du Grand Montréal.

Jacques Nantel

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