Le BRICS: Le point sur les «i»... l'Inde dans tous ses états

Publié le 20/06/2014 à 11:48

Le BRICS: Le point sur les «i»... l'Inde dans tous ses états

Publié le 20/06/2014 à 11:48

Photo: Bloomberg

L'Inde politique a récemment rejoint le cercle toujours restreint des « i » démocraties... Victoire des medias sociaux, de la stratégie marketing mixte Tweeter-Facebook.


Selon Facebook, durant la campagne électorale: près de 30 millions de personnes ont échangé 227 millions d'interactions. Pour l'heureux nouveau premier ministre, 13 millions de "coups de pouce" pour 75 millions d'interactions. Deuxième mondial, derrière Obama!


Va pour la sensibilisation populaire des 800 millions d'électeurs éligibles dont 500 millions (66%) ont majoritairement rejeté l'inoxydable dynastie Nehru-Gandhi au pouvoir quasi-ininterrompu depuis l'Inde affranchie.


Horizon 2030: La troisième économie mondiale pour le pays le plus peuplé.


L'Inde de Narendra Modi, à 10% de croissance annuelle, vise le podium: la recette, la « MODINOMICS ». Un combo de Reaganisme et de Tatchérisme, sauce curry!


La « Modinomics », du nom de Narendra Modi, le nouveau Premier ministre, est au cœur du message économique providentiel et annonciateur d'une révolution économique et sociale sans précédent. Message largement reçu, pas de doute! Message compris? Reste à voir.


LA RECETTE:


La Modinomics se décline autour de deux grands axes:


La phase 1, on nettoie le secteur bancaire public: non performance des prêts, usage discrétionnaire et abusif (« corruption à grande échelle ») de fonds publics. Le curetage s'étend simultanément aux ministères et à la constellation d'agences trop dodues et kleptocrates. Bref, on nettoie l'écurie! Et, n'en doutons pas, il y a désormais un pilote dans l'avion qui sait où il va et il ira! Plus de raisons aux rassemblements de masses enragées!


Rétablir la confiance auprès des investisseurs effrayés et sceptiques dans la capacité de l'État central de redémarrer des projets environnementaux de plus de 100 milliards $.


Sans compter la lubrification des relations fédérales-provinciales (État central vs États régionaux).


Résultats escomptés: Réduction du déficit public et "instauration" de la confiance populaire dans le dispositif institutionnel. Mettre la table pour un retour à la croissance des années 2000-2008(13% par année).


Deuxième phase: Toujours au cours du premier mandat et les subséquents (Eh, oui! Modi s'est engagé à rester longtemps...), Cap sur l'emploi et les investissements sociaux. Les laissés-pour-compte de la croissance des dernières décennies, les quelques 500 millions de citoyens peu ou pas scolarisés et précarisés sous toutes les formes, pèsent lourds dans le budget de la santé et de la sécurité publique, notamment. Le chômage endémique des travailleurs à faible spécialisation crée un déséquilibre dans la répartition de la richesse et du pouvoir d'achat qui plombe la demande domestique et compromet la croissance. Enfin, comme il y a peu de joueurs dans les industries d’assemblage (contrairement à la Chine), l’écart se creuse.


Rien à redire du côté des secteurs performants demandeurs de ressources humaines scolarisées, spécialisées dans les métiers de l'automobile, de la machinerie, des télécoms et logiciels, du pharmaceutique. Également, générateur de devises étrangères!


Enfin, le cadre législatif et l'appareil judiciaire. Première loi menacée: le Code du travail, carcan inutile pour les industries de transformation. Rigidité et dictature syndicale! Modi se distinguera rapidement de ses prédécesseurs assoupis dans la complaisance. Quant au système judiciaire, un dépoussiérage chez les titulaires et des pratiques d'application plus rigoureuses...


Enfin, point d'orgue à ce bref cliché de l'Inde entichée des medias sociaux, l’émodicône Modi, voire « l'émoticône », entend bien jouer de la vidéo et de l’interaction...Dans l'espace politique, on appelle cela désormais, le leadership transformationnel. De quoi amener Moïse, et sa tablette, à se retourner dans son tombeau et l'Inde à se remotiver pour faire mentir le vieux proverbe chinois qui répète que "toute démocratie est un frein à la croissance".


Conclusion: Les timides prétentions libre-échangistes entre le Canada et l'Inde et les velléités québécoises en matière commerciale auront le mérite de trouver une oreille sensible au discours ambiant de la rigueur budgétaire, de la promotion de l'investissement privé et du désengagement de l'État dans des secteurs de complaisance, environnementale et industrielle, en particulier. Aux exportateurs de ces deux mondes, qui aura le fin mot?

À propos de ce blogue

Gilles Cloutier cumule des activités d'administrateur de sociétés et de conseiller stratégique. À titre d'expert-conseil, il intervient auprès d'entreprises exportatrices dans des dossiers de partenariat d’affaires, de fusion-acquisition et d'ingénierie financière. Il intervient à titre de conférencier international au Canada et à l'étranger.

Gilles Cloutier

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