Nantel - Et si le prochain grand médium de communication était le métro de Montréal?

Publié le 17/12/2012 à 06:39, mis à jour le 17/12/2012 à 21:26

Nantel - Et si le prochain grand médium de communication était le métro de Montréal?

Publié le 17/12/2012 à 06:39, mis à jour le 17/12/2012 à 21:26

[Photo : Bloomberg]

BLOGUE : On entend bien des choses au sujet de Montréal. L’une d’entre elles a trait au fait qu’elle serait une ville particulièrement créative. Avec ses quatre universités, son quartier des spectacles, des entreprises telles que Ubisoft , Moment Factory, Sid Lee, LG2, Cossette, Le Cirque du Soleil ou Québécor média; Montréal possède, en principe, un avantage important sur bien d’autres villes: son fort potentiel créatif.


Néanmoins deux choses dans cette assertion m’ont toujours interpellé, la rendant à la fois vraie et fausse. Si Montréal possède, sur papier à tout le moins, un fort potentiel créatif, elle ne le montre pas suffisamment.


Or pour qu’une ville puisse pleinement affirmer sa créativité, il importe que le mouvement soit favorisée par ses élus, fussent-ils municipaux, provinciaux ou fédéraux. Que l’entreprise privée puisse et doive prendre le relais, cela ne fait par ailleurs aucun doute.


S’il est un endroit où Montréal pourrait se démarquer c’est bien dans l’animation des ces espaces que constituent les corridors de son métro. Si vous voyez encore ces espaces comme de vilains tunnels à peine bons pour nous amener d’un quai à l’autre, agrémentés, à la rigueur, de musiciens plus ou moins talentueux, c’est que vous n’êtes pas très créatifs. Bientôt, comme c’est déjà le cas pour de nombreux métros du monde, ces mêmes corridors et tunnels seront équipés de réseaux wi-fi/3G. C’est alors que, pour près d’un million de Montréalais qui y passent plus d’une heure par jour, ces mêmes espaces pourraient devenir magiques. Sur le plan de la communication et de la publicité, ce réseau deviendrait l’un des rares lieux où se fonderaient les mondes virtuels et réels.


Un exemple? Avez-vous déjà tenté de faire une commande d’épicerie sur le Web ou même juste commander du poulet chez St-Hubert? Rien de bien compliqué mais anormalement long pour ce début 2013. Pourquoi? Trop de pages! Simplement parce que l’on ne peut pas mettre tous les produits sur une seule page il nous faut, afin de commander une poitrine de poulet, faire son épicerie ou encore pour renouveler une prescription chez son pharmacien, passer un certain temps devant son écran. Or imaginez (voyez, on y arrive……….) le menu complet d’un St-Hubert, ou une partie importante des produits d’un IGA, être disponibles sous formes d’images sur les murs des corridors de la station de métro que vous utilisez! Avec une simple application QR de votre portable vous pourriez commander et vous faire livrer le tout ultérieurement. Dans le cas du poulet, dès votre arrivée à la maison. Impossible? Loin de là cela se fait déjà à plusieurs endroits dans le monde dont à Toronto. Vous connaissez Well.ca ? (http://www.youtube.com/watch?v=eRlf829wq5M).


Où réside alors le potentiel de créativité pour Montréal?


À deux endroits. Le premier consisterait à pousser cette expérience plus loin. A titre d’exemple considérons le festival de jazz. La possibilité de capter des extraits de spectacles à partir d’affiches arborant un QR pour ensuite acheter directement ses billets. Tout le métro, l’espace de deux semaines, deviendrait Jazz. Le métro de Montréal comme une immense vitrine de son monde culturel. La même chose peut aussi être vraie pour le monde médical ou pharmaceutique. Se prémunir contre la grippe est un combat qui revient annuellement. Que diriez-vous si, de manière ludique, on nous montrait les 10 conseils les plus appropriés pour éviter cet état, le tout sous la forme d’un jeu de piste à travers les stations du métro? Idem pour le monde bancaire et les services financiers. Ce secteur constitue l’un des plus importants annonceurs. Pourtant même avec des produits de plus en plus complexes, dans un monde ou l’on manque de temps, sa communication destinée aux consommateurs n’a pas tellement changée. Or pourquoi ne pas, de manière intelligente, se servir du temps de déplacement d’un million de Montréalais afin de les informer adéquatement si la chose les intéresse? On parle beaucoup du problème de littératie financière (je haïs ce néologisme !!!), voici enfin une façon originale de lutter contre cette carence.


Voyez-vous, si j’étais une banque et que je pouvais ainsi dialoguer avec un million de clients, actuels ou futurs, de manière originale et créative, je sauterais sur l’occasion.


Bref si Montréal est à ce point une ville créative elle devrait prendre les devants et faire de son métro le laboratoire de ce qui risque de devenir le prochain grand médium. L’idée n’est pas sans intérêt surtout si elle pouvait aussi contribuer au financement de la STM. C’est là le second volet de la créativité dont Montréal doit faire montre. Dans une récente entrevue qu’il donnait aux média, son président, M. Michel Labrecque, rappelait que si de nouvelles sources de financement n’étaient pas trouvées, la STM se dirigeait inéluctablement vers un important déficit structurel.


M. Labrecque, votre métro constitue, bien au-delà des affiches publicitaires que l’on y retrouve, l’un des media du futur.


Pour le spécialiste du marketing que je suis il me semble que tout converge pour faire d’un réseau de métro, le notre en l’occurrence, le médium le plus performant de la prochaine décennie. Par sa capacité à combiner à la fois le monde réel et le monde virtuel, ses corridors et tunnels, s’ils sont utilisés avec goût, discernement et créativité, pourraient devenir un espace divertissant, pratique et efficace pour les Montréalais. Et, qui sait, cette expérience pourrait aussi, si l’on ne tarde pas trop, témoigner du fait que Montréal est en effet, une ville créative.


L’utilisation optimale d’un espace tel que le métro c’est, en quelque sorte, le Time Square du 21e siècle. Un tel projet va voir le jour c’est à n’en point douter. Il serait heureux que ce soit ici chez nous.


Jacques Nantel est professeur titulaire de marketing à HEC Montréal. Il y enseigne depuis plus de 30 ans. Il y a également occupé les fonctions de Directeur des programmes et de Secrétaire Général en plus d’y avoir fondé la Chaire de Marketing Électronique RBC Groupe financier et d’y avoir dirigé la Chaire de commerce de détail Omer DeSerres. Il a publié plus centaine d’articles scientifiques en plus d’intervenir fréquemment dans les média au Québec, dans le reste du Canada ainsi qu’en Europe.


Il est membre ou a été membre de plusieurs conseils d'administration d’entreprises et d’organismes dont : Le Groupe Germain, Centraide du grand Montéréal, Totalmédia, Groupe Vidéotron, PLB International, Groupe Renaud-Bray, Pierre Belvédère Inc. ProMusica et l’OACIQ.

À propos de ce blogue

Jacques Nantel enseigne à HEC Montréal depuis 1981. Au sein de HEC Montréal, il fut successivement directeur du service de l'enseignement du marketing, titulaire de la Chaire de commerce de détail Omer DeSerres et directeur des programmes. En 2002, il devient le premier titulaire et fondateur de la Chaire en Commerce Électronique RBC Groupe Financier. De 2007 à 2012 il a occupé les fonctions de Secrétaire général de cette institution. Jacques Nantel est membre ou a été membre de plusieurs conseils d'administration d’entreprises et d’organismes dont : Groupe Vidéotron, PLB international, Groupe Renaud-Bray, Groupe Pierre Belvédère, Hotels Germain, BMO Advisory Board on Retirement, de l’OACIQ ainsi que de Centraide du Grand Montréal.

Jacques Nantel

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