Faut-il payer les frais de rachat des fonds communs?

Publié le 11/05/2018 à 10:02

Faut-il payer les frais de rachat des fonds communs?

Publié le 11/05/2018 à 10:02

Suite à mon dernier article sur les frais de rachat des fonds communs, j’ai reçu plusieurs commentaires d’investisseurs qui s’interrogent sur la pertinence de payer les frais de rachat dans le but de migrer leur portefeuille vers une solution dont les frais de gestion seraient inférieurs.


Ce n’est pas une décision facile à prendre, car les frais de rachat peuvent représenter plusieurs milliers de dollars qui, une fois payer, viennent réduire sur le coup la valeur du portefeuille. La décision dépendra principalement de l’écart de frais de gestion entre le portefeuille actuel et les frais du nouveau portefeuille.


Souvent, les frais de rachat peuvent s’élever à 6% de la valeur d’un portefeuille lorsque le fond est racheté dans la première année de détention, et diminuent graduellement pour disparaître après 6 ans de détention. La question est de déterminer s’il est préférable de payer ces frais de rachat ou d’attendre après 6 ans avant de vendre ses fonds


Un exemple chiffré


Analysons l’exemple d’un portefeuille de 100 000$ récemment investi dans un fonds équilibré qui a un rendement espéré de 5% par année, dont les frais de gestion annuels sont de 2,5% et avec frais de rachat. Après 6 ans, le rendement annuel net de frais de ce fonds équilbré sera de 2,5% (5%-2.5%).


Selon nos calculs, si l’ensemble des frais de la nouvelle solution de placement  est de 0,75% (au lieu de 2.5%), il serait toujours avantageux de payer les pénalités. Plus les pénalités sont payées tôt après une date d’anniversaire, plus l’avantage sera important. Ainsi, le meilleur choix serait de vendre les fonds le lendemain de leur achat. Dans ce scénario où l'investisseur à payer les frais de rachat les plus élevés, le rendement annuel net de frais après 6 ans sera de 3,18% (soit plus élevé que le 2,5% s'il avait conservé sons fonds jusqu'à l'échéance des frais de rachat). S'il n'avait simplement pas acheté le fonds avec frais de rachat et investi directement dans une solution à faible coût, son rendement annuel aurait été de 4,25%. C’est donc dire que la décision d’achat des fonds était clairement une mauvaise idée!


Avec le même exemple, mais une nouvelle solution de placement avec des frais de 1%, il est avantageux de payer les pénalités pendant les 3 premières années. Pour les trois dernières, les deux options (conserver le fonds commun ou payer les pénalités) reviennent pratiquement au même. Cette distinction s’explique par le fait que les frais de rachat baissent plus rapidement dans les trois dernières années (6% à l’an 1, 5,5%, 5%, 4,5%, 3% et 1,5% à l’an 6). Dans ce cas-ci, la baisse des pénalités de 1,5% dans les trois dernières années plus les frais de la nouvelle solution de placement de 1% correspondent aux frais du fonds commun de 2,5%.


Rendement plus élevé d’un fonds commun?


Certains pourraient prétendre que le rendement net de frais d’un fonds commun à gestion active pourrait justifier des frais plus élevés et donc rendre mon analyse caduque. C’est possible, mais plus les années passent, plus les probabilités sont faibles. Comme l’indique l’Autorité des marchés financiers (AMF) ici, « Des frais plus élevés ne sont pas synonymes de meilleurs rendements ». C’est toutefois un élément important à prendre en considération, car sur une courte période et même quelques années, il n’est pas impossible qu’un fond avec des frais plus élevés génère un rendement plus élevé.


Quoi retenir


Chaque cas est différent et parfois des solutions intermédiaires peuvent être plus avantageuses telles que vendre une partie des fonds et conserver l’autre partie jusqu’à l’échéance. D’autres considérations telles que la fiscalité et le barème des frais de rachat pourraient aussi modifier ces conclusions, mais la conclusion principale demeure la même : il est généralement préférable de vendre des fonds avec frais de rachat et de transférer son portefeuille vers une solution comparable lorsque les frais sont beaucoup plus faibles.


Précision 


Dans mon dernier article, j’écrivais que le conseiller recevait, par exemple, 1% de commission de suivi par année et que cette commission était réduite lorsque les fonds vendus comportaient des frais de rachat puisque le conseiller recevait aussi une commission de vente initiale. Dans les faits, le conseiller ne reçoit pas la totalité de ces commissions. Généralement il reçoit de 50% à 80% de cette commission, le reste étant conservé par  le courtier auquel le conseiller est affilié. Pour l’investisseur, l’impact est le même, car la totalité de la commission réduit directement le rendement de son portefeuille.


N’hésitez pas à m’écrire si vous souhaitez que j’aborde un sujet particulier dans ce blogue. Suivez-nous aussi facebook.

À propos de ce blogue

Ian Gascon est président de Placements Idema (www.idema.ca), un gestionnaire de portefeuille qui propose des solutions de placements personnalisées, à faible coût et utilisant des fonds négociés en bourse (FNB). «Les FNB démystifiés» est le premier blogue francophone dédié aux fonds négociés en bourse au Canada et Placements Idema est la première société au Canada à avoir lancé un service en ligne de gestion de portefeuille, maintenant mieux connu sous le terme «robot-conseiller».

Ian Gascon

Sur le même sujet

Les pros sont encore plus prudents

Découvrez comment les gestionnaires avaient échafaudé leur portefeuille à l'arrivée de l'automne.

Les deux problèmes fondamentaux des fonds communs de placement

Édition du 22 Septembre 2018 | Philippe Leblanc

EXPERT-INVITÉ. Je n'ai rien contre les fonds communs de placement. Au contraire : chez COTE 100, nous gérons ...

Blogues similaires

Le secret de la réussite en Bourse

Édition du 20 Juin 2015 | Bernard Mooney

BLOGUE. Il y a deux semaines, j'ai annoncé aux dirigeants de Les Affaires que cette chronique serait ma dernière. Il ...

Sortir du bois ou entrer dedans ?

Édition du 13 Octobre 2018 | François Pouliot

CHRONIQUE. Il y a de l'action en forêt. Depuis la mi-septembre, plusieurs titres forestiers sont sous pression.

L'Action de grâce arrive tôt en Bourse

BLOGUE. Les investisseurs en mal de bonne nouvelles ont eu droit à une véritable superfecta pour terminer la semaine.