Le bitcoin repose surtout dans des portefeuilles québécois

Publié le 10/07/2018 à 12:30

Le bitcoin repose surtout dans des portefeuilles québécois

Publié le 10/07/2018 à 12:30

[Photo: 123RF]

L’adoption de la plus célèbre des cryptomonnaies reste limitée au pays, conclut étonnamment la Banque du Canada au terme d’une nouvelle enquête nationale. Mention spéciale au passage pour le Québec qui affiche le taux de possession le plus élevé.


Le prix du bitcoin a été multiplié par 23 en l’espace d’un an. Pourtant, son taux d’adoption chez nous n’a que légèrement augmenté, souligne la Banque du Canada dans une récente mise à jour de son enquête omnibus.


Le degré de sensibilisation à la cryptomonnaie originelle a nettement progressé, le nombre de personnes qui en ont entendu parler étant passé de 64% à 85%. Mais le taux de possession des Canadiens n’a lui atteint que 5% fin 2017, contre 2,9% précédemment. En extrapolant cette proportion à l’échelle de notre population, cela représenterait tout même 1,8 million de détenteurs de bitcoins.


Autre fait notable, la principale raison d’en posséder n’est plus l’usage transactionnel, mais plutôt une utilisation à des fins de placements financiers.


«En outre, seulement la moitié environ des détenteurs de bitcoins en utilisent régulièrement pour acquérir des biens ou des services ou pour transférer des fonds», détaillent les auteurs de la note analytique du département des devises.


À ne pas perdre de vue


La banque centrale avait déjà mené un premier sondage auprès de quelque 2000 personnes en 2016 (relire Pourquoi le Canadien évite le bitcoin). Elle a ici reconduit l’expérience auprès de 2600 participants lorsque le bitcoin évoluait à des records d’altitude, tutoyant les 20 000 $ US.


Malgré la flambée des prix, le volume quotidien des transactions en BTC a gonflé de «seulement» 32% au cours de la période étudiée, atteignant une moyenne de 360 000 échanges par jour.


En revanche, l’attention du grand public pour cette pseudo devise numérique a naturellement augmenté, Bitcoin s’installant au second rang mondial des mots les plus recherchés sur Google en 2017, ainsi qu’au quatrième rang des «nouvelles internationales» explorées par les internautes canadiens.


Rappelons-nous d’ailleurs que le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, avait avoué «le bitcoin m’empêche aussi de dormir» lors de son ultime discours de l’année.


Compte tenu de cette popularité grandissante, l’institution monétaire a voulu cerner l’évolution de l’usage de la cryptomonnaie afin de déterminer si cela pouvait affecter le système financier, ne serait-ce que par son éventuel impact sur les rôles de producteur et de distributeur du dollar canadien.


Nettement plus populaire


Le bitcoin a gagné en notoriété auprès de toutes les strates de la population, régions, genres et âges confondus.


Au niveau géographique, le taux de sensibilisation le plus élevé a été observé en Colombie-Britannique (93%). Et si le taux le plus faible est enregistré au Québec (77%), la province affiche néanmoins la plus forte avancée (de 28 points de pourcentage).


Par rapport au genre des répondants, les hommes se montrent les plus conscients de l’existence de la cryptomonnaie (+ 16 pp à 91%) que les femmes (+26 pp à 80%).


Sans surprise, les plus jeunes sondés, ceux de la génération internet âgés de 18 à 34 ans, enregistrent le meilleur taux d’attention (+21 pp à 89%). Mais il convient de souligner que l’écart reste étroit avec les autres catégories d’âge (85% pour les 35-54 ans et 83% pour les 55 ans et plus).


On constate aussi que la notion du bitcoin demeure la plus présente chez les universitaires (+18 pp à 90%) et les revenus annuels de 70 000$ et plus (+17 pp à 92%).


Mieux compris?


Autre démarche intéressante, la Banque du Canada a soumis les participants de l’enquête à un petit test de connaissances pour mesurer objectivement l’aptitude à comprendre et à utiliser l'information dans la vie de tous les jours.


En moyenne, tant les détenteurs de bitcoin que les nocoiners ont obtenu une meilleure note qu’un an auparavant.


«Les résultats suggèrent non seulement que les Canadiens étaient plus attentifs au Bitcoin en 2017 mais aussi objectivement plus informés», estiment les analystes de la banque centrale.


Ceux qui ne détenaient toujours pas de BTC à l’époque de l’enquête ont davantage essayé de répondre aux questions et ressortaient plus susceptibles de trouver les bonnes réponses.

Extrait de l'enquête omnibus BCTOS 2017 de la Banque du Canada


Nouveaux arrivants


Le pic d’attention à l’égard du bitcoin s’est assez logiquement accompagné d’une hausse significative de la possession. Toutefois, les données laissent supposer que cette augmentation a été générée par l’entrée sur le marché de nouveaux consommateurs.


La tendance se distingue d’ailleurs au niveau des catégories démographiques. La proportion des plus jeunes, qui restent les plus nombreux à détenir du BTC, s’est considérablement élargie (+5,1 pp à 12,7%).


Une exception intéressante survient dans le groupe des 45-54 ans où le taux de détenteurs a quasiment été quadruplé (à 3,5%).


L’écart entre les sexes s’est encore creusé depuis 2016.


«Alors que la possession parmi les femmes est restée proche des 2%, celle parmi les hommes a presque doublé de 4,2 à 8,1%», détaille la note analytique de l’institution monétaire.


D’un point de vue régional, le Canada atlantique a enregistré la plus faible hausse des bitcoiners (+0,9 pp à 3%). À l’inverse, les Pairies ont abrité la plus forte expansion (+2,6 pp à 4,1%).


Une mention spéciale revient toutefois pour notre province puisque les résidents du Québec ont soutenu une progression de 1,8 pp à 6%, se hissant en tête du classement de détenteurs.


Que de petits spéculateurs?


Lorsqu’on se penche sur le nombre de bitcoins détenus, aucune différence significative d’une année à l’autre ne saute aux yeux.


Cela dit, tout porte à croire que l’on doit la progression du taux de possession à des portefeuilles garnis de petites quantités de jetons numériques.


«En 2016, 32% des détenteurs de bitcoins avaient déclaré avoir moins de 0,1 BTC (~100 dollars canadiens). En 2017, un pourcentage similaire (34%) a confié détenir moins de 0,05 BTC (~1050 CAD)», précise la Banque du Canada.


Ces observations autorisent deux lectures complémentaires : les nouveaux utilisateurs de Bitcoin auraient majoritairement acquis de petits montants et les plus anciens utilisateurs auraient vendu leurs actifs.


Reste à savoir, et il s’agit peut-être de l’information la plus importante pour les banquiers centraux, pourquoi ces consommateurs possédaient des bitcoins.


«En 2017, la motivation déterminante était d’investir dans Bitcoin», expliquent les auteurs en se fiant aux 58% des sondés qui ont opté pour cette réponse.


Ce taux de réponse visant le placement financier atteint d’ailleurs les 77% si on se réfère à ceux qui utilisent rarement leurs bitcoins (non-transactors).


Ces données reflètent un changement substantiel par rapport aux motivations qui prévalaient avant l’envolée du cours.


En 2016, les détenteurs voyaient surtout dans le bitcoin un nouveau moyen de paiement (39%) et non un investissement (12%). Or cette fois, les considérations technologiques n’atteignaient pas les 10%.


«Ces résultats fournissent un certain soutien empirique aux commentaires voulant que les fluctuations du prix du bitcoin était dû à la spéculation», ponctue le document de travail de l’institution monétaire.


Notons enfin que la Banque du Canada pourrait s’intéresser à d’autres cryptomonnaies dans le cadre d’une prochaine enquête omnibus.


 

À propos de ce blogue

Une nouvelle ruée vers l’or, numérique cette fois? Une arnaque, un piège sans fonds? Le débat s'est intensifié fin 2017 alors que la valeur des «monnaies virtuelles» a rapidement passé le cap des 200 milliards de dollars. De la blockchain aux kitties, en passant par le bitcoin, qui ne voudrait pas exploiter ces filons technologiques? Mine de rien est un blogue qui cherche les pépites de l’info dans le monde de la crypto.

François Remy

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