L'adoption d'Ethereum, un vital hic...

Publié le 28/05/2018 à 16:58

L'adoption d'Ethereum, un vital hic...

Publié le 28/05/2018 à 16:58

© 123rf.com

On présente généralement le protocole d’échanges décentralisés Ethereum comme le terreau le plus fertile pour les écosystèmes crypto. Pensons simplement à son token, l’ERC20, le standard pour les contrats intelligents (smart contracts).


Pourtant, le futur semble s’assombrir pour cette plateforme inventée en 2014, en réaction aux prétendues limites de Bitcoin, par le programmeur torontois Vitalik Buterin alors âgé d'à peine vingt ans.


Ethereum doit surmonter sans tarder d’imposants obstacles avant de devenir «investissable», estiment les analystes Michael Graham et Scott Suh de Canaccord Genuity.


Passage de sa preuve de travail (proof-of-work) à la preuve de participation (proof-of-stake), inquiétudes quant à la mise à l’échelle (scability) partagées par son créateur en personne, concurrence potentielle d’autres plateformes, introduction récente de puces ASIC (circuit intégré propre à une application) pour miner de l’ETH, et, dernier obstacle mais non des moindres, inévitable inconnue réglementaire.


Ces défis se comptent sur les doigts d’une main mais pourraient infliger une sévère correction à la deuxième des cryptomonnaies par la valeur de marché. Même le dernier point, l’encadrement légal, exerce une plus forte pression qu’il n’y paraît sur les entreprises blockchain en général et sur Ethereum en particulier.


Épouvantail canadien?


N’oublions pas que le Canada n’est pas parvenu à retenir Ethereum sur son territoire, la prometteuse équipe fondatrice lui préférant la Suisse en 2014, justement à cause du flou réglementaire et du manque d’engagement des gouvernements pour accompagner cette industrie émergente.


La confusion persiste encore dans le secteur à propos de l’application réelle de la loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes.


En décembre dernier, le cabinet du ministre fédéral des Finances assurait que les règlements étaient en cours de développement afin de définir l’activité de commercer, d’établir les obligations qui en découlent.



Près de deux mois plus tard, Bill Morneau assurait en direct de Davos que le gouvernement canadien ne désirait pas réglementer plus qu’il ne l’avait déjà fait en la matière. Dans cet exercice de grand écart rhétorique, le ministre libéral se disait conscient que notre pays ne gagnerait pas grand-chose à durcir le ton ou simplement faire preuve de moins de souplesse.


Les auditions se poursuivent d’ailleurs en Commission parlementaire des finances à Ottawa, où les banques affichent toujours, selon leurs représentants, ou leur aversion ou leur dédain, envers les entreprises liées de près ou de loin aux jetons numériques.


«L'usage de la cryptomonnaie reste un domaine émergent qui n'est assujetti à aucune réglementation, alors il s'agit plus ou moins d'une variable inconnue», marmonnait le dernier interlocuteur en date, Darren Hannah, de l’Association des banquiers canadiens.


Mais revenons-en à nos jetons.


Où est la «dapp qui tue»?


Les sceptiques d’Ethereum attendent encore l’application décentralisée (Dapp) qui viendra de façon quasi messianique légitimer le concept et justifier à elle seule le recours à ce réseau plutôt qu’à un autre.


«Il est assez sage de souligner que l’adoption et l’utilisation actuelle des services basés sur divers projets blockchain ont été assez limitées», observent les analystes de Canaccord.


Si l’on se réfère au Top 10 des plateformes d’échanges de dapps développées sur Ethereum telles qu’IDEX ou que ForkDelta, le nombre d’utilisateurs actifs quotidiennement (DAU) ne parvient pas à franchir la barre symbolique des 10 000.   


 



Et l’on peut pousser un peu plus loin la biopsie statistique en se penchant sur les CryptoKitties, les premiers «Tamagotchi de la chaîne de blocs» rendus célèbres pour avoir congestionné le réseau fin de l’année dernière en pleine flambée du cours du bitcoin. Les fameux minous exhibent à ce jour seulement 600 utilisateurs journaliers et un volume hebdomadaire de 248 ETH (soit 131 000 $US).


Or, pendant ce temps-là, le cours de l’ether a accusé une corrélation élevée avec le nombre de ses transactions mais s’est également inscrit dans la trajectoire des premières émissions de jetons issus de sa plateforme (ICO).


 



Tout reste à prouver


Dans ce contexte, la transition vers la preuve de participation (PoS) afin de ne plus devoir recourir au modèle du mining, énergivore et gourmand en puissance de calcul, soulève de profondes craintes.


Certes, sur papier, la PoS paraît plus économique, en remplaçant les mineurs qui exécutent les algorithmes de hachage par des utilisateurs qui doivent démontrer leur possession d’une part d’Ethereum afin d’être rémunérés pour la vérification des blocs supplémentaires.


Mais il s’agirait d’une première dans la jeune histoire des blockchains, et même une transformation progressive d’ici la fin de l’année n’offrirait aucune garantie, notent les analystes de Canaccord Genuity.


Cette incertitude expliquerait fort bien l’annonce par un acteur aussi majeur que le Chinois Bitmain d’un mineur ASIC pour Ethereum, la route vers le preuve de participation semée d’embûches pouvant s’éterniser. Et pendant ce temps-là, il faudrait pouvoir continuer de miner.


Faire la courte échelle


La capacité à gérer des larges volumes d’échanges se révèle également problématique pour Ethereum.


«Les solutions de mise à l’échelle semblent illusoires», déplorent Michael Graham et Scott Suh.


La plateforme peut en ce moment procéder à 15 transactions par seconde. À titre de comparaison, un Uber coordonne 12 courses de «taxis» au cours du même intervalle de temps.


Une solution similaire à celle Lightning pour Bitcoin, le projet Raiden, a été développé mais souffre apparemment d’un manque de distribution. Lancé plus récemment, le projet Liquidity tente de permettre aux utilisateurs d'Ethereum d'effectuer des transactions sans avoir à payer le coût de déplacement des cryptojetons.



Si ce genre de solutions nourrit les ambitions d’applications décentralisées plus complexes et d’un effet de réseau plus étendu, leur implémentation reste vague.


Alors qu’Ethereum profite de l’avantage du pionnier, malgré la solidité de sa communauté de développeurs, l’avance sur ses rivaux risque vraisemblablement de rétrécir, tout comme ses parts de marché se destineraient à fondre.


«EOS disposera d’un arsenal de plus d’un milliard de dollars au terme de son ICO et NEO revendique une vitesse transactionnelle de 1000 unités par seconde», ponctuent les analystes de Canaccord Genuity.


La simple utilisation reste un obstacle déterminant. Mais Ethereum fait-il vraiment exception?


 

À propos de ce blogue

Une nouvelle ruée vers l’or, numérique cette fois? Une arnaque, un piège sans fonds? Le débat s'est intensifié fin 2017 alors que la valeur des «monnaies virtuelles» a rapidement passé le cap des 200 milliards de dollars. De la blockchain aux kitties, en passant par le bitcoin, qui ne voudrait pas exploiter ces filons technologiques? Mine de rien est un blogue qui cherche les pépites de l’info dans le monde de la crypto.

François Remy

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